Réunion annuelle de l’OCDE

OCDE Observateur
Pour la première fois, sept pays non membres – Argentine, Brésil, Chine, Fédération de Russie, Inde, Indonésie et République slovaque – ont été conviés à la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, qui s’est tenue le 26 et 27 mai dernier au château de la Muette à Paris. Cette initiative montre le poids croissant des pays émergents et en développement dans l’économie mondiale, et surtout l’interdépendance avec les pays de l’OCDE. « Les 29 pays membres, et les sept pays invités représentent pas moins de 68 % de la population mondiale et 90 % du PIB mondial » a-t-il fait remarquer. Et ce dernier d’ajouter « Le temps où les pays de l’OCDE pouvaient gérer l’économie mondiale est révolu… nous sommes désormais dans le même bateau ».
Les pays non membres, pour leur part, ont semblé plutôt satisfaits des conférences. Lors d’une interview accordée à L’Observateur, le ministre des Affaires extérieures de l’Inde, Jaswant Singh, a déclaré qu’un bon nombre de domaines – voire la totalité – qui se trouvent au centre des préoccupations des pays de l’OCDE, qu’il s’agisse du gouvernement d’entreprise ou du commerce électronique, étaient tout aussi importants pour d’autres économies comme l’Inde par exemple, et que de fait, ce dialogue avait toute sa raison d’être. Il convient toutefois de souligner que la coopération de l’OCDE avec les pays non membres n’est pas tout à fait récente, bien que leur présence soit un nouvel événement. Dès la fin des années 80, l’OCDE avait ouvert un dialogue sur les politiques à suivre avec de nouveaux acteurs importants de l’économie mondiale, en particulier avec des pays d’Asie et d’Amérique latine. Et après la chute du mur de Berlin en 1989, l’OCDE a lancé un programme destiné aux économies d’Europe centrale et orientale. Puis en 1991, une coopération a été lancée avec les nouveaux États indépendants, notamment la Fédération de Russie. Ce dialogue permanent est aujourd’hui géré par le Centre pour la coopération avec les non-membres de l’OCDE (CCNM) qui a été crée en janvier 1998.C’est notamment sur les débats autour du prochain cycle des négociations commerciales multilatérales à l’OMC que les pays invités ont fait entendre leur voix. Si tous les gouvernements représentés ont apporté un large soutien au futur « cycle du millénaire », et se sont accordés sur le fait que, cette fois, ce cycle ne devrait pas s’éterniser, certaines divergences subsistent quant aux menus des discussions. Certains pays européens souhaitent y inclure des questions comme l’investissement, la concurrence, l’environne- ment et les normes sociales tandis que les pays émergents veulent s’en tenir à l’agriculture et aux services. L’Argentine et la Brésil ont d’ailleurs été particulièrement virulents à l’encontre de bon nombre de pays de l’OCDE qui maintiennent des barrières à l’importation de produits agricoles. Les craintes d’un renouveau de protectionnisme ont été notamment évoquées lorsque les perspectives économiques des pays de l’OCDE ont été passées en revue. Les déséquilibres provoquées par les différences de croissance entre les États-Unis, l’Europe et le Japon pourraient en effet inciter les pays à recourir davantage à l’arme commerciale. Les experts de l’OCDE ont exhorté les autorités américaines de « continuer à mener des politiques judicieuses et à rester attentives aux signes de surchauffe ». « La pression artérielle de l’économie américaine est excellente » s’est toutefois félicité Janet Yellen, chef économiste de la Maison Blanche. Celle-ci a réitéré l’appel des États-Unis pour que le Japon et l’Europe prennent des mesures afin d’accélérer la croissance et d’éviter une nouvelle détérioration des comptes courants américains. L’OCDE table en effet sur un déficit record de la balance des paiements américaine de 300 milliards de dollars cette année et de 320 milliards en 2000. Le Japon a été prié de poursuivre davantage les réformes dans le secteur bancaire afin de relancer une croissance soutenue par la demande et l’Europe se doit de maintenir « un dosage approprié de politiques macro-économiques et de mesures structurelles vigoureuses ». Les représentants des syndicats ont, quant à eux, exprimés des craintes sur « une crise profonde de l’économie mondiale » au cas où « la locomotive américaine devait caler ». Les experts de l’OCDE estiment globalement que la croissance au sein de la zone OCDE et dans le monde reste insuffisante. Et même si la confiance et la stabilité financière se sont améliorées dans plusieurs économies émergentes, « la situation incite toujours à la vigilance ».


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