L’après Rio et le développement

Déclaration d’orientation de la réunion à haut niveau du Comité d’assistance au développement, 16 mai 2002*
Direction de la coopération pour le développement
S’attaquer aux problèmes mondiaux environnementaux est impératif pour réduire la pauvreté.
Près d’un milliard de foyers, surtout au sein de la population rurale pauvre, dépendent directement des ressources naturelles pour vivre. Or, ce patrimoine naturel est désormais exposé à des menaces de portée mondiale. L’appauvrissement de la diversité biologique progresse rapidement dans de nombreux pays, de même que l’accumulation de produits chimiques toxiques. La désertification et la sécheresse sont également des problèmes de dimension planétaire, qui n’épargnent aucune région du monde. Les émissions de gaz à effet de serre sont sources de risques pour le climat de la planète et ce sont les pays en développement qui risquent le plus d’en subir le contrecoup. Trois Conventions des Nations unies sur les changements climatiques, la diversité biologique et la lutte contre la désertification – étroitement associées au Sommet Planète Terre de Rio en 1992 traitent de ces menaces, qui risquent de miner les efforts que nous déployons, ensemble, pour éradiquer la pauvreté et favoriser l’instauration d’un développement durable à l’échelle de la planète.Nous sommes conscients que les pays de l’OCDE ont une responsabilité particulière à assumer dans la conduite du développement durable dans le monde, historiquement et en raison du poids qu’ils continuent d’avoir dans l’économie et l’environnement à l’échelle de la planète. Nous reconnaissons également la nécessité d’aider les pays en développement à s’attaquer aux questions du développement durable et de poursuivre les travaux relatifs aux biens publics mondiaux et autres biens « assimilables ». Ces questions recouvrent notamment les problèmes liés à une atmosphère propre et au contrôle de maladies infectieuses telles que le paludisme et le VIH/SIDA. Pour relever ces défis complexes, une plus grande cohérence s’impose dans toute une série de domaines de l’action publique, comme l’énergie, les échanges, la santé, l’agriculture, l’investissement et la coopération pour le développement.Même si tous les pays sont affectés, ce sont les plus pauvres qui sont le plus exposés car ils disposent de moins de moyens pour remédier aux causes profondes des menaces qui pèsent sur l’environnement et s’adapter à leurs effets, et parce que leur population est largement tributaire des ressources naturelles pour sa subsistance. La réduction durable de la pauvreté, priorité centrale de l’action en faveur du développement, est donc étroitement liée à une saine gestion de l’environnement local, national, régional et mondial.La grande vulnérabilité de bon nombre des pays les plus pauvres face à la désertification, à la perte de biodiversité et aux effets du changement climatique est pour nous une source de préoccupation. Ces évolutions environnementales mettent en péril les moyens d’existence, les besoins alimentaires et la santé des populations rurales et, parallèlement, accroissent les risques de catastrophes naturelles, notamment d’inondations et de sécheresse. Cette vulnérabilité risque d’exacerber la concurrence, voire les conflits, pour l’utilisation de terres et de ressources en eau déjà très sollicitées et de saper les efforts déployés pour faire refluer la pauvreté. Pour de nombreux pays, la menace est imminente et appelle une réaction de toute urgence.Intégrer les considérations relatives à l’environnement dans les stratégies de lutte contre la pauvreté et autres mécanismes nationaux de planification est une priorité. Les menaces pesant sur l’environnement mondial et les questions de dimension planétaire comme la désertification et la sécheresse nous confrontent à des défis tout particuliers à cet égard. Leurs causes et leurs conséquences ne connaissent pas les frontières nationales, mais appellent des réponses aux niveaux international, régional, national et local. Remédier aux causes et aux effets de l’appauvrissement de la biodiversité, des changements climatiques et de la désertification requiert des mesures dans des secteurs tels que l’agriculture, la sylviculture et l’énergie. Les organismes de coopération pour le développement, qui apportent une assistance dans beaucoup de ces secteurs, peuvent jouer un rôle important pour contribuer au renforcement des capacités dans les pays en développement afin d’améliorer l’intégration de ces questions déterminantes dans les mécanismes de planification et d’élaboration des politiques au niveau national.Nous oeuvrons déjà à la réalisation de cet objectif dans le cadre de diverses instances, notamment le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), mais ce n’est pas suffisant. Les Conventions de Rio reflètent l’engagement de tous les pays à préserver l’environnement mondial, selon le principe de responsabilités communes, mais différenciées, en fonction de leurs capacités respectives. Elles établissent par ailleurs clairement que la satisfaction des besoins nationaux de développement et le règlement des problèmes qui mettent en péril l’environnement mondial doivent aller de pair. Ces conventions concernent donc le développement durable, et pas seulement l’environnement.Trop souvent, les problèmes environnementaux de portée mondiale sont considérés comme appelant une action spécifique, sans grand rapport avec les priorités nationales ou locales de développement. Dans de nombreux pays, par exemple, c’est au Ministère de l’environnement qu’il appartient au premier chef de mettre en oeuvre les conventions, et aucune coordination n’est prévue à l’échelon interministériel pour mettre en place les dispositions nécessaires dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’énergie, les transports, etc.Il est urgent de