La sécurité dans la nouvelle économie

Direction de la science, de la technologie et de l'industrie

La technologie et la science offrent à l'humanité des possibilités considérables et elles ont déjà commencé à transformer notre mode de vie. L'un des principaux enjeux du XXIe siècle sera de rendre plus sûrs les systèmes dont nous sommes tributaires.

Vous souvenez-vous de la nouvelle économie ? Avec le ralentissement économique, l'effondrement des sociétés sur Internet et les événements du 11 septembre, beaucoup ont décidé de tenter de l'oublier. Mais même si l'enthousiasme a disparu et qu’un nouveau réalisme est à l'ordre du jour, l'OCDE s’attend à ce qu’une résurgence de la nouvelle économie soit le moteur de la prochaine phase de croissance. Cependant, vu l'expérience de ces deux dernières années, pouvons-nous considérer en confiance que cette nouvelle économie ne sera pas plus instable et dangereuse que la précédente ?Début 2000, après une période de forte expansion économique dans les pays de l'OCDE durant les années 1990, les commentateurs ont décrété que les nouvelles technologies étaient le moteur de la « nouvelle économie ». L'étude de l'OCDE sur la croissance, intitulée de façon significative La nouvelle économie : mythe ou réalité ?, parvenait à la conclusion suivante : bien que la technologie ne soit pas la seule raison d'une croissance rapide, celle-ci avait un effet profond et général en augmentant la productivité. Environ un an plus tard, alors que les effets du ralentissement étaient accentués par les événements du 11 septembre, ces mêmes commentateurs inculpaient surtout un comportement indûment enthousiaste vis-à-vis de ces mêmes technologies. Les problèmes de sécurité liés à la technologie, de même qu'une prise de conscience accrue de notre dépendance à son égard, n'étaient jamais très loin. Aujourd'hui, alors que les indicateurs économiques indiquent une nouvelle reprise, les observateurs de l'économie attendent une nouvelle fois de l'innovation et de la technologie – principalement les technologies de l'information, des communications et la biotechnologie – qu'elles animent la nouvelle phase d'expansion. On espère que, d'une façon ou d'une autre, la prochaine phase sera plus sûre, plus stable, plus durable, plus largement partagée et assise sur des bases plus saines que dans les années 1990. En sera-t-il véritablement ainsi ?On voit déjà certains signes prometteurs. Par exemple, même lorsque la croissance économique s'est ralentie, la productivité s'est bien maintenue (ce qui est exceptionnel) et l'inflation et le chômage ont été maîtrisés. Certains des bouleversements ont été salutaires. Les investisseurs et les marchés de produits dans le domaine de la technologie se ressaisissent et ils sont maintenant à la recherche de nouvelles opportunités. La recherche et l'innovation se sont poursuivies avec vigueur et le déploiement de l'infrastructure, avec les effets de réseau qui l'accompagnent, a pour l'essentiel continué au même rythme.En réalité, nous comptons plus que jamais sur l'innovation et les nouvelles technologies pour alimenter la progression de l'économie, des emplois et du niveau de vie. L'incidence et la diffusion de labiotechnologie, des TI et de leurs applications, comme les communications à large bande et le commerce électronique, seront certainement ressenties dans l'ensemble de l'économie et de la société. L'OCDE, peut-être mieux connue pour ses analyses de politique économique, se préoccupe également des questions de sécurité qui accompagnent les progrès technologiques rapides déjà en cours.Rendre la société de l'information plus sûreNous sommes de plus en plus tributaires des ordinateurs et des réseaux au sein de l'économie et de la société, à notre domicile ou sur notre lieu de travail. Ces systèmes devenant toujours plus puissants, complexes et interconnectés, notre intérêt est de nous assurer qu'ils seront robustes, fiables et disponibles quand nous en avons besoin. Qu'il s'agisse d'infrastructure ou de services, de défaillances accidentelles ou d'attaques délibérées, que ce soit à un niveau physique ou virtuel, nous devons être sûrs que quelqu'un, quelque part, veille.Tout ce qui entoure l'utilisation des technologies de l'information et des communications a fortement évolué au cours des dernières années. Des ordinateurs personnels toujours plus puissants, des réseaux interconnectés, la convergence des technologies et, dans de nombreux pays, la généralisation de l'usage d'Internet ont remplacé les systèmes autonomes limités et les réseaux essentiellement fermés d’autrefois.Le problème ne se limite pas uniquement aux réseaux de communications. D'autres infrastructures vitales, comme la production et le transport d'électricité, les marchés financiers et les transports, dépendent tous fortement de l'utilisation de systèmes et de réseaux d'information, et elles sont en général