Une gouvernance plus efficace pour des entreprises durables *

Le développement durable n’est pas contre l’intérêt des entreprises. En fait les entreprises peuvent en bénéficier.

Il y a 10 ans, lors du Sommet de Rio, 50 dirigeants d’entreprise ont pris un engagement en faveur du développement durable, signant ainsi l’acte de naissance du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD). Depuis, le Conseil compte trois fois plus de membres et a largement réussi à faire entendre la voix des entreprises sur ce sujet.

Il y a 10 ans, lors du Sommet de Rio, 50 dirigeants d’entreprise ont pris un engagement en faveur du développement durable, signant ainsi l’acte de naissance du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD). Depuis, le Conseil compte trois fois plus de membres et a largement réussi à faire entendre la voix des entreprises sur ce sujet.L’activité économique est favorable au développement durable, et le développement durable est bon pour les affaires. Tel devrait être la devise des entreprises et des gouvernements.Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie des choix tranchés et une nouvelle façon de penser. En clair, il s’agit de définir un ensemble de principes et de s’y tenir.Vous faites savoir que vous ne tolérerez aucune forme de corruption, vous vous assurez que tout le monde a bien compris le message, et si quiconque enfreint la règle, vous lui montrez la porte. Si l’on ne peut obtenir un marché sans pots-de-vin on s’en passe. Si nécessaire, on quitte le pays ou on se désengage des opérations conjointes – même au prix de pertes financières à court terme.Il s’agit aussi d’élaborer des normes environnementales et de les appliquer sans faillir. Un projet important risque de ne pas respecter ces normes ? Il faut y renoncer tant qu’il n’est pas conforme aux impératifs environnementaux. Vous serez surpris par le degré d’innovation qu’un tel défi peut susciter dans votre entreprise. En revanche, si aucune solution satisfaisante ne se dégage, le projet doit être abandonné.Enfin, individus et collectivités doivent être pris en considération. Si vous travaillez dans un pays en voie de développement et vos collaborateurs considèrent qu’ils feront systématiquement appel aux sous-traitants internationaux habituels, demandez-leur de faire preuve de plus d’imagination. Faites en sorte que la recherche d’entreprises sur place, et le développement des capacités locales, deviennent la norme.On me rétorquera que c’est le meilleur moyen de perdre des marchés et de faire le jeu des entreprises concurrentes. Ce n’est pourtant pas le cas à long terme. Dès lors que chacun aura compris que vous refusez toute forme de corruption, que l’éco-efficience sera devenue la règle au sein de votre entreprise et que vous aurez favorisé l’émergence de sous-traitants locaux plus performants, votre avantage concurrentiel n’en sera que plus fort.Le souci de l’environnement et la justice sociale doivent faire partie intégrante du développement économique, lui-même source de progrès. En agissant ainsi, les entreprises contribuent à répondre aux attentes de la société, et c’est là une facette de plus en plus importante du défi qu’elles ont à relever. Une entreprise qui épouse les préoccupations de la société exerce un réel pouvoir d’attraction et peut conserver ses meilleurs éléments. De plus, elle améliore sa réputation auprès d’un large éventail d’acteurs, notamment ceux qui font l’opinion.À mon sens, la voie la plus efficace vers le progrès économique, social et environnemental passe par des marchés internationaux ouverts et concurrentiels. À charge pour les gouvernements de les doter de cadres stables et pragmatiques pour l’investissement des entreprises. Cependant, il importe d’étendre les bienfaits des marchés aux plus démunis de la planète.À cet égard, l’investissement direct étranger (IDE) est l’une des clés d’un progrès durable dans les pays en développement. Toutefois, seuls 5 % des IDE vont aujourd’hui vers les 40 pays les moins avancés. Pour lutter contre ce déficit d’investissement, notamment en Afrique, l’accent doit être mis sur une bonne gouvernance, sur des dispositifs réglementaires stables, sur des politiques économiques pragmatiques et sur des mécanismes de responsabilité. Mais la réponse ne peut venir des seuls investissements. Un autre défi, indissociable, est celui de la mise en valeur des ressources humaines et naturelles de l’Afrique au profit de ses populations, et avec un minimum de conséquences négatives. Pour cela, il est urgent de conclure des partenariats entre les entreprises, les gouvernements et la société civile. Et il est à mes yeux tout aussi urgent que les entreprises intègrent les fondamentaux du développement durable. Qu’il me soit permis ici d’attirer l’attention sur certains d’entre eux.Il nous faut d’abord apprendre à évoluer. Nous devons stimuler l’innovation de manière à ce que nos modes de création de richesse concilie l’évolution des mentalités et les valeurs profondément enracinées. L’éco-efficience doit devenir pour nous une stratégie de gestion permettant d’accroître la création de valeur avec des incidences moindres en termes de consommation d’énergie et de matières. De plus, il conviendrait d’informer les consommateurs des effets environnementaux et sociaux des choix que nous leur offrons.Pour rester crédibles, nous devons agir. C’est pourquoi le WBCSD est à l’origine d’initiatives en faveur de la mobilité durable et de la durabilité des moyens d’existence. C’est aussi pourquoi nous nous sommes associés à un projet qui vise à faire en sorte que ce sommet soit sans incidence sur le climat.Le développement durable n’est pas un choix facile. Il importe que nous nous soutenions les uns les autres, que nous mettions en commun nos problèmes, que nous partagions nos expériences et nos idées. C’est dans cette optique que deux ouvrages ont été publiés récemment.Le premier, intitulé « Walking the Talk », trace le plan d’action du WBCSD et présente 64 études de cas pour éclairer le débat. Dix ans après le Sommet de Rio, nous sommes conscients d’être toujours dans une difficile phase d’apprentissage. Pour les membres du WBCSD, agir pour bâtir un avenir durable fait partie des responsabilités des entreprises. Mais la façon la plus efficace d’oeuvrer dans ce sens passe par des partenariats avec les pouvoirs publics, les responsables politiques, les ONG et les organismes internationaux.Le second ouvrage a été publié par Shell sous le titre « There is no Alternative ». Il s’agit d’un recueil d’études de cas du monde entier qui ont pour thème le développement durable : il évoque aussi bien l’action en faveur de la biodiversité au Gabon que les travaux de pointe sur des combustibles plus propres en Thaïlande ou encore le développement communautaire et la réduction du brûlage à la torche au Nigeria.Il faut multiplier les initiatives comme le partenariat créé en Chine avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans le cadre du projet de gazoduc ouest-est, qui sera construit par une entreprise conjointe avec des intervenants chinois et internationaux.Le PNUD a réalisé une enquête pour mieux connaître les incidences sociales probables du gazoduc sur les populations riveraines, et ses résultats seront intégrés au processus de décision. Ce type de consultation indépendante procure des informations inestimables et permet de se prémunir contre des problèmes futurs souvent coûteux.* Ce texte est extrait d’une allocution prononcée à l’occasion de la journée des entreprises du Sommet mondial pour le développement durable, le 1er septembre 2002 à Johannesbourg. M. Watts a également participé à la Table ronde de l’OCDE sur le développement durable


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