Les règles de la mondialisation

Une place pour les travailleurs

Contrairement à la croyance populaire, la menace la plus sérieuse que la mondialisation fait peser sur les travailleurs ne tient pas à l’internationalisation des échanges ou des investissements, mais à l’érosion du rôle légitime de l’État, notamment en matière de régulation des marchés.

Les 20 dernières années du XX e siècle ont été marquées par un impératif de libéralisation, de privatisation et de déréglementation. Parallèlement, les gouvernements se sont peu à peu soustraits à leur responsabilité dans l’élaboration de politiques concernant par exemple les taux d’imposition, la gestion économique, les taux d’intérêt ou les taux de change.La mise en place d’un ensemble de mécanismes de gouvernance des marchés mondiaux est pourtant indispensable. Les coupures d’électricité qui se sont produites en Californie à la suite de la déréglementation du marché de l’énergie, et les accidents de chemin de fer survenus au Royaume-Uni à la suite des privatisations sont là pour nous le rappeler. Mais comment garantir une réglementation publique efficace ? Telle est la principale question qui se pose à l’aube du XXI e siècle.Il existe certes toute une gamme de mécanismes, allant de réglementations internationales « strictes » dans des domaines particuliers, comme ceux qui sont couverts par l’OMC ou le FMI, aux politiques d’intégration régionale et aux actions nationales et locales, en passant par la coordination générale des politiques dans le cadre du G8, de l’OCDE ou de l’OIT. Mais l’architecture de gouvernance internationale souffre d’un déséquilibre frappant entre les pouvoirs et les moyens d’action des différentes institutions. Il est par exemple inacceptable que le système mondial de gouvernance comporte des règles de protection des droits de propriété intellectuelle et des investisseurs, ou encore des normes environnementales, et qu’il exclue la protection des droits de l’homme et des travailleurs.Des progrès ont, il est vrai, été accomplis en matière de réglementation des droits fondamentaux des travailleurs. L’OCDE et la Banque mondiale considèrent en effet aujourd’hui que le respect des normes fondamentales et la reconnaissance des syndicats ont des effets économiques neutres, voire positifs dans la mesure où ils contribuent à améliorer la qualité de la gouvernance. L’OCDE a révisé ses Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales, qui servent de texte de référence aux entreprises. Mais il s’agit maintenant de prévoir la mise en oeuvre de ces principes. On pourrait envisager de modifier les règles de l’OMC afin d’affirmer la primauté des droits de l’homme sur les règles commerciales et dresser une liste des obligations existantes en matière de droits de l’homme, comme l’a suggéré Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Mais si l’on veut assurer une croissance stable et durable, il importe de modifier aussi l’architecture des marchés financiers. Il y a trop longtemps que le débat sur la réforme des marchés financiers se déroule à huis clos, entre banquiers et fonctionnaires du ministère des finances. Les institutions chargées des réformes des marchés financiers restent fermées à toute discussion avec le mouvement des travailleurs et la société civile. Or, les travailleurs doivent avoir leur place à la table des négociations. Dans cette perspective, l’OCDE doit servir de relais.Les syndicats mondiaux ont proposé une série de mesures destinées à assurer une meilleure régulation des marchés financiers internationaux. Ces mesures consistent à améliorer la coordination des politiques budgétaires et monétaires entre les principales zones monétaires et à examiner sérieusement la possibilité d’instituer une taxe internationale sur les opérations de change pour financer des « biens publics mondiaux ». (Voir p.23 la taxe Tobin)Loin des querelles idéologiques, un débat doit s’engager sur le rôle du secteur public. Car l’existence d’un secteur public efficace est une nécessité non seulement économique mais aussi sociale.


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