Le développement durable, notre avenir à tous

La signification concrète du « développement durable » semble donner lieu aujourd’hui à de multiples définitions et interprétations. On serait même parfois tenté de penser qu’il y a dans la notion de développement durable une bonne part de subjectivité.
Il y a une quinzaine d’années, dans son rapport Notre avenir à tous, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement présidée par Gro Harlem Brundtland a défini le développement durable comme un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».Comme la Commission Brundtland avait accordé une place importante aux besoins des pauvres dans les pays en développement, beaucoup d’observateurs ont alors estimé que son message portait sur la lutte contre la pauvreté et les éléments susceptibles d’y contribuer : accès des pays en développement aux marchés, éducation, mesures élémentaires de santé publique, etc. D’autres, principalement dans les pays industrialisés, ont également vu dans le rapport l’évocation de leurs propres besoins de maintenir de génération en génération un niveau de vie élevé, impliquant aussi un environnement propre.À l’heure des derniers préparatifs pour le Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg, le débat international sur notre avenir à tous semble prisonnier d’une logique qui oppose développement et environnement. Si l’opinion publique des pays en développement s’attend fort logiquement à ce que le développement durable soit mesuré à l’aune de la diminution de la pauvreté, le débat dans les pays de l’OCDE tourne en revanche autour de l’environnement. En réalité, à l’image de l’interdépendance qui existe entre les pays en développement et industrialisés, ces aspects sont indissociables. Même si les pays en développement créent les conditions nécessaires à l’éradication de la pauvreté en termes de politiques et de bonne gouvernance, leurs efforts resteront vains s’ils ne s’accompagnent pas d’une intégration dans l’économie mondiale. Cela signifie que les pays industrialisés doivent ouvrir leurs marchés, et sans doute aussi apporter diverses formes d’aide. Les pays riches, qui sont à l’origine de la plupart des problèmes d’environnement, doivent faire le maximum pour remettre la biosphère de la planète sur la voie de la viabilité – mais des progrès durables ne sauraient se réaliser sans la coopération des pays en développement. Le dialogue de Johannesburg peut-il aboutir à un dénominateur commun, à un terrain d’entente entre les pays développés et en développement, duquel découleront des politiques cohérentes et mutuellement acceptables ? Voilà bien une question épineuse.Dans le rapport de la Commission Brundtland, on pouvait lire : « Au strict minimum, le développement durable signifie ne pas mettre en danger les systèmes naturels qui nous font vivre : l’atmosphère, l’eau, les sols et les êtres vivants. »Il est inutile de préciser qu’en l’absence de l’un de ces éléments, l’avenir de la planète en tant que foyer du développement humain serait condamné, car tous ces éléments constituent ensemble la plate-forme à la base de tout le reste. Dans le monde industrialisé, moderne et dynamique que représente l’OCDE, nous avons mis à profit cette plate-forme, mais ce faisant, nous l’avons aussi affaiblie par l’érosion des sols, la pollution de l’air et de l’eau, le réchauffement planétaire et les changements climatiques qui l’accompagnent, l’épuisement des stocks de poissons, etc. Si le monde développé a connu un progrès matériel et social prodigieux, en particulier ces dernières années, le revers de la médaille a été la dégradation continuelle et de plus en plus rapide de la biosphère elle-même. La plate-forme peut-elle continuer à soutenir le développement de la planète ? Le défi du développement durable consiste, selon la formule des experts, à « découpler » progrès matériel et environnement, en les mettant sur le même plan, en les rendant complémentaires et, on l’espère, en assurant une parfaite osmose entre l’un et l’autre. Dit plus simplement, il s’agit de maximiser en même temps la croissance économique et l’amélioration de l’environnement. Pour les pays de l’OCDE, dont les activités restent les principales sources de pressions sur l’environnement, il est urgent de relever ce défi. Dans l’industrie, certains feront valoir que les mesures de protection de l’environnement ont stimulé la mise au point de technologies qui favoriseront le découplage et que l’éco-efficience, loin d’être un concept abstrait, fonctionne réellement. J’attends avec impatience de pouvoir débattre de ces perspectives avec les responsables du monde de l’entreprise qui assisteront au Sommet de Johannesburg.En raisonnant selon cette logique, on s’aperçoit à quel point sont inséparables la problématique du progrès économique et social de l’humanité et la protection du milieu physique. Aussi, comme le soulignait déjà le rapport de la Commission Brundtland, ce serait une grave erreur de limiter le débat à l’une ou l’autre de ces facettes : « L’environnement n’existe pas en tant que sphère indépendante, isolée des actions, des ambitions et des besoins humains ; les tentatives de le défendre indépendamment des préoccupations humaines lui ont donné une connotation naïve dans certains milieux politiques. De même, le mot ‘développement’ a vu son sens ramené par certains à une acception très limitée – ‘ce que devraient faire les nations pauvres pour accéder à la richesse’ – si bien qu’il est lui aussi systématiquement rejeté par beaucoup sur la scène internationale comme intéressant les seuls spécialistes qui s’occupent des questions de ‘l’aide au développement’. »Pourtant, aussi bien les pays riches que les pays pauvres ont besoin d’une biosphère saine pour croître, et tous deux doivent oeuvrer de conserve pour y parvenir. Il s’agit là d’un impératif qui doit être intégré dans tous les objectifs de développement, y compris ceux destinés à sortir de la pauvreté. Espérons que le Sommet de Johannesburg sera l’occasion d’une convergence de vues sur le développement durable, un développement qui ne mette pas en danger l’atmosphère, l’eau, les sols et les êtres vivants, mais qui consolide la plate-forme sur laquelle toutes les générations à venir pourront réaliser leurs rêves.Donald J. Johnston, Secrétaire général de l’OCDE, Observateur 233


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