L’entreprise mondiale

Département des affaires économiques

La mondialisation a rapproché la planète et modifié la nature des activités économiques dans les pays de l’OCDE. Mais saviez-vous qu’une part importante de l’intégration mondiale reflète les échanges entre entreprises et branches transnationales ?

Avec la mondialisation, les entreprises ne se contentent pas d’exporter partout leurs produits ; elles les fabriquent aussi dans le monde entier, souvent grâce à des chaînes de production complexes qui s’étendent sur plusieurs pays. Ainsi, les échanges entre les différents secteurs d’entreprises mondiales, comme la fabrication des composants d’un produit final par des filiales implantées dans plusieurs pays, ont fortement augmenté depuis la fin des années 1980. On trouve ce type d’entreprises ou de branches mondiales dans toute une série de secteurs : la haute couture, les composants automobiles, les ordinateurs et les téléphones portables.Les échanges internationaux au sein d’un même groupe représentent environ un tiers des exportations de marchandises du Japon et des États-Unis, un pourcentage équivalent des importations de marchandises des États-Unis et un quart des importations de marchandises du Japon. Et même si peu de données existent pour les autres pays, il est probable que l’importance de ces échanges intra-groupe a augmenté à l’échelle mondiale compte tenu du poids croissant des investissements directs étrangers.La nature et l’importance des échanges intra-groupe varient en fonction du niveau de revenu des partenaires commerciaux. Entre pays à revenus élevés, ils portent en général sur des produits quasi finis destinés à des filiales qui n’y incorporent que peu de valeur ajoutée. Ainsi, près de deux tiers des importations intra-groupe réalisées aux États-Unis par des multinationales dont la société mère est implantée à l’étranger sont destinées à des filiales spécialisées dans la commercialisation et la distribution. Même lorsque les produits reçus sont appelés à subir une transformation, ils sont essentiellement destinés aux marchés locaux.Cependant, les échanges intra-groupe avec des pays riches représentent une part substantielle des échanges bilatéraux de certaines économies à revenu intermédiaire. Le rôle principal des filiales étrangères situées dans ces pays consiste alors le plus souvent à fabriquer des produits destinés à d’autres marchés, y compris celui du pays de la société mère. En 2000, par exemple, deux tiers des importations américaines d’origine mexicaine étaient des échanges intra-groupe. Cela s’explique par le recours massif aux maquiladoras, ces usines sous contrôle étranger implantées au Mexique dans la région frontalière avec les États-Unis et destinées à l’assemblage de produits en vue de leur réexportation.Les échanges entre des entreprises distinctes exerçant leurs activités dans une même branche sont une autre caractéristique marquante des pays de l’OCDE. Ils concernent l’importation et l’exportation de marchandises similaires par le même pays. Il peut s’agir, par exemple, de l’importation et de l’exportation de différents modèles d’automobiles ou de l’importation de vêtements bon marché et de l’exportation de vêtements de luxe. L’intensité des échanges intra-branche est en général beaucoup plus forte pour les biens manufacturés que pour les biens non manufacturés. C’est encore plus vrai pour les biens manufacturés évolués comme les produits chimiques, les biens d’équipement et le matériel de transport, le matériel électrique et les équipements électroniques parce qu’ils sont davantage susceptibles de générer des économies d’échelle au niveau de la production et plus faciles à « différencier » pour le consommateur final. Les produits manufacturés plus complexes qui contiennent de nombreux composants ou font appel à une série de procédés peuvent aussi bénéficier plus facilement des avantages d’une production répartie entre plusieurs pays.Les échanges intra-branche de produits manufacturés se sont développés dans la plupart des pays de l’OCDE depuis les années 1980. Dans un certain nombre d’entre eux, ils continuent même de croître malgré un niveau déjà élevé. Au Mexique, par exemple, ils sont passés de 63 % des échanges totaux de biens manufacturés en 1988-1991 à plus de 73 % en 1996-2000. Aux États-Unis, ils sont passés de 64 % à 69 % au cours de la même période. Dans plusieurs pays comme l’Autriche, la France et le Royaume-Uni, leur part dans les échanges de produits manufacturés avoisine 70 % à 75 % depuis plus d’une décennie. En Corée et au Japon, ils représentent environ la moitié des échanges totaux de produits manufacturés et dans quelques pays comme l’Australie et l’Islande, ils atteignent environ un tiers de ces échanges.À l’heure actuelle, les importations et exportations représentent plus de la moitié du PIB dans huit économies de l’OCDE : Autriche, Belgique, Hongrie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, République slovaque et République tchèque. Dans tous ces pays, les échanges intra-branche sont relativement importants. Selon l’économiste Paul Krugman, l’émergence de ces économies « hyperdéveloppées » est essentiellement le résultat du phénomène de « fragmentation de la chaîne de valeur ajoutée » à l’échelle internationale. Leur nombre a doublé dans les années 1990. Alors que M. Krugman en dénombrait six en 1990, elles étaient au moins 12 en 2000. Cette internationalisation de la production peut avoir pour effet de répartir davantage entre les pays les conséquences initiales d’un choc lié à la demande. Mais en même temps, le commerce peut suivre les tendances de l’économie mondiale plus étroitement que par le passé. Le ralentissement mondial économique récent s’est en effet accompagné d’un fléchissement de la croissance des échanges mondiaux d’une ampleur inconnue depuis les deux chocs pétroliers, bien que la diminution de la croissance du PIB mondial soit restée relativement faible jusqu’à présent.Par ailleurs, les échanges intra-groupe et intra-branche ont pu accélérer la propagation internationale de signaux ou de chocs propres à certains secteurs ou à certains produits. La vitesse avec laquelle les échanges de produits de haute technologie se sont effondrés dans un passé récent l’illustre bien ; la chute brutale des échanges bilatéraux entre les États-Unis et certains pays d’Asie en témoigne. Les effets de ces chocs peuvent être asymétriques ; certains pays ou régions sont plus affectés que d’autres, mais tout le secteur en subit l’impact à l’échelle mondiale.Comme les échanges intra-groupe et intra-branche représentent une part importante du commerce international, les variations à court terme de la compétitivité-prix internationale peuvent avoir moins d’effet sur le volume des échanges. Car dans la mesure où une part croissante des échanges porte sur des biens intermédiaires qui entrent dans une chaîne de production internationale, une dévaluation n’aura guère d’influence sur la compétitivité. Toutefois, des réalignements monétaires continuels et des variations fréquentes des coûts unitaires de main-d’œuvre peuvent inciter les entreprises à délocaliser leur production dans des pays moins imprévisibles, sinon plus compétitifs en matière de coûts. Et si une entreprise multinationale doit réduire ses dépenses sur un marché, il se peut qu’elle ait à faire des coupes claires dans d’autres pays. De fait, si la mondialisation a amené de nouvelles méthodes dans l’exercice des activités économiques, les responsables politiques se doivent aussi de penser globalement.Références Krugman, P. (1995), « Growing World Trade: Causes and Consequences », Brookings Papers on Economic Activity Vol. 1, Brookings Institute. OCDE (2002), Perspectives économiques de l’OCDE, N° 71, Paris.


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