Sommet de Johannesbourg : Réussite ou échec ?

Direction de l'environnement

Réussite selon certains, déception pour d’autres : le bilan du récent Sommet mondial sur le développement durable est contrasté. Pour y voir clair, il convient de mesurer ses résultats à l’aune de ce qui est réellement nécessaire au développement durable et de ce qui est faisable dans le climat politique actuel.

À vrai dire, personne n’avait véritablement besoin d’une conférence mondiale pour s’apercevoir que 10 ans après le Sommet planète Terre de Rio, la pauvreté et les maladies sont endémiques et que certains problèmes environnementaux, comme les émissions de gaz à effet de serre, l’appauvrissement de la biodiversité et les excès de la pêche, se sont aggravés depuis 1992. Mais comme le développement durable recouvre un ensemble complexe de problématiques économiques, sociales et environnementales, une multitude de pays et d’organisations représentant la société civile se sont rendus à Johannesbourg en août 2002 avec des ambitions très différentes et parfois inconciliables. Résultat : un catalogue d’une longueur déconcertante, allant de la réduction de la pauvreté et de la lutte contre le sida à l’abaissement des barrières commerciales en passant par l’action contre les problèmes mondiaux d’environnement. Les opposants à la mondialisation réclamaient un instrument international juridiquement contraignant pour réguler l’activité des multinationales, alors que les dirigeants d’entreprise cherchaient à faire reconnaître leur rôle de partenaires constructifs au sein de la société. Au final, les compromis qui ont été minutieusement négociés ont laissé beaucoup de participants sur leur faim.Mais le sommet était-il destiné à satisfaire toutes les ambitions des participants ? D’après le mandat que lui avait confié l’Assemblée générale des Nations unies, sa mission consistait à faire le bilan des actions menées depuis les accords de Rio et à déterminer de nouvelles mesures pour les mettre en oeuvre. Il appelait également à recenser les domaines dans lesquels il convient de redoubler d’efforts, ainsi que les nouveaux défis et opportunités. Destiné à attirer l’attention sur la nécessité de concilier intérêts économiques et préoccupations sociales et environnementales, le Sommet de Johannesbourg devait aussi donner une nouvelle impulsion à l’engagement mondial en faveur du développement durable. Vu sous cet angle, les négociateurs ont rempli leur mandat.Les principaux engagements ont été rappelés ; la volonté de diviser par deux le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour d’ici 2015 en fait partie. D’autres engagements nouveaux ont été énoncés, comme la réduction, dans les mêmes proportions et à la même échéance, de la part de la population mondiale dépourvue d’accès à l’assainissement (2,4 milliards de personnes d’après les estimations actuelles). Les participants ont également prévu d’accélérer la réalisation d’autres objectifs, en encourageant notamment l’adoption de modes de production et de consommation viables. En outre, ils ont élaboré un Plan d’action clair et relativement complet qui décrit comment les engagements et objectifs existants pourraient être tenus. Enfin, l’éventail des mesures d’appui (« partenariats de type II ») énumérées par les groupes de pays, les entreprises et les acteurs de la société civile – et bien souvent étayées par des engagements financiers non négligeables – augure bien du maintien de la dynamique et de l’élargissement des initiatives au-delà des actions décidées dans le cadre des négociations intergouvernementales.La déclaration politique de quatre pages adoptée à la fin du sommet reconnaît les liens entre pauvreté, sécurité et développement durable. Elle recense aussi les défis et les opportunités en matière de développement durable qui découlent de la mondialisation et insiste sur le rôle des partenariats avec le secteur privé et la société civile. Mais surtout, les pays signataires s’engagent à appliquer les mesures concrètes détaillées dans le Plan d’action. Le cadre ainsi établi devrait permettre d’atteindre les objectifs de Rio et de réaliser de nouveaux progrès sur la voie du développement durable.Bien que le Plan reprenne bon nombre d’objectifs spécifiques déjà adoptés, son élaboration n’est pas allée de soi. Conscients des progrès modestes accomplis depuis le Sommet de Rio, beaucoup de pays ont hésité à accepter des objectifs – nouveaux ou non – qui risquaient de ne pas être atteints. Ils ont préféré se concentrer sur les modalités pratiques permettant de tenir les engagements existants et de faire en sorte que des politiques de développement durable puissent être mises en oeuvre à l’avenir.L’accord sur l’accès à l’assainissement établit cependant un objectif entièrement nouveau et de toute évidence difficile compte tenu de son coût élevé. La question des énergies renouvelables a constitué un autre casse-tête. L’UE et plusieurs autres pays ont défendu une proposition prévoyant que 15 % de l’énergie produite dans le monde devraient provenir de sources renouvelables à l’horizon 2015. Le groupe des 77 pays producteurs de pétrole et les États-Unis s’y sont opposés. Au bout du compte, les participants se sont mis d’accord sur l’objectif d’une « augmentation