La biotechnologie : quelques questions essentielles

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Qu’est-ce donc au juste que la «biotechnologie» ? A première vue, le mot semble faire référence à une technologie faisant appel à la biologie, c’est-à-dire à l’étude des organismes vivants. C’est ce qu’on retrouve dans la première définition de la biotechnologie donnée en 1982 par l’OCDE dans l’ouvrage Biotechnologie : tendances et perspectives internationales, et qui est encore admise aujourd’hui, à savoir : «l’application des principes de la science et de l’ingénierie au traitement de matières par des agents biologiques dans la production de biens et de services».
C’est une définition large, à l’instar de celles que l’on trouve en divers points de ce dossier spécial. Elle peut intégrer la culture de plantes et l’élevage d’animaux destinés à l’alimentation. Elle peut également signifier l’utilisation de micro-organismes dans la production de produits alimentaires comme les yaourts, le fromage ou la bière, ou de produits pharmaceutiques comme les antibiotiques. La définition est aussi suffisamment large pour inclure le recours à des micro-organismes et à des plantes pour l’amélioration des procédés de production et pour le nettoyage de déchets chimiques. Aujourd’hui, la biotechnologie est généralement assimilée au génie génétique, bien que certains préfèrent parler de «biotechnologie moderne», considérant qu’il s’agit d’une «sous-discipline».En dehors de la définition de la biotechnologie, ce même rapport de 1982 contenait un certain nombre de recommandations. L’une d’entre elles stipulait que les pouvoirs publics devaient, pour que le public accorde sa confiance aux produits de la biotechnologie moderne, en réglementer la sécurité par des moyens appropriés.De l’évaluation à la pratiqueDepuis 1980, les pays membres de l’OCDE ont coopéré à de nombreux projets sur la biotechnologie, qui ont notamment donné lieu à la publication en 1986 de l’ouvrage Considérations de sécurité relatives à l’ADN recombiné. Connue aussi sous le nom de «Livre bleu», cette importante étude portait sur une biotechnologie particulière appelée «génie génétique», ou encore modification génétique. Le génie génétique s’applique à des organismes vivants qui sont utilisés – ou dont les produits sont utilisés – dans des secteurs industriels et agro-alimentaires très divers. Certains, comme les bactéries génétiquement modifiées qui produisent de l’insuline humaine pour le traitement du diabète ou de l’hormone de croissance humaine, étaient déjà approuvés en 1986.Le rôle de la biotechnologie et de la microbiologie est chaque jour reconnu davantage. Toutefois, ce ne sont plus tant leurs applications industrielles que l’utilisation d’organismes généti-quement modifiées (OGM) dans l’agriculture et leurs effets potentiels sur l’environnement qui sont au centre d’un intense débat politique public.Le Livre bleu de 1986, première publication de l’OCDE à répondre à la recommandation de 1982 relative à la réglementation en matière de sécurité, exposait des principes fondamentaux de sécurité pour la mise au point et la commercialisation des OGM, y compris les plantes transgéniques utilisées dans l’agriculture. Il donnait des orientations sur l’évaluation des risques, sur l’agriculture et l’environnement et sur les moyens de mieux comprendre le comportement des plantes transgéniques.Ces principes, par exemple à propos de la sécurité des essais en champ de plantes transgéniques opérés à petite échelle, ont été développés par des centaines d’experts des pays de l’OCDE et ont servi de base à la réglementation des OGM dans les pays membres.Pendant tout ce temps, des organismes de recherche privés et publics utilisaient déjà le génie génétique pour mettre au point de nouvelles variétés de plantes destinées à l’agriculture et à l’industrie agro-alimentaire. Le premier essai en champ a été réalisé en Belgique en 1986 et, depuis, des milliers d’autres ont été menés à travers le monde. C’est en 1992 aux États-Unis qu’a été délivrée la première autorisation de commercialisation. Il s’agissait d’une tomate transgénique que l’on pouvait cueillir à maturité plutôt que verte, et néanmoins transporter et vendre aux consommateurs avant qu’elle ne ramollisse et ne pourrisse. Depuis lors, un certain nombre de plantes transgéniques ont été autorisées à la commercialisation, surtout en Amérique du Nord et du Sud, où elles sont désormais cultivées sur de vastes surfaces. Mieux connaître les OGMLa culture de plantes transgéniques met-elle en danger l’environnement ou bien contribue-t-elle à sa protection ? Cette question est au centre d’un débat public de plus en plus intense. On s’interroge ainsi sur l’utilisation des engrais chimiques et sur les oiseaux, les mammifères et la flore. Pour réglementer les aliments issus de ces nouvelles cultures et en assurer la sécurité, il faut d’abord avoir une bonne connaissance du comportement dans l’environnement des plantes sélectionnées de façon traditionnelle. C’est la raison pour laquelle les organismes de réglementation utilisent les principes de sécurité biologique définis par l’OCDE pour comparer les plantes transgéniques à leurs homologues non modifiées, produites de façon «traditionnelle».Grâce aux études de cas scientifiques menées par l’OCDE, on peut heureusement s’appuyer sur un long historique de sélection des végétaux. En 1993, l’OCDE a publié une étude sur les Méthodes traditionnelles de sélection des plantes. Plus récemment, par l’intermédiaire du Groupe de travail sur l’harmonisation de la surveillance réglementaire en biotechnologie, des experts des pays membres ont entrepris d’approfondir l’étude d’un certain nombre d’espèces cultivées de plantes et d’arbres.Les nouveaux aliments sont-ils vraiment nouveaux ?La plupart des plantes transgéniques commercialisées à ce jour présentent de nouvelles caractéristiques qui intéressent le secteur agricole. C’est pourquoi on parle souvent à leur sujet de «nouveaux aliments». Ces nouvelles caractéristiques sont principalement une meilleure tolérance aux herbicides et une résistance accrue aux insectes et aux maladies, mais à vrai dire, elles ne représentent pas de réelles nouveautés dans le monde des variétés végétales. Voilà des décennies que les phytogénéticiens recherchent des gènes avec de tels caractères parmi les plantes cultivées et leurs espèces apparentées afin de les intégrer dans de nouvelles variétés. En fait, ce qui est nouveau, c’est le degré élevé de précision dans la modification génétique que l’on peut obtenir grâce aux technologies améliorées aujourd’hui disponibles. Partout dans le monde et depuis longtemps, les cultivateurs, mais aussi les industries agro-alimentaires et les consommateurs, réclament aux phytogénéticiens des produits invariants. Tous sont à la recherche de produits uniformes et de qualité constante. Les produits alimentaires transgéniques ont été l’une des réponses à ces pressions.Ce qui est également différent pour les nouveaux aliments, c’est l’apparition de réglementations. Manifestement, c’est la nature du procédé qui suscite l’adoption d’une réglementation de sécurité biologique. En effet, les plantes généti-quement modifiées sont réglementées alors que leurs homologues obtenues de façon traditionnelle ne le sont pas. Certains y voient une contradiction et craignent que le développement de l’industrie des aliments transgéniques ne soit compromis par un excès de réglementation. D’autres considèrent en revanche qu’il s’agit de produits alimentaires nouveaux, issus de nouvelles techniques qui doivent être mieux comprises, et qu’il est donc parfaitement normal de les soumettre à une évaluation de risque et de sécurité pour gagner la confiance du public. Une approche équilibrée et objective pourrait permettre de concilier ces deux positions.


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