Mondialisons les droits de l'homme

Amnesty International a été fondée il y a 40 ans. Depuis, les économies ont rapidement évolué, tout comme les idées politiques. Mais qu'en est-il de la protection des droits de l'homme ?

Que devrait signifier la mondialisation à l’égard des droits de l'homme ? Manifestement, les droits de l'homme jouent un rôle essentiel dans les efforts déployés pour gérer dans un souci d'équité, le phénomène de la mondialisation au bénéfice de tous les peuples. Cependant, la mondialisation ne doit pas être confinée au déploiement des forces politiques et économiques ; elle doit également s'appliquer aux évolutions sociales, culturelles et civiques. Ce phénomène conduit à prendre conscience de l'interdépendance de ces différents aspects. Notre mot d’ordre devrait donc être « Mondialisons les droits de l’homme ».Il peut paraître difficile de croire qu'il y a tout juste 40 ans, deux étudiants portugais étaient condamnés à sept ans de prison pour le seul fait d’avoir porté un toast à la liberté. C’est pourtant cette incarcération qui a provoqué la création d’Amnesty International en 1961 au plus fort de la Guerre Froide. Notre engagement reflétait le clivage de l’époque, clairement affirmé, entre les droits de l’homme civiques et politiques d'une part et les droits sociaux, économiques et culturels d’autre part. Amnesty assurait sans conteste, la défense des droits civiques et politiques, militant en faveur de la libération des prisonniers pour délit d’opinion, du droit pour les prisonniers politiques de bénéficier de procès équitables, de l’abolition de la peine de mort, du refus de la torture des prisonniers et de la fin des exécutions politiques.Mais la fin de la Guerre Froide et la mondialisation ont fait éclater le clivage qui existait entre droits politiques et civiques et droits sociaux, économiques et culturels, en acceptant le caractère indivisible et interdépendant de tous les droits de l’homme. Progressivement, les droits de l’homme sont devenus le fondement de toutes les dimensions de l'activité humaine, du développement aux échanges, de la santé à l’éducation, de la discrimination au maintient de l’ordre. Le défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, est de faire en sorte que le respect des droits de l’homme devienne une réalité pour chaque individu, quelle que soit son origine ou ses croyances, et de donner un vrai visage au caractère universel et indivisible de l’ensemble de ces droits pour l’ensemble des habitants de la planète.Amnesty International a contribué à cette prise de conscience dans l’abandon de l’idée que les droits civiques et politiques sont en quelque sorte plus importants que les droits économiques, sociaux et culturels. Nous avons défini en août 2001 une nouvelle mission traduisant notre volonté de cibler notre action sur le respect des droits fondamentaux de l’homme et plus seulement sur la libération des prisonniers politiques. Désormais, Amnesty International s’est donnée pour mission non seulement d’entreprendre des recherches et des actions pour mettre fin aux atteintes graves portées à l’ensemble des droits de l’'homme, y compris le droit à l’intégrité physique et mentale, à la liberté d’opinion et d’expression et la lutte contre toute discrimination. Durant les années de Guerre Froide, Amnesty International n’a pas choisi entre les différents systèmes politiques mais a rendu responsables les gouvernements de leur bilan sur les droits de l’homme indépendamment de leur orientation idéologique. De même aujourd’hui, Amnesty International ne choisit pas entre les systèmes économiques mais elle cherchera à demander des comptes aux gouvernements et aux acteurs non publics, quelle que soit leur idéologie.Cette nouvelle campagne s’articule principalement autour de trois éléments clés : le caractère indivisible des droits de l'homme, la nécessité de rendre des comptes et celle de traiter la question des effets de la mondialisation sur les droits de l’homme.Il est impossible de jouir véritablement des droits de l’homme tant que certains d’entre eux restent lettre morte. Collectivement, ces droits sont codifiés, universels, mesurables et applicables. Ils définissent le cadre propre à assurer le développement, le respect de la démocratie et la sécurité de l’homme. La Déclaration universelle des droits de l’homme proclame que « tous les individus et tous les organes de la société ... s’efforcent de respecter ces droits et ces libertés et d’en assurer ... l'application universelle ». Certes, la promotion et la protection de tous les droits de l'homme relèvent au premier chef de la responsabilité de l'État. Néanmoins, cette responsabilité tend à se diluer dans les sociétés mondialisées contemporaines. Les institutions financières internationales, les organisations intergouvernementales, les grandes entreprises, les entités non publiques, les acteurs privés et la société civile, sont autant de maillons constitutifs des structures de gouvernance de plus en plus complexes du monde contemporain. La confusion des responsabilités en matière de droits de l’homme, que ce soit à Beijing, Bamako ou Boston, complique le fonctionnement des mécanismes internationaux de contrôle, autorisant ceux qui violent ces droits, à agir en toute impunité. Depuis 40 ans, Amnesty International requiert des gouvernements, des entités non gouvernementales et des acteurs non publics de la « sphère privée », des comptes sur les cas de violation des droits de l’homme. Pour ce faire, Amnesty International s’appuie sur le vaste ensemble de traités internationaux et de normes nationales et régionales qui définissent les droits de l’homme. Lorsque des mécanismes de recours existent, elle les fait jouer afin de faire respecter ces droits.Il n’en demeure pas moins que la législation ne régit pas l’ensemble des rapports au sein du village mondial contemporain, et encore moins dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels. En tout état de cause, cela se vérifie dans la sphère privée, notamment à l'échelle des entreprises. C’est pourquoi en qualité de membre de la société civile, nous devons continuer à rechercher de nouvelles techniques et à explorer de nouveaux moyens afin de rendre légalement responsables tous les acteurs du respect des droits de l’homme dans tous ses aspects.Par notre travail quotidien au sein d’Amnesty International nous rendons publics les cas particulièrement graves, et parfois très répandus, de violation des droits de l’homme. Le combat contre l'impunité et la lutte pour la reconnaissance du principe d'une juridiction universelle sont au coeur du travail d’Amnesty International. L’instauration d’une juridiction universelle constitue l’un des moyens permettant de mettre fin à l'impunité.Pourtant, le combat le plus efficace en faveur de la défense des droits de l'homme est celui mené par les individus. Lorsque Peter Benenson a fondé Amnesty International, au travers d’une campagne d’envoi de lettres, il était conscient que des individus animés par les mêmes idéaux pouvaient s’unir en vue de déclencher les mécanismes irréversibles du changement. Nous savons que l’individu peut faire de grandes choses lorsqu’il est confronté à l'adversité. Nous devons instaurer une société qui place les droits de l’homme au coeur du pouvoir. La société civile sera alors en mesure d’orienter efficacement ses efforts vers un même but : le combat pour le respect des droits de l’homme pour tous.


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