Ce que font les ministres de l’OCDE

Dans tous les pays de l’OCDE, les citoyens veulent savoir s’ils obtiendront les services de santé de qualité dont ils ont besoin, au moment où ils en auront besoin. Ils veulent également savoir s’ils en auront pour leur argent. Les gouvernements doivent relever le double défi consistant à améliorer la performance des services de santé et à démontrer que des améliorations ont bien été apportées, s’ils veulent préserver la confiance du public dans les systèmes et institutions de santé. Dans la section qui suit, cinq ministres de la Santé de pays de l’OCDE ont été invités à répondre à une question sans détours :

« Quelles mesures prenez-vous actuellement pour améliorer la performance des services de santé de votre pays et comment en mesurerez-vous les progrès ? »

Plusieurs de ces ministres ont participé à la conférence « Être à la hauteur – Mesurer et améliorer la performance des systèmes de santé dans les pays de l’OCDE », qui a eu lieu à Ottawa (Canada), du 5 au 7 novembre 2001.

Les cinq ministres de la Santé interrogés ici ont été l’hôte de la Conférence : Allan Rock, ministre du Canada ; Osmo Soininvaara, ministre de Finlande ; Julio Frenk, ministre du Mexique ; Annette King, ministre de Nouvelle-Zélande et le secrétaire Tommy Thompson des États-Unis.

