Pour un système de santé « parfait »

Réjouissons-nous qu’un plus grand nombre d’entre nous vivent plus longtemps. Mais n’oublions pas que la longévité pose des défis majeurs à nos systèmes de santé et de sécurité sociale.

«Prenez soin de votre santé et si vous êtes en bonne santé, remerciez le Seigneur ». Ainsi parlait Izaak Walton dans Le parfait pêcheur à la ligne ou le divertissement du contemplatif (The Compleat Angler), un ouvrage qui a fait date et qui doit figurer en bonne place dans la bibliothèque de tout amateur de pêche à la ligne. Walton vivait au XVII e siècle et à l’époque on estimait généralement que la santé était un bienfait qui ne s’achetait pas.Comme nous le constatons autour de nous, parmi nos amis et les membres de notre famille, il existe bien un lien entre de bons gènes et la longévité. Mais l’époque de Walton est révolue et nous n’acceptons plus l’idée que les bienfaits de la santé et la longévité qui en résulte dépendent de Dieu et du hasard. L’état de santé de la population des pays de l’OCDE s’est considérablement amélioré au cours des siècles grâce à l’argent versé par les contribuables, à l’éducation, aux bonnes politiques publiques et aux progrès de la science. C’est la raison pour laquelle l’OCDE a lancé un ambitieux projet de trois ans destiné à mesurer et à analyser les performances des systèmes de santé dans ses pays membres. Quels facteurs ont une incidence sur les performances ? Pourquoi obtient-on des résultats si différents alors que les ressources mises en oeuvre sont apparemment identiques ?Les pays de l’OCDE consacrent en moyenne 8 % à 10 % de leur PIB à la santé, et ces dépenses augmenteront dans les années à venir avec les pressions croissantes exercées par les coûts et la demande. Si la santé est toujours la priorité essentielle de chaque individu, elle est aussi devenue une préoccupation majeure tant dans le domaine économique que dans le domaine social. Et c’est d’autant plus vrai depuis que l’on considère la qualité du « capital humain » comme le fondement de la croissance économique et de la prospérité dans toutes les économies avancées. Par conséquent, savoir combien et comment nous investissons pour offrir des soins de santé d’un niveau satisfaisant est aujourd’hui une préoccupation des pouvoirs publics et, du même coup, un impératif politique.Comment se fait-il que l’espérance de vie des Canadiens dépasse légèrement celle des Américains alors que les dépenses consacrées par les États-Unis aux soins de santé sont presque deux fois plus élevées par habitant ? Pour quelle raison la France dont les dépenses par habitant sont inférieures à celles du Canada dispose-t-elle d’un plus grand nombre de lits d’hôpitaux et de médecins par habitant que le Canada ou les États-Unis ? Mesurons-nous les performances à l’aide des bons indicateurs ? Notre base d’information est-elle inadaptée ? L’espérance de vie est une mesure utile du bien-être, mais on peut se demander si elle ne cache pas les failles dont souffrent peut-être nos systèmes de santé. La longévité soulève bien entendu des problèmes économiques auxquels les générations précédentes n’ont jamais été confrontées. S’il faut se réjouir qu’un plus grand nombre d’entre nous vivent plus longtemps, la longévité n’en pose pas moins des défis majeurs à nos systèmes de santé et de sécurité sociale. L’OCDE s’est engagée à fond dans tous ces domaines. Le projet de l’OCDE sur la santé se focalise sur les principaux problèmes auxquels doivent répondre les politiques. Il s’agit en premier lieu de l’augmentation de la demande de services médicaux, qui résulte principalement du vieillissement de la population et de la rapidité de l’innovation et de la diffusion des technologies médicales. La deuxième préoccupation est d’assurer l’efficience dans la fourniture des services de santé. Enfin, il faut relever le défi de l’équité et résoudre les problèmes d’inégalités en matière d’accès aux soins de santé et de prestations.Pendant trois ans, le projet de l’OCDE sur la santé mesurera et analysera les performances des systèmes de santé afin d’expliquer les variations existant entre les pays membres. Il évaluera également l’efficacité des différents moyens utilisés pour intégrer la prise en charge à long terme dans les systèmes de santé, notamment pour les personnes âgées et les handicapés. Comme le montre le Dossier spécial présenté dans ce numéro, nous ferons appel à des experts éminents venus du monde entier et notamment d’autres organisations internationales. Les contributions apportées par les entreprises, les professionnels de la santé, les patients et les autres groupes de la société civile joueront toutes un rôle important et permettront à nos travaux de fournir aux responsables des politiques les éléments nécessaires pour étayer leurs réformes et améliorer leurs systèmes de santé. Mon espoir est qu’à l’avenir les pays de l’OCDE mettront l’accent sur la médecine préventive et sur le rôle décisif de l’éducation pour assurer le progrès de la santé. Grâce aux activités de prévention et de soins mises en place, nous serons dès lors en mesure d’emprunter le titre d’Izaak Walton et de rédiger Le parfait système de santé.À mes yeux, le projet de l’OCDE sur la santé est l’un des plus importants entrepris par l’Organisation ces dernières années. Mesurer les performances en matière de santé est un volet essentiel de cet exercice et il était l’objet d’une conférence de haut niveau qui a réuni des ministres, des fonctionnaires et des experts internationaux à Ottawa début novembre. Notre objectif est on ne peut plus concret : aider les responsables des politiques publiques à relever les défis économiques du XXI e siècle dans le domaine de la santé.


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