Table ronde: Ce que font les ministres

Le développement durable est-il vraiment pris au sérieux? Les gouvernements sont souvent accusés de se contenter de beaux discours à son sujet, et de ne pas faire assez en sa faveur. Nous avons demandé aux ministres de divers pays – l’Afrique du Sud, pays non membre de l’OCDE et hôte du Sommet de Johannesburg sur le développement durable ; les États-Unis, le plus grand pays membre ; la Finlande, petit pays membre de l’OCDE, mais progressiste dans le domaine de l’environnement ; la France, dont les autorités ont récemment créé un Ministère du développement durable ; et le Mexique, l’un des plus vastes et des plus pauvres pays de l’OCDE – de répondre à cette question simple :
Que signifie à vos yeux le développement durable et quelles mesures particulières avez-vous prises ou recommandez-vous pour réaliser des progrès dans ce domaine?Personne ne niera qu’il y a beaucoup à faire. Les réponses qui suivent montrent que les gouvernements sont non seulement manifestement attachés à l’objectif que constitue le développement durable, mais aussi qu’ils font quelque chose pour l’atteindre.AFRIQUE DU SUDPeuples, planète et prospéritéValli Moosa, Ministre des affaires de l’environnement et du tourismeLes trois maîtres mots que nous avons choisis pour le Sommet mondial « peuples, planète et prospérité » résument parfaitement à mes yeux la notion de développement durable. Le développement durable, c’est veiller à ce que tous aient accès aux produits et services de première nécessité: nourriture, eau, assainissement, fourniture moderne d’énergie, santé et éducation de qualité. C’est instaurer un environnement international et national propice à la création d’emplois, à l’investissement et à un commerce équitable. C’est aussi, et surtout, réussir tout cela tout en préservant notre planète pour les générations futures en utilisant nos ressources naturelles de façon durable. C’est enfin reconnaître l’impact profond et si particulier de la pauvreté dont l’éradication est une condition indispensable à l’avènement d’un développement durable au niveau mondial et local.Je crois que l’Afrique du Sud est particulièrement bien placée pour accueillir le Sommet mondial car elle représente selon moi, à bien des égards, une image à échelle réduite de notre planète. Nous voulons créer une société plus équitable dans laquelle les richesses seront mieux partagées et où tous pourront profiter de la prospérité et d’une meilleure qualité de vie. Je crois aussi qu’il est de notre devoir, en tant que pays africain, de montrer au monde que notre continent est déterminé à s’engager vers un développement plus durable.Depuis les élections démocratiques de 1994, l’Afrique du Sud a réalisé d’importants progrès sur la voie du développement durable. Le gouvernement a construit plus d’un million de nouveaux logements, sept millions de logements de plus ont l’eau courante et notre programme d’électrification a permis de desservir trois millions de foyers. Notre constitution garantit à tous les citoyens le droit à un environnement salubre et à un développement écologiquement viable, et la Loi de 1998 sur la gestion de l’environnement a marqué une étape importante en instaurant le cadre législatif nécessaire. Néanmoins, comme la plupart des pays, l’Afrique du Sud devra encore relever de nombreux défis.Avec le concours des différents acteurs, de notre jeunesse, des femmes, des ONG, du monde du travail et des entreprises, le gouvernement fera du développement durable l’un de ses grands objectifs pour les années à venir pour gagner le pari d’une « vie meilleure pour tous ».Voir: www.environment.gov.za/ETATS-UNISChoisir une vie plus saineChristine Todd Whitman, administratrice de l’EPAPour nous, le développement durable suppose de gérer les ressources environnementales, économiques et sociales, pour protéger la qualité de vie des générations présentes, mais aussi futures. Pour notre pays, cela signifie des actions en partenariat avec nos homologues américains et étrangers, afin de parvenir à un usage plus judicieux des ressources humaines, naturelles et financières en développant parmi les individus, les institutions et les entreprises une éthique de bonne gestion de l’environnement.L’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) s’efforce d’encourager une telle éthique par divers moyens. Je me contenterai ici d’évoquer quelques exemples.J’ai confié à l’EPA le soin de permettre un accès aisé et sans restrictions aux données environnementales. En 2002, l’Agence publiera son premier rapport sur l’état de l’environnement détaillant les progrès accomplis depuis 30 ans et les défis qu’il nous reste à relever. Ce rapport jettera les bases d’une vision complète et globale de la protection de l’environnement qui permettra de mesurer notre réussite à l’aune de résultats concrets.Par ailleurs, l’EPA développe ses moyens informatiques afin de permettre aux citoyens de visualiser des informations environnementales sur l’endroit où ils vivent. Les responsables locaux et associations seront alors mieux à même de prendre les bonnes décisions pour protéger