substantielle » de la part des énergies renouvelables dans le monde, sans avancer de chiffres.Par ailleurs, les pays ont notamment pris les engagements suivants : réduire le rythme d’appauvrissement de la biodiversité d’ici à 2010 ; maintenir et rétablir les stocks halieutiques à un niveau permettant d’obtenir un rendement maximal durable d’ici à 2015 ; réduire au minimum les effets de la production et de l’utilisation de produits chimiques sur la santé humaine et l’environnement d’ici à 2020 ; commencer à mettre en oeuvre des stratégies nationales de développement durable d’ici à 2005. Autre mesure : le réapprovisionnement du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) à hauteur de US$3 milliards. La lutte contre la désertification a de plus été intégrée dans la palette des projets environnementaux financés par le FEM.Mais la valeur d’un accord international se mesure toujours à l’aune des mesures concrètes prises pour l’appliquer. En l’occurrence, les « partenariats de type II » sont parmi les principaux moyens qui devront permettre la réalisation des objectifs fixés à Johannesbourg. Il s’agit d’accords volontaires internationaux, qui portent sur des initiatives concrètes et peuvent réunir des États et des collectivités territoriales, des ONG, le secteur privé et la société civile. L’OCDE a accepté de participer activement à six partenariats, dont un axé sur le renforcement des capacités de mise en oeuvre d’un système harmonisé de classification des produits chimiques, un sur les indicateurs de salubrité de l’environnement des enfants, et un concernant l’Initiative européenne sur l’eau.Plusieurs pays ont par ailleurs profité du Sommet de Johannesbourg pour annoncer la ratification de différents accords multilatéraux relatifs à l’environnement ou au développement durable. La Russie, la Chine, l’Inde et d’autres pays ont ainsi accepté de ratifier le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques, lequel entrera en vigueur lorsque ces engagements auront été remplis. Le Canada a lui aussi fait part de son intention de soumettre la ratification du Protocole au vote du parlement avant la fin de l’année.Par conséquent, le sommet était tout sauf un échec complet. En fait, même ceux qui en sont ressortis insatisfaits admettront qu’il a permis à plus de 40 000 personnes représentant toutes les composantes de la société – dont plus de 100 chefs d’État et de gouvernement, 50 dirigeants d’entreprise, des représentants de plus de 500 entreprises et 400 syndicats, ainsi que de milliers d’ONG et de groupes de la société civile – de se rencontrer afin d’échanger des idées et des informations sur les moyens de parvenir au développement durable et de tisser des liens pour l’avenir.Comment l’OCDE et ses pays membres peuvent-ils contribuer à ce gigantesque effort ? D’abord en donnant l’exemple ; par un renforcement de la cohérence de leurs propres politiques et l’adoption de mesures visant à surmonter les obstacles aux réformes. Il s’agit notamment d’intégrer les impératifs du développement durable dans l’activité de tous les ministères et de veiller à ce que les politiques menées ne soient pas contradictoires. Par exemple, les pays de l’OCDE sont les principaux fournisseurs d’aide publique au développement (APD), ce qui ne les empêche pas de protéger et de subventionner leurs industries nationales, bien souvent au détriment des concurrents éventuels dans les pays en développement. Ils consacrent environ six à sept fois plus d’argent au soutien de la production intérieure – notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de l’énergie – qu’à l’APD à destination des pays en développement. Or ces subventions sont à l’origine de distorsions économiques et d’atteintes à l’environnement dans les pays de l’OCDE. S’ajoutant à d’autres barrières commerciales, elles entraînent un manque à gagner estimé à US$43 milliards par an pour les pays en développement.L’OCDE s’attache à identifier et à concevoir des politiques plus cohérentes en faveur du développement durable et à surmonter certains obstacles – comme les craintes de perte de compétitivité – qui empêchent la réforme des politiques. Mais prescrire des remèdes ne suffit pas, car la réussite est avant tout une question de volonté et passe obligatoirement par une impulsion politique. À cet égard aussi, l’OCDE joue un rôle important, en contribuant au renforcement de la volonté politique par le suivi des progrès que réalisent les pays sur la voie du développement durable.La réputation des examens par pays de l’OCDE n’est plus à faire : ils contribuent à favoriser une bonne gouvernance en assurant la transparence de l’action gouvernementale et en faisant partager les pratiques exemplaires. Sous peu, chacune des études économiques de l’OCDE comportera une section qui évaluera les performances du pays considéré en matière de développement durable, complétant ainsi les examens des performances environnementales de l’OCDE qui ont aujourd’hui largement fait leurs preuves. La démarche peut paraître modeste, mais elle constituera un grand pas en avant si elle nous permet de mieux répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés.© L’Observateur de l’OCDE, Nº234, Octobre 2002


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