Notre mandat pour l’avenir

Ce numéro de l’Observateur de l’OCDE, qui marque le 40ème anniversaire de cette publication créée peu après l’OCDE elle-même, est l’occasion de rappeler les objectifs de l’Organisation tels qu’ils sont énoncés à l’article 1 de la Convention relative à sa fondation. C’est aussi le moment de tirer un bilan général et de faire la part de ses réussites et de ses échecs.

L’OCDE a pour mission de promouvoir des politiques visant :(a) à réaliser la plus forte expansion possible de l’économie et de l’emploi et une progression du niveau de vie dans les pays membres, tout en maintenant la stabilité financière, et à contribuer ainsi au développement de l’économie mondiale ;(b) à contribuer à une saine expansion économique dans les pays membres, ainsi que non membres, en voie de développement économique ;(c) à contribuer à l’expansion du commerce mondial sur une base multilatérale et non discriminatoire conformément aux obligations internationales.Lorsque je suis arrivé à l’OCDE en 1996, j’ai exposé aux pays membres ma vision du rôle de l’OCDE. Pour moi, elle doit être un instrument au service des gouvernements. Sa mission est de les aider dans la recherche d’un équilibre entre les trois pôles du paradigme suivant : croissance économique, stabilité sociale et stabilité politique. Ces trois objectifs doivent être atteints grâce à une bonne gouvernance, seule capable de réaliser le progrès économique et social en vue duquel l’OCDE a été créée. Pour améliorer le bien-être économique et social, comme le réclame la Convention, il faut maintenir en harmonie les trois pôles du paradigme. Dans le cadre de cette mission, chaque pays trouve son propre équilibre, en fonction des valeurs sociales, économiques et culturelles qui sont les siennes. Mais la rupture de cet équilibre remet en cause le progrès et, dans le pire des cas, engendre de violentes révolutions. L’Histoire l’a prouvé à maintes reprises.Sommes-nous plus près de l’équilibre ou d’un essoufflement du progrès ? Dans quelle mesure l’OCDE a-t-elle rempli son rôle et réussi à maintenir cet équilibre malgré les pressions exercées par la mondialisation ?En termes de maximisation de la croissance économique et de création de richesse, l’OCDE a obtenu de remarquables résultats, peut-être même au-delà des espérances de ses fondateurs. Mais bien sûr, ce critère de réussite n’est que l’un des pôles du paradigme. Que nous révèlent les indicateurs sociaux ?À vrai dire, nous n’avons pas aussi bien réussi sur ce front. Certes, les ressortissants des pays de l’OCDE sont aujourd’hui en meilleure santé et jouissent d’une espérance de vie plus longue que jamais. Ils ont aussi, dans l’ensemble, davantage accès à l’éducation. Mais pour ce qui est du partage des fruits de la croissance, le bilan est moins flatteur. Pour l’instant, tous n’ont pas profité de cette croissance et nous sommes bien loin de la richesse pour tous dont rêvait Rousseau. Ce constat est valable aussi bien dans nos pays qu’à l’échelle mondiale. En 40 ans, la richesse de la zone OCDE a connu une croissance exponentielle. Mais si cette croissance témoigne de la vitalité des marchés, il nous reste à trouver le moyen d’en faire profiter tout un chacun. Après tout, à quoi sert de créer des richesses si la plus grande partie de l’humanité continue de vivre dans une misère effroyable ?Les travaux de l’OCDE sont loin d’être achevés. Nous avons su montrer nos points forts au fil des années. Nous avons été à l’origine de nombreuses améliorations apportées aux politiques des pays membres qui ont un impact direct sur la redistribution des richesses. Nous avons prouvé qu’un taux élevé d’emplois productifs est le meilleur moyen de stimuler la redistribution du revenu national, à condition que cela s’accompagne d’un système d’enseignement et de formation de qualité, de systèmes de santé efficaces et accessibles et d’un filet de sécurité sociale adéquat pour ceux qui ne peuvent participer au marché du travail pour des raisons d’âge ou d’invalidité. Dans chacun de ces domaines, l’OCDE a su aider ses pays membres à définir les meilleures pratiques et à procéder à des analyses de grande qualité à l’intention des pouvoirs publics.Certes, les marchés ont une importance fondamentale, mais les évènements récents