et remettre en état les ressources précieuses et planifier la croissance et le développement.Afin d’appuyer la gestion intégrée de l’environnement et la planification à long terme, l’EPA encourage une « croissance futée » au travers du Smart Growth Network – un réseau informel d’organisations qui estiment que la croissance ne doit pas intervenir n’importe où ni n’importe comment – et « l’approche par bassin hydrographique » pour la gestion de la qualité de l’eau. Dans les entreprises et les institutions, l’EPA soutient la mise en place de systèmes de management environnemental qui envisagent les incidences sur l’environnement dans leur globalité et privilégient la prévention de la pollution et de constants progrès.Enfin, l’EPA apporte une assistance technique et des aides financières directes aux collectivités afin de leur donner les moyens de participer au développement durable. En janvier, le Président George Bush a signé une nouvelle loi sur les « friches industrielles » destinée à aider les états et les collectivités locales à transformer ces sites disgracieux en atouts économiques. Peu après, j’ai présenté ma propre initiative pour aider l’EPA à atteindre ces objectifs: il s’agit de développer la revitalisation des friches industrielles et d’atténuer les pressions par une « croissance futée ». J’ai également annoncé une nouvelle initiative qui vise à faire bénéficier les bassins hydrographiques prioritaires des ressources fédérales.De telles actions donnent aux individus la possibilité de faire des choix qui leur permettront de mener une vie plus saine et de préserver cette opportunité pour leurs enfants et petits-enfants.Voir: www.epa.govFINLANDE Un principe directeur de notre sociétéJouni Backman, Ministre de l’environnementNous, Finlandais, nous efforçons depuis longtemps de faire du développement durable un principe directeur de notre société. Ce processus consiste en un effort commun qui allie l’administration, la classe politique, le secteur privé, la communauté scientifique et la société civile. La Commission nationale du développement durable, présidée par le Premier ministre, a été créée dès 1993. Elle conjugue la mobilisation politique à haut niveau et la participation active de l’ensemble des acteurs importants, ce qui lui assure transparence et continuité.Les initiatives de la Finlande en faveur du développement durable comprennent un programme national d’action (1995), un programme gouvernemental (1998), ainsi que la mise au point d’indicateurs nationaux de durabilité (2000). Plusieurs secteurs concernés ont eux aussi élaboré leurs propres programmes. À l’échelon local également, le développement durable est désormais un objectif clé: près de 70% des communes mettent aujourd’hui en oeuvre leur programme local Agenda 21. Ces efforts portent leurs fruits: l’indice de durabilité du Forum économique mondial a placé deux années de suite la Finlande en première position au classement d’une étude comparative de la compétitivité internationale et de la durabilité. C’est donc à juste titre que la Finlande se considère comme un chef de file crédible dans la campagne mondiale en faveur du développement durable. Nous constatons que la notion intègre désormais les dimensions environnementale, sociale et économique, et qu’elle va donc au-delà du binôme initial environnement et développement. Il convient désormais d’assigner des objectifs concrets. « Voyez grand, agissez à petite échelle et ne perdez pas de temps »: Ces principes classiques peuvent nous aider à réaliser l’avenir durable de la planète. Que ce soit à Johannesburg ou au-delà, nous aurons besoin d’une déclaration qui reflète une ambition politique, d’un plan de mise en oeuvre qui s’articule autour de cette ambition, et d’accords de partenariat pour le mettre en pratique.Il existe déjà un consensus sur les Objectifs de développement pour le millénaire, axés sur la lutte contre la pauvreté. Ils doivent être complétés par un programme solide de modification de nos modes de consommation et de production, assorti d’engagements sur la préservation de la biodiversité de la planète. Les accords de Monterrey et de Doha constituent également une bonne base en vue d’un consensus sur les questions de mise en oeuvre. Nous devons maintenant nous entendre sur une action concrète faite d’initiatives de petite envergure mais rapides qui, mises bout à bout, nous permettrons de faire du développement durable une réalité.Voir: www.vyh.fi/FRANCEUn gouvernement « éco-responsable »Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de l'écologie et du développement durableLe développement durable est devenu, au fil des années, une des grandes exigences de notre temps. Il est fondé sur une triple exigence environnementale, économique et sociale. Le volet écologique de ce concept se doit d’être humaniste et de sceller l’alliance de l’environnement, de la science et du progrès économique. Mais le développement durable est surtout une préoccupation transversale qui doit être en filigrane de tout projet gouvernemental. C’est pour cela que le Président de la République a souhaité la création, pour