Quel avenir pour les énergies renouvelables?

OCDE Observateur
La Californie est réputée pour son ciel d’azur et ses parcs de haute technologie. Associez les deux et vous ne serez pas surpris de voir cet état en passe de jouer un rôle de premier plan dans le domaine de l’énergie solaire. Imaginez ensuite que les constructeurs remplacent tout simplement les matériaux traditionnels sur les toits des nouveaux bâtiments par des panneaux solaires en dessous du coût de l’hypothèque immobilière habituelle. Vous obtiendrez alors un scénario digne des plus grands studios... californiens.
Mais faut-il y voir uniquement un acte isolé ou pourrait-il s’agir de l’amorce d’un nouveau marché qui s’étendra au monde entier, tout comme l’ont fait les marchés de l’automobile et des technologies de télécommunication en leurs temps?Il est de bon ton, dans certains groupes de pression représentant les énergies traditionnelles, de reléguer les énergies renouvelables au second plan; pourtant, au cours des dernières années, elles ont connu une diffusion rapide. Ainsi, la croissance du marché de l’énergie éolienne et du solaire photovoltaïque (PV) a atteint 30% par an en moyenne sur les cinq dernières années, y compris dans certains pays en développement. C’est la croissance la plus rapide de tout le secteur, ce qui dénote un certain dynamisme, même si le point de départ était bas. Dans les pays en développement, la biomasse traditionnelle, utilisée pour la cuisine, représente la majeure partie des énergies renouvelables consommées, mais il est fait de plus en plus recours à de petits systèmes hydrauliques, éoliens, géothermiques et bioénergétiques perfectionnés. Et certains toits y sont équipés de modules solaires photovoltaïques, même si le marché n’est pas encore assez porteur, car les obstacles sont légion: absence d’informations sur le sujet, incompréhension des habitants, sans parler des tracasseries administratives et de l’hostilité des entreprises de service public. Malheureusement, c’est le lot de toutes les technologies innovantes qui permettent de résoudre les problèmes et d’offrir un service au consommateur d’une nouvelle manière.D’après un rapport rédigé en 2001 à l’intention du G8, il suffirait que les pays membres de l’OCDE investissent environ US$100 milliards sur 10 ans pour rendre les technologies des énergies renouvelables compétitives d’ici à 20 ans. C’est l’équivalent du revenu national annuel d’un pays comme l’Irlande, et probablement moins que le coût de nouveaux investissements dans la technologie nucléaire. De plus, ce chiffre correspond à une mise de fonds sur l’initiative des consommateurs, ce qui signifie des bénéfices au plan tant de la consommation (éclairage, chauffage...), du progrès technologique que, bien évidemment, de l’environnement.Les technologies des énergies renouvelables ne cessent de progresser, tout comme nos connaissances en la matière. Aussi, cette courbe d’apprentissage dans le secteur pourrait signifier que le montant de US$100 milliards est surévalué. Quiconque aurait prédit, en 1975, que le prix des ordinateurs, hormis les portables et les ordinateurs de poche, serait à la portée de millions de bourses en l’an 2000, voit parfaitement ce dont il s’agit.Les technologies des énergies renouvelables, comme les éoliennes et les générateurs solaires, exigent un investissement capitalistique, mais rien de plus. Pour une turbine à gaz naturel, il faut compter les dépenses en capital fixe, mais aussi les frais d’extraction (et d’épuisement) de la ressource naturelle. Qu’il s’agisse des sources d’énergie classiques ou renouvelables, les coûts fixes diminuent avec le temps, généralement en raison des gains d’efficacité et, peut-être, des progrès techniques. Mais, comme les énergies renouvelables ne sont pas exposées, par définition, au risque d’épuisement, leurs coûts sont fixés. Elles constituent de ce fait un investissement relativement dénué de risque à long terme. En outre, elles deviennent une forme de garantie contre les aléas, par exemple les variations brusques des cours du pétrole. Par ailleurs, les « toits solaires » installés en Californie offrent à ceux qu’ils abritent une protection contre les pannes, plutôt rares mais néanmoins réelles, du réseau électrique californien, comme celles survenues récemment.Il n’est pas absurde de penser que le malaise des responsables politiques face au dossier des énergies renouvelables tient à ce qu’il représente un défi majeur pour les marchés monopolistiques et fixateurs de prix, ainsi que pour les grands consommateurs et fournisseurs d’énergie. Il est impossible aujourd’hui d’escompter faire fonctionner le TGV français à l’aide de l’énergie fournie par des éoliennes implantées quelque part sur les côtes normandes. Mais peut-être que la technologie permettant aux TGV de s’alimenter eux-mêmes en électricité, sans caténaires, existera demain. En d’autres termes, avant que les gouvernants ne les adoptent, il faudra les convaincre que les avantages offerts par les technologies des énergies renouvelables sont réels, qu’elles dégagent des profits qui l’emportent sur les coûts. Plusieurs pays semblent activement impliqués dans la recherche et le développement, encore que l’on pourrait peut-être faire beaucoup plus. Les auteurs du rapport de 2001 à l’intention du G8, parmi lesquels figurent des experts de l’Agence internationale de l’énergie, organisation soeur de l’OCDE, ont mis en lumière certains des obstacles auxquels se heurtent les énergies renouvelables. Tout d’abord, bien que leur coût baisse à mesure que les quantités augmentent, dans la plupart des cas elles ne peuvent pas encore soutenir la concurrence directe des solutions de rechange classiques. Autre obstacle, les infrastructures humaines et institutionnelles sont insuffisantes, offrant, faute d’expérience, des capacités limitées à l’appui des projets ou des marchés. De plus, les coûts initiaux sont élevés, de sorte que les programmes de financement connaissent des déficits. Enfin, les auteurs considèrent la faiblesse des mesures d’incitation et les incohérences des politiques comme des obstacles, soulignant que les politiques énergétiques ne prennent pas toujours dûment en compte les avantages procurés par les énergies renouvelables. L’existence de ces obstacles rend utopique toute expansion spectaculaire de ces nouvelles technologies sur le marché dans un avenir proche. Actuellement, le pétrole et le gaz occupent une place dominante parmi les différentes sources d’énergie; demain, ce sera peut-être le tour de l’hydrogène obtenu à partir de combustibles fossiles, combiné en partie avec l’énergie solaire, éolienne ou autre nouvelle forme. À n’en pas douter, le nucléaire a aussi un rôle à jouer, dès lors que les réponses apportées aux problèmes des déchets et de la sécurité seront suffisantes pour gagner la confiance du public. Il se peut cependant que les énergies renouvelables soient la solution d’avenir. Comme l’a dit un chercheur présent au Forum 2002 de l’OCDE, la technologie des énergies renouvelables est peut-être plus onéreuse aujourd’hui et moins efficace que d’autres systèmes, mais elle ne constitue pas un investissement risqué sur le long terme. Voilà, sans doute, tout ce que recouvre la notion de développement durable.R.J.C., L’Observateur 233Rapport du groupe de travail du G8 sur les énergies renouvelables www.renewabletaskforce.org/AIE/OCDE (2001), Developing a New Generation of Sustainable Energy Technologies, AIE, Paris.


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