L’Europe de l’Est tiendra-t-elle ses promesses ?

Le début des années 1990 a connu l’engouement des investisseurs pour les économies en transition d’Europe orientale, mais cette tendance très prometteuse s’est finalement révélée décevante et s’est traduite par une perte pour beaucoup de sociétés occidentales. On observe toutefois des signes de saine reprise dans la région, notamment parmi les entreprises nationales. Il est donc temps, peut-être, de prendre les pays en transition plus au sérieux.

Pour la deuxième année consécutive, les économies en transition d’Europe orientale ont réalisé de meilleures résultats que l’Europe occidentale et que les pays de l’OCDE réunis. Mais on peut se demander s’il s’agit simplement d’un rebond qui succède inéluctablement à une longue phase de performances économiques médiocres, ou plutôt d’un début de croissance plus durable ?Un élément fait pencher la balance en faveur de l’expansion durable : l’augmentation régulière de l’investissement direct étranger dans les économies en transition. Il est fondamental que les économies en transition bénéficient d’investissements accompagnés de l’apport de nouveaux produits ou de meilleurs procédés de fabrication des produits existants, si ces pays veulent se débarrasser de l’héritage communiste, relancer leur productivité et élever leur niveau de vie à celui des pays de l’OCDE. L’investissement national a aussi largement contribué à la croissance de la demande globale dans la phase d’expansion que connaît actuellement la région.Cependant, l’expérience de la transition a été marquée par trop d’investissements inadéquats et par des investissements et des innovations de qualité insuffisante. L’adaptation aux pressions du marché s’est heurtée à une forte résistance et, trop souvent, les autorités ont fait cause commune pour maintenir les intérêts en place et freiner ce processus. Il en est résulté un environnement peu encourageant pour les entreprises de la région, assaillies par les prélèvements fiscaux et les réglementations arbitraires, la corruption et un cadre juridique rudimentaire. Dans ce contexte, les entreprises ont plus souvent tenté d’extorquer des privilèges, d’accaparer des actifs et de manipuler les marchés, plutôt que d’innover et d’investir dans l’avenir.Certes, des doutes persistent quant à la qualité de l’environnement des entreprises et à l’harmonisation des règles du jeu dans les pays en transition, surtout lorsqu’on s’avance vers le Sud et vers l’Est, au-delà des premiers États candidats à l’adhésion à l’UE. Mais il est particulièrement difficile d’évaluer le changement à cet égard dans 27 pays. C’est pourquoi la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ainsi que la Banque mondiale ont lancé une série d’études sans précédent pour être à l’écoute des entreprises des économies en transition – à travers 10 000 entretiens en face à face – qui ont exposé leur propre évaluation des obstacles rencontrés. Les résultats sont surprenants.Les enquêtes menées en 1999 et 2002 montrent que certains aspects de l’environnement des entreprises de la région se sont considérablement améliorés, notamment dans les pays du Sud-Est de l’Europe et de la Communauté d’États indépendants (CEI) qui restent négligés par la plupart des investisseurs étrangers. Les pratiques discriminatoires en faveur des vieux dinosaures socialistes et au détriment des petites entreprises et des jeunes pousses ont commencé à s’atténuer. Les régimes fiscaux se sont améliorés. Les problèmes financiers et d’infrastructure font moins obstacle.Même la corruption commence à régresser : les entreprises sont moins nombreuses à déclarer qu’elles paient des pots-de-vin, et lorsqu’elles le font, cela représente un pourcentage moindre de leur chiffre d’affaires annuel – 1,5 % en moyenne en 2002, contre 2 % en 1999 lorsque la première enquête a été réalisée. De plus, les obstacles auxquels se heurtent les petites entreprises et les entrepreneurs commencent à s’estomper. En 1999, la « taxe pot-de-vin » payée par ces entreprises était presque le quadruple de celle payée par les grandes entreprises d’État ; en 2002, l’écart s’est sensiblement réduit – mais n’a pas totalement disparu.Malgré ces améliorations, un certain scepticisme persiste quant à la durabilité de la croissance récente et des bons résultats de la région. Les intérêts en place, qui jusqu’alors profitaient des rentes de leurs actifs, ont-ils vu les avantages futurs de l’innovation et de l’investissement ? Les institutions politiques et les normes culturelles ont-elles imposé des contraintes plus fortes, faisant obstacle à ce comportement de recherche de rente ? Une partie de la réponse se trouve dans deux domaines importants où les résultats de l’enquête montrent que les progrès restent décevants : la réglementation des activités commerciales et le système judiciaire. Une réglementation pesante et une intervention arbitraire de la bureaucratie dans les décisions des entreprises continuent de sévir largement dans plusieurs pays de la région. Les tribunaux sont encore très loin de pouvoir faire respecter les droits de propriété et les contrats dans des délais raisonnables. De plus, de nombreux aspects de l’environnement des entreprises restent dissuasifs pour la création d’entreprise.Une partie du problème vient du pouvoir de l’État, dans certains cas, encore trop faible pour contrôler les fonctionnaires ou pour faire respecter ses propres lois et réglementations. De même, les relations entre hommes politiques et entreprises ou individus puissants sont encore bien trop intimes et opaques, et incitent à maintenir une fiscalité et une réglementation des tribunaux faibles et arbitraires.Dans ces circonstances, il est préférable d’être prudent au sujet de l’avenir de la région. La nouvelle encourageante révélée par l’étude concerne les changements positifs constatés dans plusieurs pays que l’on pensait enfermés dans un « no man’s land » entre la planification centralisée et une économie de marché dans laquelle les droits de propriété étaient incertains, l’intervention de l’État arbitraire et la corruption digne du Far West. De plus, les pays qui sont relativement avancés dans la transition – les premiers à s’être portés candidats à l’adhésion à l’UE et la Croatie – attirent actuellement des flux plus importants d’investissement direct étranger et réalisent de bons résultats macro-économiques.Mais si les responsables politiques de la région veulent encourager la création de nouvelles entreprises dynamiques, attirer les investissements étrangers indispensables et faire revenir une partie des milliards de dollars que leurs propres entreprises ont placés à l’étranger, ils doivent tirer profit de ces succès récents. Ils doivent écouter leurs chefs d’entreprise et entrepreneurs faire valoir les progrès considérables réalisés ces dernières années, sans se cacher qu’il reste des défis de taille à relever.Malgré cette vulnérabilité, les perspectives de la région se sont nettement éclaircies et ont suscité l’intérêt croissant des investisseurs. La période actuelle de croissance robuste ne devrait toutefois pas donner lieu à un optimisme exagéré. Il est à la fois urgent à moyen terme de maintenir la stabilité macro-économique, et capital à long terme de créer des institutions saines, capables d’aider les marchés à retrouver le chemin de la croissance. Ce dernier défi, surtout en Europe du Sud-Est, en Russie et dans d’autres pays de la CEI, sera l’épreuve la plus difficile de la transition.Les détails relatifs à l’étude de cette année sur les Performances et l’environnement des entreprises se trouvent dans le Transition Report 2002 de la BERD et dans les documents de travail à paraître de la BERD et de la Banque mondiale. Dans trois ans, les deux institutions se remettront à l’écoute des entreprises de la région pour savoir si la période actuelle de croissance a été employée pour redoubler d’efforts dans la mise en œuvre de réformes ou pour servir d’excuse à la complaisance et au laisser-aller.


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