Quarante ans après Vers un monde monétaire plus stable

Les crises financières internationales ont constitué une caractéristique intermittente de l’économie mondiale de ces 40 dernières années. Selon le professeur Mundell, comprendre comment les mécanismes monétaires internationaux ont fonctionné dans ces périodes de crise peut montrer des moyens de mieux les maîtriser à l’avenir.

Lorsque l’OCDE a succédé à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) 40 ans auparavant, le monde était très différent de celui d’aujourd’hui. Il subissait les effets de l’impasse de la Guerre froide, le système monétaire international était en crise et la mondialisation – même si ce terme ne s’employait pas encore – signifiait, alors, la libéralisation des échanges au sein du « monde libre ».En 40 ans, les choses ont bien changé. Le système monétaire international s’est effondré et le système de changes flottants, alors établi, a accru l’instabilité monétaire internationale. Des révolutions sociales sont intervenues sur le terrain de l’égalité des sexes et des races et l’équilibre de la terreur de la Guerre froide s’est achevé avec la chute du mur de Berlin. La révolution des prix du pétrole des années 1970 a induit un énorme transfert de richesses et de pouvoirs vers le Moyen-Orient. Les révolutions de l’informatique et de l’Internet ont transformé les technologies de l’information et généré des gains de productivité et des réductions de coûts dans tous les secteurs de la vie économique. La création de la zone euro a mis en évidence le nouvel oligopole des zones monétaires.Aujourd’hui, les mécanismes monétaires internationaux sont en effet dominés par la triade des zones dollar, euro et yen. Ensemble, ces trois zones représentent plus de 50 % du produit intérieur brut (PIB) de la planète. Toute modification de « l’architecture » du système monétaire international devra donc résoudre la question de l’instabilité du cours des changes entre ces zones.Dans le cadre du système d’étalon-or de l’après-guerre, les principales devises avaient une parité fixe vis-à-vis du dollar, tandis que les États-Unis maintenaient fixe le prix de l’or. Ce système s’est effondré au début des années 1970 en raison de l’accumulation des dettes en dollars qui a rendu irréalisable la convertibilité du billet vert en or. En outre, le prix de l’or, après les inflations nées des trois guerres, ne correspondait plus à la réalité.En suspendant la convertibilité du dollar en or en 1971, les États-Unis ont sonné le glas d’un long chapitre de l’histoire monétaire. En effet, pendant plus de 25 siècles, l’or ou l’argent avaient été au cœur du système monétaire international et avaient permis de maîtriser l’inflation. L’étalon-or avait doté le monde d’une sorte d’unité monétaire sans qu’une unité politique y corresponde. Toutefois, avec la concentration des réserves d’or entre les mains de la superpuissance au cours des deux guerres mondiales et l’affirmation du dollar papier comme monnaie internationale de réserve après la Seconde Guerre mondiale, l’or a cessé d’être au cœur du système monétaire international.Pour la plupart des pays, l’important n’était pas tant le sort de l’or que l’effet sur le cours des changes. Lorsque les États-Unis ont renoncé à l’or, les autres pays ont abandonné le dollar, ce qui a provoqué des fluctuations de cours des changes. Le système monétaire international n’a plus fonctionné à l’unisson, mais comme un assemblage de systèmes monétaires nationaux.Une brève tentative de rétablir une zone monétaire mondiale reposant sur un dollar non convertible en or a échoué sur un désaccord entre l’Europe et les États-Unis concernant la politique monétaire américaine. Faute de consensus sur un taux d’inflation commun, aucune zone monétaire ne saurait en effet survivre. C’est ainsi que le flottement des monnaies s’est généralisé en 1973. Par la suite, en 1976, le Conseil des gouverneurs du FMI est convenu d’amender les Statuts du Fonds pour permettre un flottement « contrôlé » des taux de change. L’adoption des changes flottants était un pis-aller. Il laissait beaucoup à désirer. La plupart des pays s’en étaient remis à la convertibilité de leur monnaie comme pivot d’une discipline à suivre. Certains pays, qui avaient depuis des décennies arrimé leur monnaie au dollar, étaient parvenus à une stabilité monétaire équivalente à celle des États-Unis. Lorsque ces pays sont passés aux changes flottants, la discipline monétaire n’a plus été respectée et nombre d’entre eux ont succombé à une inflation galopante.L’adoption du système de changes flottants par les autorités monétaires internationales n’a pas su prendre en considération la taille des économies, la possibilité de constitution de zones monétaires et l’inefficience d’un système au sein duquel quelque 190 monnaies deviennent flottantes. N’aurait-il pas été beaucoup plus efficace de disposer d’une monnaie internationale commune pouvant être utilisée partout dans le monde ?Paradoxalement, la généralisation du change flottant dans la majeure partie du monde a coïncidé avec des mesures en sens inverse en Europe. L’avènement de l’euro a d’ores et déjà changé les points de vue. La période de transition a démontré qu’un système de change fixe crédible pouvait parvenir efficacement à définir des taux d’intérêt et d’inflation communs et à éliminer les mouvements de capitaux spéculatifs. L’Europe est désormais perçue comme une zone qui bénéficie de la stabilité des prix et sa nouvelle monnaie en vient à être acceptée comme une référence appropriée pour d’autres pays et comme un actif utile que les banques centrales peuvent détenir dans leurs réserves. Ailleurs, on étudie l’exemple de l’euro pour voir s’il ne pourrait pas y avoir là un modèle pour la constitution de zones monétaires plus larges, en Asie, en Afrique, aux Amériques, au Moyen-Orient et dans l’ancienne Union soviétique.Trois correctifsLes mécanismes actuels présentent trois grandes lacunes. Premièrement, l’absence d’unité de compte mondiale dans laquelle les dettes et les paiements internationaux pourraient être libellés et à laquelle les autres zones monétaires existantes ou futures pourraient s’arrimer. Deuxièmement, l’absence d’une banque centrale mondiale capable de produire et de gérer la devise internationale et de conduire la politique monétaire mondiale. Enfin, l’absence de mécanisme ou de convention pour stabiliser le cours des changes. La réforme monétaire internationale doit donc s’attacher en priorité à corriger ces trois lacunes.


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