interconnectées dans le monde entier. Les technologies qui forment l'infrastructure des communications et de l'information, avec l'apparition des services à large bande, des réseaux d'interconnexion à haut débit, d'Internet, des communications sans fil et des systèmes par satellite ont sensiblement évolué. Les terminaux d'accès se sont multipliés et diversifiés.Une proportion croissante d'utilisateurs accède aux réseaux par des liaisons à haut débit « permanentes ». De plus, Internet joue un rôle déterminant, en agissant sur la façon dont les entreprises conduisent leurs activités, dont les administrations fournissent des services aux citoyens et aux entreprises et dont les différents individus communiquent et échangent des informations. La protection de ces systèmes contre une défaillance accidentelle, un piratage délibéré ou le cyber-terrorisme pose de nouveaux problèmes aux décideurs.Le développement technologique a considérablement augmenté la sécurité du système d'information dans son ensemble. La cryptographie peut protéger la confidentialité et l'intégrité des données, rendre plus sûres et plus fiables les transactions financières électroniques et permettre l'exploitation des technologies de l'information dans les activités commerciales. Mais la technologie donne aussi à des attaquants potentiels les moyens de réaliser plus rapidement des intrusions ayant des conséquences plus vastes et plus graves, tout en laissant moins de traces.Le réseau international permet à des pirates d'avoir accès à des outils qu'ils peuvent utiliser pour exploiter les failles connues des systèmes, tout en rendant plus difficile pour les enquêteurs de suivre ou de remonter leur piste.Notre dépendance à l'égard des systèmes d'information étant de plus en plus diverse et forte, l'impact de ces attaques est plus important que jamais. Ainsi, des statistiques récentes du CERT (Computer Emergency Response Team de l'Université Carnegie-Mellon aux États-Unis, voir illustration) montrent que le nombre d'incidents signalés susceptibles d'affecter la sécurité fait plus que doubler chaque année. On a dénombré 3 734 tentatives de piratage – réussies ou non – en 1998, elles sont passées de 9 859 en 1999, à 21 759 en 2000, puis à 52 658 en 2001. L'une des réponses internationales à cette tendance a été la Convention du Conseil de l'Europe sur la cybercriminalité, ouverte à la signature en novembre dernier. S'il y a des limites à ce que l'on peut attendre des utilisateurs, il ne fait pas de doute que chacun a un rôle à jouer dans le renforcement de la sécurité de la société en réseau. Chacun doit être informé des risques encourus en matière de sécurité et des mesures de prévention disponibles. De même, chacun doit assumer la responsabilité qui est la sienne et agir pour améliorer la sécurité de ces systèmes et réseaux. Des mesures aussi bien préventives que défensives peuvent rendre les systèmes plus sûrs, par une gestion rigoureuse et plus efficace des risques et des incidents de sécurité. L'OCDE considère que les membres de notre société de l'information doivent adopter et promouvoir une « culture de la sécurité » sur laquelle doivent se fonder la réflexion, l'évaluation et la décision concernant l'exploitation des systèmes et des réseaux d'information. Cette culture doit faire partie intégrante du comportement quotidien.Pendant la dernière décennie, les Lignes directrices de l'OCDE régissant la sécurité des systèmes d'information, publiées en 1992, ont défini les principes sur lesquels devait s'appuyer la sécurité de l'information. Les pays membres de l'OCDE, aiguillonnés par les événements du 11 septembre, révisent ces Lignes directrices pour prendre en compte le nouvel environnement des réseaux. Cette révision vise à promouvoir une « culture de la sécurité », en sensibilisant davantage aux impératifs de la sécurité et en préconisant à tous les niveaux une responsabilité conjointe des participants qui utilisent des systèmes d'information, notamment via des réseaux.Biotechnologie : la problématique de la sécuritéPour certains, l’économie du savoir ne fait que précéder l’économie de la biotechnologie – c’est-à-dire un avenir à la fois plus productif et plus durable. Les progrès de la génétique – et dans des domaines spécialisés comme la génomique, la protéonomique et la métabolomique – libèrent le potentiel caché de la biotechnologie dont nous avons tellement entendu parler au cours des dernières années mais qui semblait jusqu’à présent – du moins pour l’observateur non spécialisé – lent à se concrétiser. Cependant, un regard plus attentif révélerait des progrès majeurs tout autour de nous. Dans le domaine de la santé, notre compréhension des maladies et de la façon de les traiter est une découverte aussi importante que la théorie circulatoire de Harvey pour le système sanguin. Nous constatons des progrès dans l’agriculture, où, indépendamment du battage