Le rôle clé de l'éducation

Comme le montre l'expérience sud-africaine, l'éducation est un outil essentiel pour sortir les populations de la pauvreté et éliminer les menaces pesant sur la paix.

Fléau du XXe siècle, la pauvreté restera, indubitablement, le grand défi de ce nouveau siècle. Les taux de mortalité sont élevés et touchent des millions de femmes et d'enfants. Maladies, malnutrition, retard du développement physique et intellectuel, toutes ces plaies sont la cruelle conséquence d'un facteur omniprésent : la pauvreté. Les événements tragiques du 11 septembre 2001 ont radicalement modifié les discours sur la mondialisation, le nouvel ordre mondial, le commerce international et sur les relations multinationales. Notre quête désespérée de solutions susceptibles d'éliminer définitivement les futures menaces qui pèseront sur la paix dans le monde nous a amenés à nous concentrer sur la pauvreté, facteur d'instabilité mondiale en raison des extrémismes politiques et militaires qu'elle induit.Après une longue bataille pour mettre fin à l'apartheid, l'Afrique du Sud a désormais l'immense tâche de combattre la pauvreté qui laisse planer sur la plus grande partie de sa population la menace imminente d'une crise de développement humain. La pauvreté est réelle, palpable et évidente dans les rues de nos villes, dans nos zones rurales reculées et dans les innombrables espaces qui entourent les îlots habités par une minorité de personnes plus riches.Nos efforts de reconstruction post-apartheid ont coïncidé – durant la dernière décennie du XX e siècle – avec un moment historique où l’influence de la mondialisation sur les politiques des différents États-nations était à la fois irrésistible et inévitable. Je reste cependant profondément convaincu que cette influence en elle-même n’est pas porteuse de la fatalité quasi-métaphysique dont de multiples articles sur ce thème se font l’écho.Un discours dérangeant sur la mondialisation a pris du relief dans certaines organisations internationales et multilatérales, dans une grande partie des médias et dans le débat public. Ce discours sert à justifier un type de développement, et les politiques s'y rapportant, qui seraient, selon certains, intrinsèquement inévitables. Ce développement aurait une trajectoire inexorable, rebelle à toute intervention humaine. Bien entendu, il s'agit là d'un mythe.Il est établi que la mondialisation peut générer des avantages très importants même dans les pays les plus pauvres. Mais il est également prouvé qu'en l'absence d'un accès généralisé à l'enseignement de base, ces avantages tendent à ne profiter qu'à l’élite de la société.Au cours des toutes dernières décennies et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, les changements et les progrès se sont produits à un rythme déconcertant. Presque tous les aspects de l'activité humaine ont été marqués par de formidables avancées. Toutefois, ce tableau est assombri par l'autre facette du développement humain – pauvreté à grande échelle, fracture sociale, précarité, mortalité prématurée et évitable, et enfin adversité sont le lot de la majeure partie de la population mondiale.Les événements internationaux récents ont montré, on ne peut plus clairement, que le fardeau et les conséquences de la pauvreté débordent des frontières des pays les plus sérieusement touchés. L'appauvrissement et les dissensions sociales exposent les populations à des forces qui menacent la paix et la sécurité. De même que les frontières nationales sont désormais de plus en plus perméables aux capitaux, aux produits et aux flux de travailleurs hautement qualifiés, nous le savons maintenant, elles sont également perméables aux répercussions pesantes de la pauvreté. Il est donc inévitable que le monde s’attaque immédiatement aux défis de la pauvreté et de l'équité à l'échelle mondiale.Définir une solution efficace pour faire face à la mondialisation dans toutes ses facettes est certainement un exercice d'une extrême complexité. Cela dit, il ne fait aucun doute que, pour y parvenir, il est nécessaire d'améliorer à l'échelle mondiale la qualité de l'éducation et son accès.L'ensemble des Sud-africains de tous les bords politiques et y compris la société civile estiment que l'éducation est l'instrument le plus puissant dont le pays dispose pour lutter contre la pauvreté et favoriser le développement humain. Dans la plupart des secteurs de l'enseignement et de la formation, nous avons rapidement établi une base solide de mesures gouvernementales et de textes de loi, solidement ancrée dans notre constitution démocratique. Nous avons balayé les structures d'enseignement de l’apartheid réservées respectivement aux Bantous, aux blancs, aux personnes de couleur et aux Indiens et nous les avons remplacées par des départements et des conseils d'administration qui ne sont fondés ni sur la race ni sur la confession. Pour tirer parti de la mondialisation, nous devons être en mesure de produire des biens et des services de grande qualité à des prix compétitifs. Par l'action des pouvoirs publics, par la législation et par des valeurs communes, nous devons veiller à créer les conditions propices à notre développement. L'enseignement et la formation sont les armes indispensables de notre arsenal pour atteindre ces objectifs. Investir dans l'ensemble de la population d'un pays n'est plus un luxe. L’éducation n'est pas seulement un droit fondamental de l'être humain exigé par la dignité humaine et nécessaire à l'exercice d'une bonne citoyenneté ; elle est aussi essentielle au développement économique et social.En Afrique du Sud, le système éducatif s'est considérablement transformé et amélioré. Les progrès réalisés sont en grande partie le fruit des efforts constants déployés pour construire une démocratie constitutionnelle dans le pays.Nous avons remanié les anciennes institutions gouvernementales et avons bien avancé dans la création de nouvelles institutions destinées à concrétiser notre programme de réforme.Depuis 1994, nous avons réussi à réduire d’environ 50 % les inégalités entre provinces en matière de dépenses publiques. Le taux de scolarisation dans l'enseignement primaire est actuellement proche de 100 %. Même parmi les groupes de population les plus démunis de notre pays, la durée moyenne de la scolarisation est déjà supérieure à 12 ans.Toutefois, un trop grand nombre d'enfants sont encore obligés de se contenter d'un enseignement médiocre ou insuffisant. Il ne peut y avoir d'égalité dans la réussite scolaire si la distribution sociale de la qualité de l’enseignement reste inégale. Beaucoup d'enfants, comptant en majorité parmi les plus pauvres des pauvres, n'ont accès ni à un enseignement efficace, ni aux manuels de base ou à d'autres supports scolaires pédagogiques.Des données irréfutables montrent que l'éducation n'est pas simplement un droit fondamental. Elle permet aussi de gagner sa vie de façon durable, d'augmenter la productivité agricole et industrielle, de fournir les bases d'une croissance soutenue et équitable, d'améliorer les niveaux de santé et de nutrition, de réduire la taille des familles et de relever le niveau de participation de la collectivité aux prises de décisions locales.Alors que s'accélèrent la mondialisation des marchés financiers et des marchés de produits ainsi que la progression des nouvelles technologies, dispenser un enseignement public de masse et de bonne qualité est devenu de plus en plus important.L'amélioration et le développement de l'enseignement sont au coeur de notre stratégie de progrès social, de croissance économique et de paix en Afrique du Sud. J'ai le sentiment que l'éducation est de la même façon au coeur d'une stratégie susceptible de favoriser la paix et le développement dans notre monde globalisé.


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