Cuisiner la croissance

Certes il est intéressant de parler de réglementation et de responsabilité, mais il ne faut pas perdre de vue l'importance de la croissance. Et de ses ingrédients.
Les observateurs trouveront sans doute dans la chanson « Bye, bye, Miss American Pie » des analogies avec les malheurs que connaît aujourd’hui l’économie des États-Unis; mais l’expansion qu’elle a connue, la plus longue de l’histoire récente, n’était-elle que de vaines promesses? Elle laisse en tout cas des images d’abondance et de bonheur, réminiscences de desserts confectionnés avec tendresse par la mère de famille. Ces connotations familières aident peut-être à comprendre pourquoi les politiciens tiennent tant à « partager le gâteau » et à en distribuer les parts. Partout dans le monde, les parlementaires engagent ainsi d’âpres discussions sur les priorités publiques qui devraient être privilégiées.
Mais le gâteau n’est sans doute pas une bonne métaphore, car il est presque toujours limité à la taille du plat. Pourtant, n’oubliez-pas, vous, mes amis au sein des gouvernements, vous, Premiers ministres inquiets, que le gâteau peut être agrandi. Tout ce que le gouvernement entreprend devrait viser à accroître sa taille. Cela s’appelle la croissance économique, et c’est indispensable. Faute de quoi, le nombre d’actions publiques prioritaires susceptibles d’être financées chutera, tandis que les besoins resteront les mêmes. Si quelqu’un vient vous dire « nous devons ralentir l’activité économique, et sacrifier une partie de la croissance pour réaliser telle ou telle priorité », répondez-lui qu’il n’en est pas question.Ne croyez pas que je pense que vous n’avez pas compris la situation. Après tout, les travaux de l’OCDE, du FMI et d’autres organisations font ressortir la nécessité d’établir des cadres d’action et mettent en garde contre le protectionnisme et l’ingérence dans l’activité industrielle. Mais sitôt achevées les réunions ambitieuses sur les moyens de favoriser la croissance, comme celles tenues à Lisbonne et à Kananaskis, d’aucuns se mettent à réclamer un renforcement de la contrainte réglementaire et de l’intervention publique au nom du progrès. C’est la taille du gâteau qui est en jeu, et nous devons rester très vigilants.Pour accroître le gâteau, il faut pour l’essentiel s’appuyer sur les forces du marché, de façon à développer l’offre de produits et de services, permettant non seulement d’étendre les marchés existants, mais aussi d’en créer de nouveaux. Les ordinateurs personnels, les téléphones cellulaires, les enchères sur Internet sont autant d’excroissances des débouchés existants, mais les technologies et les innovations opérationnelles sous-jacentes ont permis aux entrepreneurs d’offrir des services et de créer des produits inédits.Vous pensez peut-être que je vous ressers une vieille recette, qui ne peut mener qu’à de nouvelles bulles Internet et à des plans d’entreprise non viables. Mais je vous conseillerais de vous garder de sous-estimer ceux qui ont échoué une première fois. Le succès naît d’échecs répétés. Jamais nous n’avions observé autant d’inventions en même temps. Ces entrepreneurs brillants et diplômés, qui ont plongé avec la chute des technologies de l’information, referont surface. Nombre d’entre eux inventeront seuls, ou rejoindront de plus grandes entreprises, et ils exploiteront le potentiel des nouvelles technologies-outils.N’oubliez pas que dans cette entreprise, vous travaillerez en étroite coordination avec les chefs du secteur privé. Après tout, c’est bien ce dont on parle lorsqu’on évoque la responsabilité partagée. En fait, la discipline de cette cuisine économique, consiste en un ensemble de principes ou de lignes directrices, comme les principes directeurs pour les entreprises multinationales de l’OCDE, qu’appliquent en commun le secteur privé et le secteur public, pour prendre en compte et répondre à l’ensemble des préoccupations. Appelons cela de la « cuisine durable ». Il nous faut trouver les moyens de répartir le gâteau le plus largement possible, avec le plus de bouchées possible pour autant de personnes que possible. Et nous devons y parvenir sans saccager la cuisine. Point n’est besoin de miracles, un « grand chef » suffit.Même les grands chefs doivent travailler ensemble, dans un climat de confiance, en surveillant de très près les ingrédients, de façon à ce que personne n’ajoute quoi que ce soit de nocif pour la santé ou pour le goût. Bien entendu, le marché finira toujours par punir tout manquement. Il le fait immanquablement. L’environnement sanctionnera les excès également. Mais il ne faudra jamais laisser les choses aller aussi loin.Les pouvoirs publics devraient revenir aux ingrédients de base. Entretenir l’expansion des marchés de capitaux. Laisser se mélanger les capitaux intérieurs et les capitaux internationaux. Dynamiser le système d’enseignement pour qu’il assure les qualifications requises et prépare mieux les étudiants aux emplois d’aujourd’hui. Raccourcir les formalités bureaucratiques qui retardent l’arrivée de l’innovation sur le marché et ne pas laisser les nouvelles idées se périmer. Faciliter la création et la fermeture d’entreprises. Assurez-vous de la clarté de vos recettes. Il faut pour cela un gouvernement qui parle d’une seule voix et défende un seul programme. Si vos ministres veulent chacun un four d’une dimension différente, exigez que la température ou les ingrédients soient ajustés en fonction, sinon vous aurez le désordre sans la croissance. En fin de compte, c’est à des centaines d’acteurs du secteur privé que vous demandez de pétrir et ils sont tous également clients, fournisseurs, actionnaires, créanciers et consommateurs.Ne faites pas obstacle à la concurrence, encouragez-la. Laissez vos mitrons chercher les ingrédients dont ils ont besoin partout dans le monde. Cela diminue les coûts et améliore la qualité, avec de forts effets multiplicateurs qui donneront de la consistance à la pâte.Et vous, les « grands chefs », ne limitez pas les ingrédients à ceux que vous connaissez et qui vous rassurent et soyez à l’affût de nouvelles possibilités ou expériences. Le changement sert de levain et il vous faudra exercer au maximum vos talents de meneur d’hommes pour pousser de l’avant le timide et faire reculer ceux qui font de l’obstruction.Si vous faîtes tout cela, nous pouvons tous espérer entendre des millions de minuteries de four sonner à mesure que le gâteau mondial prendra de l’ampleur.Douglas Worth, Observateur 233© L’Observateur de l’OCDE, Nº233, Août 2002


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