Redéfinir les rapports d’entreprise

Il est vital pour le développement durable que les entreprises se comportent de manière plus responsable. La Global Reporting Initiative (GRI) pourrait ouvrir la voie.

Les questions que suscite la crise de confiance actuelle à l’égard des rapports financiers des entreprises vont bien au-delà de la viabilité financière d’une société. Les défaillances d’entreprises témoignent avec force du rôle fondamental que joue l’activité entrepreneuriale dans l’existence des individus et des communautés du monde entier. Au moment où les actionnaires, les investisseurs institutionnels, les syndicats et les responsables politiques évaluent les répercussions sociales des affaires Enron et WorldCom, et alors que les débats du Sommet mondial des Nations unies sur le développement durable sont encore présents dans les esprits, l’heure est venue pour les gouvernements d’établir les limites de la communication financière.

Les questions que suscite la crise de confiance actuelle à l’égard des rapports financiers des entreprises vont bien au-delà de la viabilité financière d’une société. Les défaillances d’entreprises témoignent avec force du rôle fondamental que joue l’activité entrepreneuriale dans l’existence des individus et des communautés du monde entier. Au moment où les actionnaires, les investisseurs institutionnels, les syndicats et les responsables politiques évaluent les répercussions sociales des affaires Enron et WorldCom, et alors que les débats du Sommet mondial des Nations unies sur le développement durable sont encore présents dans les esprits, l’heure est venue pour les gouvernements d’établir les limites de la communication financière.Pour la plupart des analystes, deux faits majeurs ont été à l’origine des événements qui ont déclenché de partout des appels à une éthique plus exigeante en matière de responsabilité des entreprises : l’insuffisance des systèmes comptables et l’effondrement du gouvernement d’entreprise. Les défaillances d’entreprises survenues ces derniers mois sont pour partie imputables à un contrôle insuffisant des informations exigées. Mais, et c’est là un aspect tout aussi important, elles reflètent en outre une réalité fondamentale des rapports financiers : même des chiffres solides et parfaitement conformes aux normes requises ne fournissent pas l’ensemble des informations nécessaires aux actionnaires et aux autres parties prenantes pour jauger l’état de santé réel d’une société.Tels qu’ils se présentent aujourd’hui, les rapports financiers satisfont à certaines exigences techniques étroites et donnent un aperçu des performances passées (profits du trimestre précédent, recettes de l’année écoulée). Mais qu’en est-il de l’avenir ? Où sont les informations sur la capacité de l’entreprise à innover, à former et enrichir son capital humain, à consolider sa réputation, à renforcer les marques, les alliances et les partenariats ? Et où trouver des indicateurs de la confiance du public et de la qualité du gouvernement d’entreprise ?Tous ces actifs immatériels, même lorsqu’ils sont déclarés, apparaissent sans moyen de comparaison et de façon peu cohérente. Voilà où nous en sommes, alors que les marchés indiquent clairement l’importance grandissante de ces éléments incorporels comme sources de valeur.La viabilité à long terme des entreprises dépend d’un amalgame complexe de facteurs. Si la viabilité financière est à l’évidence cruciale, il en va de même d’éléments tels que la capacité de s’adapter à l’évolution des marchés, de conserver la confiance des autorités et du public, d’attirer et de mobiliser des travailleurs, ou encore de préserver et d’élargir le soutien des communautés locales et de la clientèle.Mais les rapports financiers analysent rarement le plein impact écologique des activités ou des produits d’une entreprise. Ils n’estiment pas non plus dans quelle mesure la politique de ressources humaines peut influer sur les travailleurs, ou jusqu’à quel point le bilan de l’entreprise en matière de droits sociaux et humains peut affecter l’attitude des consommateurs à l’égard de ses produits. Les choses commencent à changer, et de nombreuses sociétés étudient les moyens d’évaluer leur « éco–efficience ». À cet effet, elles utilisent les « rapports de développement durable », en complément de leurs rapports financiers. Tel qu’il est proposé par la Global Reporting Initiative (GRI), le concept d’un rapport axé sur un « triple résultat » – évaluation des performances d’une société du point de vue des bénéfices, des incidences pour les personnes et de l’impact sur la planète – est de plus en plus apprécié des analystes financiers et des investisseurs, car il les aide à formuler des jugements plus pertinents sur la valeur et les perspectives véritables d’une société au regard d’un éventail plus large d’éléments d’actif. De surcroît, il permet à l’équipe dirigeante d’anticiper et d’exploiter les opportunités de renforcer la compétitivité de l’entreprise et de développer sa transparence.N’en déplaise aux entreprises, les performances non financières d’une société peuvent affecter directement sa santé financière. Le lien entre les droits de l’homme ou l’environnement et la valeur des actions a déjà été amplement étudié. Quatre des principales places boursières mondiales – New York, Londres, Hong Kong et Johannesbourg – envisagent ou ont déjà mis en oeuvre des modifications des règles de publicité