médiatique des années 1990, des avancées réellement bénéfiques sont maintenant à notre portée (notamment en ce qui concerne le rendement des cultures et la qualité des aliments). Toutefois, davantage d'expérimentations sont manifestement nécessaires pour améliorer la sécurité et rassurer les consommateurs. Nous constatons également des progrès dans la biotechnologie pour l’environnement, domaine dans lequel un rapport récent de l’OCDE a répertorié 21 exemples d’utilisation par l’industrie d’un procédé biotechnologique pour améliorer les coûts et réduire la pollution (voir références).Lors des Jeux Olympiques d’hiver à Salt Lake City en 2002, tous les gobelets en plastique utilisés étaient en acide polylactique – nouvelle matière plastique recyclable fabriquée à partir du maïs. Cela a été rendu possible par la biotechnologie. Mais comme toutes les technologies, la biotechnologie peut être utilisée pour faire le bien comme le mal. Le bioterrorisme est entré dans nos vies avec la dispersion de bacilles pathogènes de charbon (anthrax) aux États-Unis à l’automne dernier, ce qui a entraîné des demandes de limitation plus stricte de l’accès aux ressources biologiques, aux laboratoires et aux publications scientifiques largement disponibles (y compris sur Internet). La libre circulation des informations scientifiques et des idées – qui est un des moteurs essentiels de nos économies fondées sur le savoir – est menacée.Il existe toutefois une menace encore plus grande avec l'augmentation inexorable de l’incidence des maladies infectieuses dans le monde. L’émergence, à grande échelle, de maladies infectieuses nouvelles ou précédemment non identifiées, est un problème majeur. Depuis le début des années 1970, une bonne trentaine de maladies infectieuses jusque-là inconnues, et contre lesquelles il n’existe pas de traitement efficace, ont pris une grande ampleur. Elles ont d’énormes répercussions sociales et économiques, qui peuvent être dévastatrices, notamment pour les pays les plus pauvres du monde. Le VIH/SIDA est la plus connue d’entre elles et celle qui a provoqué la plus grande détresse dans le monde. La fièvre Ebola est une autre menace émergente. Ces maladies ont toutes un point commun : les organismes qui les provoquent peuvent se propager toujours plus vite et toujours plus loin, du fait des déplacements internationaux et du tourisme. Après le 11 septembre, nous sommes également devenus davantage conscients du risque de dispersion intentionnelle de certains organismes pathogènes parmi les plus dangereux et de notre plus grande vulnérabilité au plan mondial. La plupart des pays ont désormais pris conscience de la menace que constituait pour leur économie, leur sécurité et la société un désastre d’une telle ampleur.Les solutions à ces problèmes sont évidemment terriblement complexes, mais parmi les moyens dont nous disposons, la biotechnologie est une arme puissante pour lutter contre la montée des maladies infectieuses et l’utilisation des armes biologiques.Si l’on veut pouvoir limiter l'incidence des menaces biologiques sur la santé publique, il est alors impératif de les détecter, de les diagnostiquer, et d’y répondre rapidement. Cela vaut aussi bien pour les menaces biologiques introduites de façon délibérée (par exemple armes biologiques) que pour les maladies infectieuses d’origine naturelle (grippe aviaire et VIH/SIDA). Les mêmes progrès de la génétique, de la biologie moléculaire et des nanotechnologies qui ont permis de progresser dans le domaine de la santé nous fournissent des techniques et des dispositifs tels que les biocapteurs pour la surveillance, la détection avancée, le diagnostic et le traitement des apparitions de maladies infectieuses, notamment de maladies introduites de façon délibérée. Ils nous offrent aussi des méthodes fondées sur la vaccination orale et l’amélioration de la nutrition susceptibles d’apporter des réponses économiquement intéressantes aux grands problèmes sanitaires des pays en développement, sans l’infrastructure et les coûts des traitements traditionnels.Même si les événements du 11 septembre et les attaques ultérieures par le bacille du charbon ont servi d’avertissement, n’oublions pas qu’il existe dans une bonne partie du monde de nombreuses menaces pour la santé et la sécurité dues à un accès inadapté à une eau de bonne qualité pour la boisson et l’irrigation. Il s'agit désormais d’exploiter le potentiel de la biotechnologie pour améliorer les stratégies de protection de la santé publique.Les pays de l’OCDE unissent leurs efforts pour évaluer les répercussions sanitaires des maladies infectieuses nouvelles ou susceptibles d’apparaître. Pour résumer, la communauté internationale doit considérer la biotechnologie pour ce qu’elle est – non pas comme une partie du problème, mais comme un élément réel et viable de la solution.


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