Travail temporaire : dissiper quelques mythes

Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales

Décrocher un emploi à durée indéterminée est sans doute l’aspiration de la plupart des gens et c’est certainement un statut plus rémunérateur, mais il est aussi possible que les inconvénients du travail temporaire aient été exagérés.

De nouvelles formes d’emploi semblent se répandre comme une traînée de poudre en raison de la dynamique des marchés du travail. C’est du moins le sentiment populaire. Mais est-ce la réalité ? Prenons l’exemple du travail temporaire. Beaucoup y voient l’archétype des nouvelles modalités du travail. Ses partisans soutiennent qu’il améliore la flexibilité du marché du travail car il permet aux employeurs d’embaucher et de licencier plus facilement en fonction de l’évolution de la demande, tout en rendant les salariés plus mobiles et plus libres de mener de front leur travail et d’autres activités comme l’éducation de leurs enfants ou la poursuite de leurs études. Les adversaires du travail temporaire jugent, quant à eux, que cette flexibilité accrue a un coût : les emplois temporaires sont des emplois de seconde classe, nettement moins bien payés et soumis à des conditions de travail moins avantageuses que les emplois permanents. Se faisant l’écho de ces préoccupations, la Commission européenne, tout en encourageant l’accroissement de la flexibilité du travail dans le cadre du marché unique de l’Union européenne, a néanmoins adopté deux directives : l’une concerne les personnes engagées sous contrat à durée déterminée et l’autre celles qui sont embauchées par l’intermédiaire d’une entreprise de travail temporaire. Ces directives visent à garantir l’égalité de traitement entre les travailleurs temporaires et les travailleurs permanents tant sur le plan des conditions d’emploi que du salaire.Face à ces divergences, il est essentiel d’en revenir aux faits concernant le travail temporaire. C’est effectivement ce qu’examine en détail un rapport de l’OCDE à paraître sous peu. En ce qui nous concerne, nous nous limiterons à analyser quelques-unes des affirmations couramment avancées sur le travail temporaire pour tenter de dissiper quelques mythes fort répandus et d’en nuancer quelques autres à la lumière des faits.Affirmation 1 :Le travail temporaire se développe partout.Il y a du vrai dans cette affirmation, mais elle exige des précisions. Dans les 13 pays de l’OCDE pour lesquels nous disposons de données qui remontent à 1985, la part de l’emploi temporaire dans le total de l’emploi salarié a en moyenne augmenté de moins de trois points de pourcentage au cours des 15 années qui ont précédé l’an 2000 (voir tableau). On peut difficilement parler d’un changement majeur. Une bonne partie de cette augmentation tient à l’évolution qu’ont connue une poignée de pays, en particulier la France, l’Italie, les Pays-Bas et l’Espagne. Et cette tendance n’apparaît pas non plus partout : en effet, la part du travail temporaire dans l’emploi total a reculé dans cinq de ces 13 pays, dont les États-Unis. (Une des raisons pour lesquelles on a moins recours au travail temporaire aux États-Unis est peut-être due au fait que les emplois permanents y sont moins strictement protégés qu’en Europe, par exemple, et les employeurs sont donc moins incités à embaucher des travailleurs temporaires). On observe aussi de grandes différences quant à l’ampleur du travail temporaire dans les différents pays. Si un tiers des travailleurs occupaient un emploi temporaire en Espagne en 2000, c’était le cas de moins d’un travailleur sur dix en Autriche, en Belgique, aux États-Unis, en Hongrie, en Irlande, en Islande, au Luxembourg, en Norvège, en Pologne, en République tchèque et au Royaume-Uni.Affirmation 2 :Le travail temporaire est source d’insécurité de l’emploi : il piège les gens dans des emplois subalternes offrant peu de perspectives.Sur ce point, les données disponibles concernent uniquement les pays européens. Elles montrent qu’il existe en réalité un important mouvement des travailleurs temporaires vers des emplois permanents. Entre un tiers des travailleurs temporaires (en Espagne et en France) et deux tiers (en Autriche, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni) peuvent espérer obtenir un emploi permanent au bout de deux ans, alors que seulement un sur cinq occupera toujours un emploi temporaire deux ans plus tard (encore que la proportion soit d’un sur deux en Belgique et en Espagne). Cela étant, pour un nombre assez important de travailleurs occupant à un moment donné un emploi temporaire, les faits montrent qu’ils peuvent s’attendre à être travailleurs temporaires pendant une bonne