Canada : Construire une qualité durableAllan Rock, ministre de la Santé, gouvernement du CanadaAprès avoir réussi à endiguer la tendance à la baisse des déficits financiers, du début vers le milieu des années 1990, les gouvernements canadiens ont pu se concentrer davantage sur les façons d’investir à plus long terme dans nos systèmes de santé naissants.Au Canada, le régime de soins de santé est administré en grande partie par les gouvernements provinciaux et territoriaux. De son côté, le gouvernement fédéral joue un rôle clé en finançant les soins de santé, en encourageant la recherche en santé et la diffusion des renseignements, en favorisant l’adoption de nouvelles méthodes d’aborder les soins de santé et en mettant en place des technologies d’information modernes. Santé Canada est aussi responsable d’assurer la disponibilité des services de santé, et l’accès à ces services, aux Autochtones qui, de plus en plus, assument la gestion et la prestation de leurs propres régimes de soins de santé.En 2000, les différents ordres de gouvernement au Canada ont signé une entente historique sur la santé qui a mis en relief une vision commune et des priorités précises visant à renouveler nos services de santé publique subventionnés par l’État. Ces priorités prévoient des mesures visant à permettre aux Canadiens d’avoir plus facilement accès à des services de haute qualité lorsqu’ils en ont besoin, à coordonner les efforts visant à assurer que les professionnels de la santé sont en nombre suffisant et bien répartis sur le territoire, à bâtir sur les succès déjà obtenus dans le cadre de projets pilotes novateurs en soins de santé primaires et à mettre davantage l’accent sur la prévention des maladies et sur la promotion de la santé. Nous allons toujours de l’avant dans l’édification d’une infostructure pancanadienne de la santé, y compris l’élaboration d’un système des dossiers de santé électroniques et l’amélioration de certaines technologies, comme la télésanté.Dans le cadre de l’entente, les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux se sont engagés à rendre compte publiquement de leur administration. Au nombre de ces mesures, on compte l’élaboration d’un cadre d’évaluation du rendement qui inclut des indicateurs de l’état de santé. Ces indicateurs portent, par exemple, sur l’espérance de vie, sur les résultats pour la santé, dont des conséquences réduites dues aux maladies et sur la qualité des soins de santé, comme la satisfaction des clients et les taux de réadmission à un hôpital.Les gouvernements au Canada ont convenu de rédiger des rapports dans tous ces secteurs et de mettre au point des procédures qui permettront à des tiers d’effectuer la vérification de ces rapports de façon professionnelle et indépendante. Les premiers de ces rapports seront rendus publics en septembre 2002. L’entente engage aussi les gouvernements du Canada à fournir régulièrement par la suite des rapports complets sur les programmes et les services de santé qu’ils administrent.Nous sommes aussi conscients de la dimension internationale des questions de santé et de la valeur qui existe à échanger nos expériences et nos connaissances avec d’autres pays. Le fait que nous soyons l’hôte de la Conférence de l’OCDE, intitulée Mesurer et améliorer la performance des systèmes de santé, en novembre, à Ottawa, fait foi de notre engagement. Après tout, dans le contexte de l’économie mondiale où nous vivons, les politiques liées à la santé sont l’affaire de tous.Finlande : Mieux que la normeOsmo Soininvaara, ministre de la Santé et des Affaires Sociales, FinlandeEn Finlande, ce sont les 448 municipalités qui assurent les services sociaux et les services de santé. Notre système décentralisé semble être d’un bon rapport qualité-prix.En effet, selon les sondages internationaux, les Finlandais sont plus satisfaits de leurs soins de santé que les citoyens de nombreux autres pays. Et ce alors que la part du PNB consacrée aux services de santé est parmi les plus faibles de l’Union européenne. La tendance actuelle privilégie les soins ambulatoires pour l’ensemble des services de santé. Depuis une réforme majeure intervenue en 1993, le gouvernement ne gère plus le système par des normes et des directives mais par des lois, des incitations financières et la gestion de l’information.Dans les années 1990, la récession nous a obligés à procéder à des coupes franches dans le secteur public. Ce qui s’est notamment traduit par une augmentation rapide de la productivité du système de santé. On peut même dire que son efficacité technique a atteint un niveau remarquable, à tel point qu’il est difficile d’identifier ce que l’on pourrait encore améliorer. Dorénavant notre objectif sera donc de réaliser une répartition plus efficace des ressources. Employons-nous la bonne méthode ? Quelles sont les priorités et comment faut-il organiser la division des tâches entre les différentes organisations et à l’intérieur de celles-ci ?Les limites financières qui s’imposent au secteur public, le vieillissement de notre population et la pénurie de main-d’oeuvre qui se dessine vont lourdement peser sur le service de santé. Le gouvernement a lancé un projet national de santé dont l’objectif est de déterminer les réformes nécessaires pour assurer l’avenir des services de santé finlandais. Il s’agit surtout d’améliorer leur performance et leur efficacité, ainsi que la répartition des ressources et le financement des soins de santé. Un premier rapport d’étape est prévu dès mars 2002.Il est aujourd’hui évident que pour évaluer correctement le système, il faut disposer d’informations plus détaillées et plus à jour. Aux mesures traditionnelles comme le rapport coûts/avantages et d’autres facteurs relatifs au budget, il est desormais important d’ajouter des données sur la disponibilité des services et du personnel, ainsi que sur les temps d’attente.Mexique : Une croisade nationaleJulio Frenk, secrétaire à la Santé, Mexique Le système de santé mexicain se trouve face à des enjeux complexes. Le pays a accumulé un retard épidémiologique. En même temps, il se trouve confronté à des problèmes nouveaux tels que des maladies non-transmissibles courantes dans les pays développés comme les cardiopathies et le diabète. La qualité des soins est un autre défi. On se plaint beaucoup des longues attentes dans les services ambulatoires et de la pénurie de médicaments. Enfin, les problèmes financiers que posent les soins de santé sont une lourde charge à gérer pour l’État.Plusieurs stratégies ont été mises en oeuvre. Des programmes d’accès aux services de santé de base ont été ouverts pour