qui imposeront la divulgation de certaines informations sur le gouvernement d’entreprise, les responsabilités environnementales, les programmes VIH/SIDA et les aspects relatifs au capital humain, qu’il s’agisse des conditions de travail fondamentales ou des politiques relatives au travail des enfants. Cette évolution dénote une reconnaissance croissante du rôle essentiel que jouent les données non financières liées aux performances de développement durable pour évaluer et concrétiser les perspectives financières d’une entreprise.Heureusement, on dispose désormais d’une panoplie d’outils permettant d’assurer une coordination toujours plus étroite entre les rapports financiers améliorés, les rapports de viabilité et les principes de gouvernement d’entreprise. Avec la publication de ses Sustainable Reporting Guidelines 2002 (Lignes directrices pour les rapports d’évaluation du développement durable), la GRI fournit un mécanisme flexible pour l’établissement de ces rapports améliorés et propose une méthode détaillée pour la publication de données sur les performances. On peut considérer que les lignes directrices de la GRI complètent d’autres instruments, notamment les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et ses Principes de gouvernement d’entreprise, qui définissent les bonnes pratiques commerciales. Les lignes directrices de la GRI ont été élaborées à partir de 1997 au travers d’un processus consultatif associant des milliers de représentants du monde des affaires, de sociétés d’expertise comptable, de syndicats et d’ONG du monde entier. Elles constituent un cadre directement utilisable, cohérent et produisant des données comparables, conçu pour renforcer la procédure traditionnelle d’établissement des rapports financiers. Quels types d’informations trouve-t-on dans les nouveaux rapports inspirés de la GRI ? Elles concernent un grand nombre de questions, comme le gouvernement d’entreprise, les transferts financiers de l’entreprise à la communauté où elle est implantée (impôts, paiements, salaires, etc.), la consommation de matières et d’énergie, les émissions de carbone et la biodiversité. Ces données couvrent aussi les pratiques de travail et les droits de l’homme, les mesures anti-corruption et la responsabilité des produits (la façon dont la société gère sa responsabilité sur l’ensemble du cycle de vie du produit et de la chaîne d’approvisionnement). Par exemple, le niveau des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise est important à connaître d’un point de vue environnemental, mais aussi pour les actionnaires, surtout si ces émissions sont taxées ou donnent lieu à des échanges de carbone. De même, le gouvernement d’entreprise n’est plus un sujet abscons réservé aux conseils d’administration. Il revêt une importance fondamentale pour la survie même de l’entreprise et pour le bien-être de ses travailleurs, de ses fournisseurs et des communautés où elle est établie.Les lignes directrices de la GRI sont d’ores et déjà utilisées par plus de 150 sociétés dans le monde, parmi lesquelles ABB, General Motors, Royal/Dutch Shell, Eskom, Rabobank, South African Breweries, Nissan et Ford, ce qui révèle une prise de conscience croissante de cette réalité. D’ici quelques années, l’intérêt des rapports de développement durable pour l’entreprise sera plus clair et mieux compris, si bien que les sociétés publiant des rapports GRI se compteront vraisemblablement par milliers.Le développement durable ne saurait être atteint sans la participation vigoureuse et pertinente d’un milieu d’entreprise dynamique, oeuvrant en étroite collaboration avec les gouvernements et le reste de la société civile. Lors de la conférence préparatoire du Sommet mondial sur le développement durable tenue à Bali en juin 2002, les ministres étaient convenus, dans le plan de mise en oeuvre, de la nécessité de renforcer la responsabilité des entreprises et leur obligation d’information dans les domaines environnemental et social, « compte tenu d’initiatives telles que … les lignes directrices de la Global Reporting Initiative relatives à l’établissement de rapports sur le développement durable … ».À en juger par les commentaires des médias et les enquêtes d’opinion, la confiance du public dans les entreprises est à son plus bas niveau. Les perturbations et les pertes subies par les travailleurs, les investisseurs et les communautés du fait des récentes défaillances d’entreprises ont causé un lourd préjudice aux économies et aux sociétés. Tout le monde s’accorde à reconnaître que les entreprises se doivent non seulement de donner une description complète et plus exacte de leur situation financière, mais aussi de déployer des efforts plus énergiques en vue du développement durable si elles tiennent à regagner le soutien des populations. Cet impératif est mis en lumière par les appels répétés de grandes ONG en faveur d’un mécanisme international contraignant en vertu duquel les sociétés transnationales seront tenues responsables de leurs agissements.Les gouvernements doivent faire tout leur possible pour aider les entreprises à relever ces défis. Les lignes directrices de la GRI pour les rapports de développement durable peuvent jouer un rôle crucial à cet égard.Références Massie, R. (2001) « Comptabilité du développement durable : une initiative mondiale », dans L’Observateur de l’OCDE, n° 226/227, été 2001.


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