la première fois en France, d’un Ministère de l’écologie et du développement durable, don’t j’assure la direction, et dans son sein d’un Secrétariat d’État au développement durable, confié à Mme Tokia Saïfi. Il s’agit d’une vraie volonté politique qui relève d’une logique de solidarité avec les générations futures, une logique urgente de l’intérêt collectif. Et à l’occasion du sommet de Johannesburg, notre objectif est de mobiliser les acteurs français, européens et internationaux du développement durable autour de cette ambition commune. À l’échelle internationale, nous souhaitons tout d’abord renforcer la lutte contre la pauvreté en développant l’accès à l’eau potable, à l’énergie, à l’assainissement, mais aussi à la santé et à l’éducation. Notre volonté est notamment de parvenir à une gestion responsable des ressources naturelles afin de favoriser un partage équitable des richesses. En France, l’inscription du développement durable au coeur de la société civile passe notamment par l’élaboration d’une stratégie nationale de développement durable, qui s’appuiera sur de très larges consultations et intégrera les orientations prioritaires du gouvernement. Son adoption définitive devrait intervenir vers la fin de l’année 2002. Un des axes forts de cette politique est le rôle exemplaire que se doit de tenir l’État dans l’application des principes du développement durable. Pour moi, cela signifie concrètement que les administrations doivent devenir « éco-responsables », que ce soit dans la gestion de leur patrimoine bâti et non bâti, de leurs déchets, ainsi qu’en matière de consommation d’eau et d’énergie. Cela signifie aussi que l’ensemble des départements ministériels doivent désormais intégrer ces principes dans l’ensemble des politiques et des actions conduites.Une autre de mes missions est de veiller à l’intégration des objectifs de développement durable dans l’élaboration et la mise en oeuvre des politiques publiques. Le développement durable consiste aussi à faire participer tous les citoyens aux décisions des pouvoirs publics. Et nous devons agir vite dans ce combat de la responsabilité et de l’éthique.Voir: www.environnement.gouv.fr/MEXIQUEInstituer la gouvernance environnementaleVictor Lichtinger, Ministre de l’environnement et des ressources naturellesLe Rapport Bruntland décrit le développement durable comme un type de développement répondant aux besoins du présent sans compromettre la faculté des générations futures à satisfaire les leurs. Le Mexique se doit de relever ce défi, en améliorant le bien-être de sa population et en préservant la biodiversité et les ressources naturelles. Pour y parvenir, il faut intégrer de manière équilibrée les objectifs et politiques économiques, sociaux et environnementaux.Le 1er décembre 2000 a constitué un tournant politique, grâce à l’avènement d’un système de gouvernement véritablement démocratique. Parmi les aspects les plus importants de cette nouvelle démocratie figure la prise en compte du développement durable, comme le stipule le Plan national de développement 2001-2006. La réorganisation des institutions gouvernementales et l’intégration du Ministère de l’environnement dans chacune des trois nouvelles divisions du gouvernement – développement social et humain, croissance respectueuse de la qualité, et sécurité et justice – ont constitué la première étape de cette nouvelle conception de la gouvernance environnementale. Le gouvernement actuel s’est engagé à mettre en oeuvre la politique de l’environnement de manière intégrée, comme en témoigne l’adoption d’objectifs et d’indicateurs de durabilité dans les programmes de 14 institutions responsables des politiques budgétaire, économique, agricole, de l’énergie et des transports. Le Mexique s’efforce également de participer plus activement aux forums internationaux où sont abordés conjointement les problèmes sociaux, économiques et environnementaux, encourageant d’autres pays à assumer leur part de responsabilité dans la prise en charge des enjeux environnementaux mondiaux.Le Mexique invite les autres pays et les organisations internationales à s’engager conjointement à améliorer les stratégies de gouvernance relatives aux problèmes d’environnement. À Johannesburg, mais aussi au-delà, le Mexique défendra des initiatives innovantes dans le cadre du groupe de pays « mégadivers » *. Et gardant à l’esprit la question cruciale de l’équité, il insistera sur les problèmes à ce jour non résolus touchant au financement du développement durable.Le Mexique prend des mesures fermes en vue de renforcer un nouveau dispositif institutionnel qui améliorera la coordination entre les secteurs public et privé, moyennant la participation de toutes les parties prenantes, de manière à promouvoir les objectifs relevant du développement durable.Nous devrions peut-être aussi revoir quelques concepts traditionnels. Par exemple, l’expression « Répondre aux besoins du présent sans compromettre les générations futures » me semble obsolète; car le futur, c’est maintenant, et il est grand temps de s’engager.


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