Quatre défis pour les 40 ans à venir

Le FMI et l’OCDE sont deux organisations nées de la vision commune que l’on se faisait, dans l’après-guerre, de l’avenir de l’économie internationale. Toutes deux ont eu à affronter des problèmes complexes et ont dû s’adapter pour réagir aux bouleversements intervenus dans l’économie mondiale depuis leur création. Toutes deux devront sans nul doute faire face aux bouleversements encore à venir. Voici quelques réflexions sur quatre questions d’intérêt mutuel qui pourraient bien remplir les pages de l’Observateur de l’OCDE au cours des 40 prochaines années.

1Le FMI, s’est fait connaître comme le champion de la stabilité économique et de la maîtrise des déficits, pourtant il n’est pas paradoxal d’affirmer que le vrai défi pour l’avenir, va consister à trouver des moyens pour supporter dans la durée des déficits de la balance courante plus importants. Les pays industrialisés vont en effet avoir besoin, au cours des quelques décennies à venir, de biens et de services pour des retraités toujours plus nombreux. Qui les leur fournira ? Un afflux d’immigrants en provenance des pays en développement serait utile de ce point de vue, mais une forte augmentation des excédents de la balance courante vis-à-vis des pays en développement le serait également, car cela permettrait aux pays industriels d’épargner à l’étranger en prévision des décennies au-delà de 2030, lorsqu’ils souhaiteront soutenir leurs déficits aux alentours de 3 % à 4 % de leur PIB. Or, pour l’instant, le système aurait du mal à tolérer l’accumulation gigantesque de dette qui permettrait aux pays d’économiser en prévision de cette échéance.Nous devons faire en sorte que l’économie mondiale fonctionne mieux. Accroître les échanges permettrait de favoriser une plus forte intégration des marchés de capitaux. Il est également essentiel d’améliorer les procédures qui régissent les contrats de prêt internationaux, comme l’a récemment souligné le FMI.2Depuis l’effondrement en 1973 du système de taux de change fixes instauré à Bretton Woods, le monde a vu fleurir tout un éventail de dispositifs en matière de change. Selon une étude récente du FMI, pas moins de 15 systèmes ont été essayés, allant des taux fixes aux taux flottants. Quelles leçons en avons-nous tirées au cours des 30 dernières années ?Premièrement, dans une situation de libre circulation des capitaux, maintenir un taux de change fixe tient de la roulette russe, où la survie est une question de chance. Deuxièmement, les pays qui ont essayé de conserver indéfiniment des taux de change absolument fixes en contrôlant la circulation des capitaux ont vu, d’une manière générale, l’efficacité de leur approche s’effilocher au fil du temps. De fait, si l’on examine de près un certain nombre de dits ou d’autres formes de taux flottants « déguisés ». Troisièmement, il est souvent très difficile d’expliquer les taux flottants, qu’ils soient réels ou déguisés, en termes de fondamentaux macro-économiques tels que taux d’intérêt, taux d’inflation et croissance.Que faire à partir de là ? Depuis 1945, le nombre de devises en circulation dans le monde a doublé, de même que le nombre de pays. L’avènement de l’euro marque sans doute un tournant, et dans les décennies à ou trois monnaies de référence autour desquelles flotterait une poignée de monnaies périphériques. Parvenir à ce stade et gérer la politique macro-économique en disposant d’une moindre flexibilité des taux de change constitue l’un des principaux enjeux politiques et économiques du XXIe siècle.3Depuis sa création, les pays de l'OCDE ont très largement renoncé aux contrôles des changes et ce, à juste titre. De fait, plus les économies s’ouvrent et plus des secteurs financiers complexes s’y développent, plus les contrôles des changes deviennent difficiles à mettre en oeuvre. Si ces contrôles sont trop lourds, l’obligation de respecter des réglementations complexes freine les échanges, et dans les pays qui connaissent des problèmes de gouvernance, le contrôle des changes peut en outre se révéler une source particulièrement insidieuse de corruption. Pourtant, il faut se garder de tout dogmatisme. L’expérience a montré que vouloir supprimer les contrôles des changes en vigueur depuis longtemps, avant que la structure réglementaire interne ne soit en mesure de supporter les flux de capitaux qui résulteront de cette suppression, comporte des risques réels. Et même dans les pays qui ont réussi pour l’essentiel à se passer du contrôle des changes comme mécanisme régulier, des contrôles limités et temporaires peuvent avoir leur place, en particulier en ce qui concerne les entrées de capitaux, mais aussi parfois les sorties. Trouver le bon rythme pour le démantèlement des contrôles des changes réellement nocifs ne sera toutefois pas chose aisée, et parvenir à trouver un juste équilibre en la matière est l’un des objectifs prioritaires que nous devrons nous fixer dans notre recherche et notre politique.4Élaborer une politique économique en Afrique est une tâche ambitieuse. Nombreux sont les pays ravagés par la guerre civile. Si ce problème s’est quelque peu atténué, la sécheresse reste une préoccupation majeure, encore aggravée si un conflit vient s’y greffer. Ajoutons à cela l’épidémie de sida qui, au-delà du tribut tragique qu’elle prélève en vies humaines, décime littéralement les éléments économiquement les plus productifs de bien des sociétés africaines. Sans oublier le caractère imprévisible des flux de l’aide internationale, que seule dépasse en gravité l’extraordinaire volatilité des cours, sur les marchés mondiaux, des exportations principales de ces pays. Dans de telles conditions, comment peut-on stabiliser ces économies ?Dans la pratique, les responsables politiques s’efforcent souvent de protéger leurs économies d’une trop grande volatilité en imposant des contrôles stricts sur l’ensemble du système économique. Malheureusement, ces contrôles ont pour effet non seulement de bloquer les signaux émis par les prix qui permettent à l’économie de réagir à l’évolution des circonstances, mais ils font également le lit de l’inefficience et de la corruption. Que de nombreux pays d’Afrique aient fait des progrès considérables pour abaisser l’inflation, libéraliser les marchés et relancer la croissance témoigne de la persévérance des Africains eux-mêmes. Pourtant, les défis restent à relever, et il nous faudra inventer dans les années à venir de nouvelles approches si l’on veut que les Objectifs de développement pour le millénaire énoncés par les Nations unies ne soient pas qu’un rêve pour l’Afrique.Le FMI a été créé peu avant l'OCDE pour s’attaquer à des problèmes semblables à ceux-ci. Trouver des solutions pour les résoudre – et pour trancher les nombreux dilemmes plus immédiats auxquels sont confrontés nos 184 pays membres – constitue le cœur du programme de travail du FMI. Je remercie l’Observateur de l’OCDE de braquer les projecteurs sur ces questions complexes et de les porter ainsi à l’attention d’un plus grand nombre.


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