nous ont rappelé l’importance des pouvoirs publics. La « main invisible » du marché, c’est très bien tant qu’une bonne gestion des affaires publiques et des cadres sont en place pour que cette « main » reste honnête et efficace. Sans la confiance du public, notre modèle économique se fragilise. Un gouvernement démocratique fort, sans être omniprésent, est un partenaire indispensable pour notre avenir économique et social. Il reste beaucoup à faire dans nos pays membres pour consolider les acquis de l’OCDE et aller au-delà, mais c’est encore plus vrai dans les pays en développement. Avec Doha, Monterrey, le Sommet du G-8 et Johannesbourg, c’est une guerre contre la pauvreté mondiale qui a été déclarée, même si les bonnes intentions ne se traduisent pas encore par des engagements financiers. Les pays membres de l’OCDE concentrent une très large part de la richesse, des échanges et de l’aide au développement au niveau mondial. Loin de rester en retrait, nous avons naturellement le devoir de prendre l’initiative dans cette guerre décisive. Nous n’y manquerons pas !Notre expertise dans le domaine de l’économie appliquée, nos conseils, notre capacité à faire se rencontrer des cultures et des acteurs différents dans un environnement professionnel non conflictuel pour composer avec les différences et progresser sur des dossiers épineux, sont des atouts dans lesquels le monde entier doit investir. Notre tâche ne consiste pas seulement à améliorer les politiques publiques ou à résoudre des problèmes, mais à construire les fondements de notre village mondial, en prenant des mesures dans des domaines tels que la réforme de la réglementation, la coopération fiscale, la lutte contre la corruption, la constitution de banques de données technologiques, les échanges, les piliers sociaux, économiques et environnementaux du développement durable, l’aide au développement, etc.L’OCDE doit mettre à profit l’héritage historique qui lui vient du Plan Marshall pour poursuivre l’action constructive qu’elle a entreprise à l’échelle planétaire. Ce n’est pas un défi nouveau ; un paragraphe du préambule de la Convention de l’OCDE précisait déjà :« Reconnaissant que le redressement et le progrès économiques de l’Europe, auxquels leur [les membres fondateurs de l’OCDE] collaboration au sein de l’Organisation européenne de coopération économique [le prédécesseur de l’OCDE] a apporté une contribution très importante, ont ouvert de nouvelles perspectives permettant de renforcer cette tradition et de l’appliquer à des tâches nouvelles et à des objectifs plus larges ; … »Le mandat historique de l’Organisation pouvait-il être énoncé plus clairement ? Nous avons déjà beaucoup accompli dans cette voie, mais la tâche ne fait que commencer.Il est fondamental pour la paix et la sécurité mondiale d’accroître l’interdépendance des économies nationales comme nous l’avons fait jusqu’ici. Pour moi, l’avenir de l’OCDE passe par la diffusion de messages et de pratiques exemplaires dans l’ensemble du village mondial. Nous travaillons déjà dans les Balkans, notamment sur la Charte pour l’investissement, dans le cadre du Pacte de stabilité. Nous devons intensifier notre coopération avec les pays du Moyen-Orient, d’Afrique (à l’instar de ce que nous faisons avec le Nouveau partenariat économique pour le développement de l’Afrique) et, en fait, dans toutes les zones où des conflits ont divisé des nations et des peuples. C’est dans le contexte de la mondialisation du XXIe siècle que les vertus de la coopération et du développement économiques, telles qu’elles sont définies dans la Convention de l’OCDE, deviendront plus évidentes que jamais.L’Europe, le Japon et l’Amérique du Nord ont eu leur part de tragédies. L’OCDE a réussi non seulement à établir des liens entre ces continents qui se déchiraient, mais elle a aussi été le catalyseur de leur développement et de leur progrès. Elle les a également aidés, dans une large mesure, à équilibrer leur paradigme. Sans la paix, toutefois, rien de cela n’aurait été possible.L’OCDE a un mandat d’une importance cruciale pour la communauté mondiale. Avec d’autres organisations internationales, des gouvernements et la société civile, nous avons le devoir de le remplir.


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