prendre conscience de cette lacune et d’y remédier par l’adoption des mesures qui s’imposent, en privilégiant les stratégies nationales de développement qui tiennent compte tout à la fois des préoccupations sociales, économiques et environnementales d’envergure planétaire.Il existe tout un éventail d’approches gagnantes à tous égards. L’action engagée face à la dégradation de l’environnement doit aller de pair avec un accroissement du bien-être économique et social. Améliorer la satisfaction des besoins alimentaire et les moyens d’existence de la population rurale suppose de contenir la désertification, de préserver la biodiversité et d’atténuer la vulnérabilité aux changements climatiques. Sauvegarder les moyens d’existence des paysans sans terres, des bergers et des peuples de la forêt exige de protéger les écosystèmes dont ils dépendent pour leur nourriture et leur habitat. Faciliter l’accès à des combustibles et à des fourneaux efficients pour la cuisine contribue à améliorer la santé et la sécurité des femmes et des enfants, à alléger la corvée de collecte du bois de feu, et aussi à amoindrir la ponction exercée sur les forêts.Les priorités Dans nos capitales, nous nous appliquerons à rehausser la capacité de nos organismes à reconnaître les liens fondamentaux entre lutte contre la pauvreté et protection de l’environnement mondial et à élaborer des actions correctives adéquates. Une bonne compréhension des liens entre pauvreté et environnement, et des menaces qu’induit la dégradation de l’environnement à l’échelle mondiale, est indispensable à la formulation de saines politiques. Nous sommes déterminés à intégrer ces questions dans nos politiques et nos stratégies de soutien aux pays qui bénéficient de notre aide. Nous nous attacherons également à faire en sorte que les connaissances accumulées en la matière se diffusent à tous les services de nos organismes de coopération pour le développement, et ne restent pas l’apanage des spécialistes des questions d’environnement.Nous intensifierons nos relations avec les autres ministères et organismes ayant à traiter des questions environnementales de portée mondiale. Cette intensification favorisera la formulation de stratégies cohérentes. Participer activement aux négociations internationales sur les grands problèmes environnementaux de dimension planétaire et à l’élaboration de la position de nos pays respectifs nous offre un moyen direct de veiller à ce que les accords conclus et les mécanismes institués pour en accompagner la mise en oeuvre complètent les efforts que nous déployons pour réduire durablement la pauvreté et tiennent compte de l’expérience que nous avons pu accumuler sur le terrain.Nous aiderons nos partenaires en développement à remplir leurs engagements et à mettre à profit les nouvelles opportunités résultant des accords mondiaux relatifs à l’environnement, notamment en les aidant à exploiter les avantages de nouveaux dispositifs fondés sur les règles du marché qui contribuent à la réalisation des objectifs mondiaux d’environnement.Dans ce contexte, l’accent sera largement mis sur le soutien au renforcement des capacités, dans le secteur public, dans le secteur privé et au sein de la société civile, en mettant pleinement à profit les compétences disponibles. Les Conventions de Rio recensent toute une série de domaines où un renforcement des capacités est nécessaire – pour le respect des obligations en matière de notification, pour le suivi scientifique et l’évaluation des technologies, pour l’élaboration des politiques et pour une participation efficace aux négociations internationales sur les conventions mondiales relatives à l’environnement, par exemple. Le FEM, le mécanisme mondial de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et, s’agissant du changement climatique, les nouveaux fonds établis à Marrakech, sont autant d’instruments précieux à cet égard. Des concours supplémentaires seront apportés dans le cadre de nos programmes bilatéraux et par le biais des banques multilatérales de développement. Nous soutiendrons également des projets pilotes visant à expérimenter de nouvelles approches et à démontrer leur faisabilité, de façon à créer une masse critique d’expériences concrètes.Nous aiderons en outre nos partenaires à intégrer les problèmes environnementaux de dimension mondiale dans leurs stratégies de lutte contre la pauvreté. Les cadres de planification pilotés par les pays eux-mêmes, tels que les Stratégies de lutte contre la pauvreté ou les plans nationaux Action 21, offrent des occasions uniques d’intégrer les questions de durabilité environnementale dans les efforts de réduction de la pauvreté. Cela suppose d’intégrer les plans d’action nationaux élaborés en vertu des conventions mondiales relatives à l’environnement dans les processus pertinents de planification existant à l’échelon national ou infra-national, voire régional.Nous soulignerons également l’importance des problèmes environnementaux de portée mondiale et de leurs interactions avec les objectifs de développement en abordant systématiquement ces questions dans le dialogue régulier que nous entretenons avec les hauts responsables des pays partenaires dans le contexte de la programmation de l’aide.Nous soutenons d’ores et déjà les efforts déployés dans un certain nombre de domaines étroitement liés à une ou plusieurs questions auxquelles se rapportent les Conventions de Rio. Nous veillerons à ce que les initiatives en cours tiennent compte des possibilités qui s’offrent d’adopter une approche avantageuse à tous égards et les exploitent au mieux.*Cet article a été adapté de la déclaration du CAD. Pour la déclaration complète voir Les lignes directrices du CAD : Intégrer les Conventions de Rio dans la coopération pour le développement à www.oecd.org/dacObservateur 233


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