les pauvres afin de pouvoir réduire le retard sanitaire. Pour les problèmes nouveaux, la stratégie consiste à définir clairement les priorités, à promouvoir des modes de vie sains et à assurer une détection précoce des maladies non-transmissibles. La Croisade nationale pour la qualité des services de santé vise à améliorer la qualité par la définition de codes de pratique pour les professionnels de santé, par l’application de lignes directrices cliniques dans les établissements publics, et par l’homologation des professionnels et des établissements de santé. Pour assurer une protection financière contre les coûts de la maladie, le Programme national de santé a préconisé la création d’un régime d’assurance populaire et le développement simultané de la sécurité sociale et des régimes prépayés pour les secteurs de la population qui peuvent en assumer les frais.Le Mexique est en train d’acquérir une nouvelle culture citoyenne. La société exige de plus en plus d’être informée par les institutions publiques sur leurs activités. Pour répondre à cet impératif, le Ministère de la santé rendra désormais compte des performances du système de santé à la population, à la Conférence nationale de la santé, au Parlement (via la Commission parlementaire de la santé), au secteur de la santé et à la Fédération via des rapports au Conseil sanitaire national et au Conseil national de la santé. Enfin, l’administration complétera ses outils de gestion par des enquêtes régulières d’opinion dont les résultats seront largement diffusés par la presse et les médias électroniques.Nouvelle-Zélande : Les outils du progrèsAnnette King, ministre de la Santé, Nouvelle-ZélandeLa Stratégie sanitaire de la Nouvelle-Zélande (NZHS) que j’ai lancée en décembre 2000 fournit le cadre qui doit permettre à notre service public de santé de répondre aux besoins de notre population. Elle définit le contexte dans lequel doit fonctionner le secteur de la santé, notamment le ministère de la santé et les autorités sanitaires de district (District Health Boards – DHB) nouvellement créées. Elle établit les principes qui doivent guider l’action et fixe les objectifs face aux problèmes prioritaires.Treize secteurs de santé publique ont été retenus comme prioritaires à court et moyen terme. Pour aider les DHB, le ministère a établi une série de fiches-outils à raison d’un jeu par secteur prioritaire Ces fiches proposent des informations de base et des précisions ou des indications sur les traitements ou interventions qui auront le maximum d’impact sur la santé publique. Ces fiches-outils ont été établies par le ministère avec la coopération de groupes d’experts des milieux universitaire, hospitalier et associatif. Nous prévoyons de les mettre à jour tous les six mois.Tous les DHB ont signé avec le ministre de la santé des conventions de responsabilité pour les secteurs prioritaires définis dans la Stratégie. Le ministère mettra au point avec les DHB des indicateurs appropriés reflétant l’objectif des fiches. Ces indicateurs seront repris dans les conventions de responsabilité. La loi prévoit par ailleurs que le ministère le la santé présente au Parlement un rapport annuel sur l’état d’avancement de l’application de la Stratégie.Les 13 objectifs prioritaires de santé publique sont les suivants : réduction du tabagisme ; amélioration de la nutrition ; réduction de l’obésité ; accroissement de l’activité physique ; réduction du taux de suicides et des tentatives de suicide ; réduction des dégâts causés par l’alcool et la drogue ; réduction de l’incidence et des conséquences du cancer ; réduction de l’incidence et des conséquences des maladies cardio-vasculaires ; réduction de l’incidence et des conséquences du diabète ; amélioration de la santé bucco-dentaire ; réduction de la violence relationnelle dans la famille, à l’école et dans la collectivité ; amélioration de l’état de santé des personnes atteintes de pathologies mentales graves ; et enfin, accès à des services appropriés de santé infantile.États-Unis : Un accès abordableTommy G. Thompson, secrétaire à la Santé et aux Affaires Sociales, États-UnisDepuis mon arrivée le 1er février au Département de la santé et des affaires sociales (HHS), je m’attache à rapprocher mon administration de ses clients – la population américaine – afin de répondre plus efficacement et plus rapidement à leurs besoins. La santé et le bien-être de notre société représentent une mission importante que nous nous efforçons de remplir avec énergie et dévouement.C’est pourquoi nous avons réduit la paperasse administrative et travaillons en plus étroite collaboration avec les différents États pour financer des programmes innovants qui leur permettent d’offrir une assurance maladie à une partie de leurs populations les plus vulnérables. Ce qui a permis à plus d’un million d’Américains à faibles revenus d’accéder à des soins de qualité. Nos Centres de services pour Medicare et Medicaid qui administrent Medicare (notre régime d’assurance-maladie des personnes âgées) se mobilisent pour assurer à des millions d’Américains âgés et défavorisés le paiement de leurs frais médicaux dans un délai raisonnable et à moindre coût. Sous l’impulsion du Président Bush, nous avons entrepris de moderniser et de renforcer Medicare et d’y ajouter la prise en charge des médicaments sous ordonnance.Nous avons également lancé à l’échelle nationale des initiatives en faveur des dons d’organes et de la prévention. Parallèlement nous avons augmenté sensiblement le financement des Instituts nationaux de la santé qui regroupent les plus importants laboratoires nationaux de recherche médicale. Le budget proposé par le Président dispose d’importants crédits pour les Centres de santé communaux qui s’occupent des plus défavorisés. Les services de santé des minorités et des femmes figurent aussi parmi nos priorités. Et nous continuons à renforcer le programme lancé par le Président contre le bioterrorisme.Fondamentalement, nous travaillons pour assurer à la population américaine un accès facile à des soins de qualité et à un coût raisonnable. Nous nous mobilisons pour que la recherche médicale qui a permis au cours du siècle dernier des avancées considérables des thérapies et des traitements, se renforce encore dans les prochaines décennies. La recherche et l’innovation dans le domaine médical et une meilleure réponse aux besoins sont pour nous une vocation et un défi. Nous entendons répondre à cette vocation et relever le défi dans l’intérêt de tous nos citoyens.© L’Observateur de l’OCDE, Nº229, Novembre 2001


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