Hong Kong, pôle de la cyberéconomie mondiale en Asie

Le commerce électronique se développe avec une telle rapidité qu'il faut souvent procéder par tâtonnements pour trouver des solutions efficaces. L'expérience de Hong Kong peut à cet égard apporter de précieux enseignements à tous ceux qui sont moins avancés sur la voie de la cyberéconomie.

Hong Kong a opté très précocement pour le commerce électronique, car il souhaitait préserver sa position et sa compétitivité dans l'économie mondiale. Les autorités ont pris l'initiative d'encourager l'utilisation des nouvelles technologies pour que le Territoire conserve sa position de plaque tournante régionale pour la zone Asie-Pacifique, et de point d'entrée commercial et financier donnant accès au marché chinois.Selon des estimations des milieux professionnels, le chiffre d'affaires mondial généré par le commerce électronique s'élèvera à près de 7 trillions de dollars US en 2004, soit plus de 8 pour cent du total mondial des ventes de biens et de services. A Hong Kong même, les activités de commerce électronique devraient représenter 70 milliards de dollars US en 2004, ce qui le classe dans les dix premiers au hit-parade des pays offrant les conditions les plus propices au commerce électronique établi par l'Economic Intelligence Unit de Londres.Les autorités ont annoncé en novembre 1998 leur stratégie "Digital 21" qui doit faire de Hong Kong un pôle du commerce électronique pour la région Asie-Pacifique et l'une des principales villes "câblées" du monde. Depuis cette date, les autorités s'emploient à mobiliser l'ensemble du territoire. L'un des problèmes majeurs rencontrés lorsqu'il s'agit d'encourager le commerce électronique et les autres formes de transactions en ligne est de susciter la confiance du public à l'égard des nouveaux systèmes. Ainsi, en janvier 2000, Hong Kong a promulgué une législation basée sur la Loi-type sur le commerce électronique de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI) donnant aux enregistrements électroniques et aux signatures numériques la même valeur juridique que leurs équivalents sur papier. Cette loi comporte des dispositions prévoyant la mise en place de systèmes de certification pour la vérification des identités des intervenants en ligne garantissant la confidentialité et l'intégrité des messages échangés.Pour démontrer la confiance qu'il place dans le système, le gouvernement a décidé d'accepter les informations communiquées par les administrés via des moyens électroniques, aussi bien pour les inscriptions sur les listes électorales que pour les demandes de permis de conduire ou la soumission des déclarations d'impôt. Cela a encouragé le développement de services en ligne privés, comme le courtage de titres en ligne, les paris en ligne sur les courses de chevaux et les services bancaires sur Internet, ainsi que de services publics comme les appels d'offres publics en ligne.Bien entendu, il ne peut y avoir de commerce électronique ou d'échanges par Internet entre les autorités et les administrés sans moyen de télécommunications permettant à la population d'accéder aux réseaux. A Hong Kong la totalité des immeubles à usage commercial et plus de 90 pour cent des foyers disposent d'accès complets à large bande, mis en place au moyen d'investissements exclusivement privés. Avec 71 téléphones portables pour 100 habitants, le taux d'équipement à Hong Kong est l'un des plus élevés du monde. L'année prochaine, le gouvernement prévoit de délivrer des licences de téléphonie mobile de troisième génération, ce qui permettra le développement d'applications mobiles de commerce électronique.Bien que l'essentiel des investissements dans l'infrastructure de télécommunications ait été assuré par le secteur privé, le gouvernement a voulu donner l'exemple pour amener les citoyens au commerce électronique. Le Portail administratif (ESD ou Electronic Service Delivery) lancé en décembre offre des services publics accessibles en ligne 24 heures sur 24, qui vont de la consultation d'offres d'emploi jusqu'au renouvellement des cartes grises de véhicule ou la soumission des déclarations fiscales. Ce système repose sur l'utilisation de signatures numériques et de techniques de chiffrement pour authentifier l'identité des utilisateurs et garantir l'intégrité et la confidentialité des informations transmises. Ce même portail propose également des services aux entreprises et aux particuliers.Le Gouvernement a déjà lancé en avril l'un des premiers systèmes mondiaux d'adjudication en ligne de marchés publics. A ce jour, 720 marchés ont été adjugés par ce biais, pour un montant estimé à 110 millions de dollars US. De plus, en 2003, le Gouvernement prévoit de distribuer des cartes d'identité "intelligentes" aux 6.8 millions d'habitants de la région administrative spéciale. Non seulement ces cartes serviront à établir l'identité du titulaire, mais elles pourront aussi être utilisées pour plusieurs autres applications, notamment comme permis de conduire, carte de bibliothèque publique, certificat numérique et porte-monnaie électronique. Ces initiatives ne suffisent pas à elles seules à amener la population à opter pour la "vie en ligne", surtout pour les personnes qui ne disposent pas chez elles d'un terminal informatique. C'est pourquoi des cyberpoints collectifs ont été installés dans les administrations publiques, les centres communautaires, les bibliothèques publiques et les bureaux de poste, où les citoyens peuvent utiliser gratuitement des moyens informatiques publics avec accès à Internet. Certains cyberpoints sont équipés de logiciels spéciaux facilitant leur utilisation par les aveugles et malvoyants, et le gouvernement a lancé de vastes programmes communautaires de formation et de sensibilisation aux TI pour toucher les groupes les moins favorisés, comme les personnes âgées ou handicapées. Par ailleurs, à compter de l'année prochaine, les services du portail administratif seront accessibles depuis des bornes d'information publiques implantées dans des lieux facilement accessibles comme les stations de métro, les galeries marchandes et les supermarchés.L'une des principales difficultés est de persuader les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent plus de 95 pour cent des entreprises de Hong Kong, de se lancer dans le commerce électronique. Les pouvoirs publics ont eu recours à un large éventail d'outils traditionnels tels que séminaires, expositions, matériels publicitaires, messages à la radio et à la télévision et ligne téléphonique d'information permanente. Ils ont toutefois constaté que l'un des moyens les plus efficaces pour diffuser le message auprès des PME était d'inviter des représentants d'entreprises s'étant lancé avec succès dans le commerce électronique à partager avec elles leur expérience. Les chefs d'entreprise préfèrent écouter leurs homologues qui travaillent dans le même environnement et rencontrent les mêmes problèmes qu'eux, plutôt que des fonctionnaires.Un autre élément clé pour amener les PME à opérer en ligne est de faire en sorte que cette évolution soit facilitée et peu coûteuse. L'apparition de fournisseurs d'applications hébergées (FAH) a apporté quelques solutions à ce problème. Les utilisateurs qui souscrivent à ces services n'ont pas besoin de consacrer des fonds au développement de leurs propres systèmes, et ils n'ont pas besoin non plus d'embaucher du personnel spécialisé pour gérer les systèmes car le FAH se charge des deux, les coûts communs étant couverts par le montant de l'abonnement.L'expérience acquise par Hong Kong dans le domaine du commerce électronique, jointe à sa position de plaque tournante régionale dans le monde traditionnel des affaires, lui confère une position privilégiée pour aider la Chine continentale à tirer le meilleur parti des possibilités offertes par le commerce électronique une fois que celle-ci aura rejoint l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Le volume des échanges entre la Chine et le reste du monde va augmenter, ce qui va créer de nombreuses possibilités de développement du commerce électronique transfrontière en provenance et à destination de la Chine. L'infrastructure dont dispose Hong Kong dans les domaines de la finance, des télécommunications et des transports, sa connaissance du commerce avec le continent et sa maîtrise de l'anglais et du chinois placent le territoire dans une position idéale pour devenir la plaque tournante de toutes ces transactions électroniques.Hong Kong sert déjà de point d'entrée pour de nombreuses entreprises internationales qui commercent avec la Chine continentale. De même, des entreprises continentales qui ont besoin d'accéder aux marchés internationaux peuvent utiliser ses compétences en matière de gestion d'entreprise, de comptabilité, de services juridiques et de technologies de l'information. Sur le plan financier, les capitaux qui devraient affluer en Chine continentale après son entrée à l'OMC transiteront cerainement par Hong Kong. La région administrative spéciale de Chine est déjà un centre financier international, et la plupart des entreprises de Chine continentale cotées en bourse le sont à la bourse de Hong Kong. Enfin, avec le plus important marché de capital risque d'Asie, Hong Kong peut faire également bénéficier d'autres régions de la zone Asie-Pacifique de son expérience en matière de commerce électronique.© L’Observateur de l’OCDE, Nº224, Janvier 2001


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