partie de leur vie active ou à effectuer des aller-retour entre emploi temporaire, chômage ou inactivité.Affirmation 3 :Le travail temporaire est bien moins payé que le travail permanent.Cette assertion doit elle aussi être nuancée. Il est vrai que l’écart de salaire moyen entre les travailleurs temporaires et permanents est important – il varie de plus de 15 % à plus de 45 % (voir graphique) – mais il faut tenir compte du profil assez différent de ces deux catégories de travailleurs. Par exemple, lesjeunes avec peu d’expérience sont plus susceptibles de trouver un emploi temporaire qu’un emploi permanent, ce qui explique une partie de l’écart de salaire. Quand on tient compte de l’âge, de l’expérience professionnelle, du secteur d’emploi et d’autres facteurs – autrement dit quand l’expérience et les qualifications sont plus proches – l’écart de salaire entre travailleurs temporaires et travailleurs permanents se réduit sensiblement, toutefois il demeure et constitue une source d’insatisfaction pour les salariés (voir ci-dessus). Affirmation 4 :Le travail temporaire ouvre droit à moins d’avantages sociaux que le travail permanent.Dans la plupart des pays de l’OCDE, ce n’est pas le caractère temporaire de l’emploi qui empêche certaines personnes de bénéficier de certains avantages sociaux comme les congés payés, la couverture maladie ou le régime de retraite. Dans les pays européens, les principaux avantages s’appliquent à tous et les travailleurs temporaires ont en principe droit aux mêmes avantages que les travailleurs permanents. Toutefois, les conditions d’ouverture des droits, à certains de ces avantages ou à tous, exigent en général une durée minimale de cotisation d’environ une année. Ce qui en pratique peut exclure certains travailleurs temporaires du système. Il existe dans le système national de sécurité sociale de nombreux pays une condition de durée minimale de cotisation qui vise surtout à limiter les possibilités d’abus. En Amérique du Nord, la plupart des avantages sociaux ont un caractère facultatif et relèvent de l’employeur. Les travailleurs temporaires en bénéficient rarement.Affirmation 5 :Les emplois temporaires sont des emplois de second ordre et offrent de moins bonnes conditions de travail que les emplois permanents.Selon les enquêtes de satisfaction des salariés à l’égard de leur emploi, le degré de satisfaction des travailleurs temporaires est analogue à celui des permanents. L’écart est assez faible, en moyenne de sept points de pourcentage environ. Cela tient peut-être au fait que pour beaucoup, un emploi temporaire est un moyen d’accéder à un poste permanent, ou d’échapper au chômage ou encore de mieux concilier leur activité professionnelle avec des activités telles que s’occuper d’autres personnes ou poursuivre des études. Cela étant, les travailleurs temporaires déclarent qu’ils sont bien moins satisfaits quant à leur rémunération et à la sécurité de l’emploi, que les travailleurs permanents : l’écart moyen approche neuf points de pourcentage pour la première et 30 points de pourcentage pour la seconde.Affirmation 6 :Le travail temporaire offre peu d’opportunités de formation et de perspectives de carrière.Là encore cette affirmation demande à être nuancée. Mis à part le fait signalé précédemment que de nombreux travailleurs temporaires finissent par obtenir un emploi permanent après quelques années, certains faits montrent que les employeurs forment des travailleurs temporaires afin de sélectionner les plus capables d’entre eux pour leur offrir un poste permanent. De plus, les agences d’intérim proposent souvent des stages de formation aux travailleurs inscrits sur leurs registres. Mais en règle générale, les travailleurs temporaires sont moins susceptibles de bénéficier de formations assurées par les employeurs que les travailleurs permanents. En résumé, hormis quelques cas qui ont fait grand bruit, le travail temporaire n’est pas globalement assimilable à du travail précaire. Ce n’est pas non plus nécessairement pour l’employé une expérience regrettable ou stigmatisante. Certains emplois temporaires offrent des possibilités de formation et de progression professionnelle. Ils peuvent être moins rémunérateurs et s’accompagner d’avantages sociaux moindres que les postes permanents et il y aurait sans doute lieu que les pouvoirs publics se penchent sur cette question. Mais dans la plupart des cas, l’emploi temporaire est souvent un tremplin vers un meilleur emploi.* Nous tenons à remercier chaleureusement Paul Swaim pour ses utiles remarques et Sébastien Martin pour son aide en ce qui concerne les données.


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016