Développement : cette fois-ci agissons dans le bon sens!

Cette année est celle du développement! La Conférence de Monterrey sur le financement du développement, la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, la Nouvelle initiative africaine du G8 et le Sommet mondial de Johannesbourg sur le développement durable, tous sont essentiellement centrés sur la réduction de la pauvreté et sur l’efficacité de l’aide au développement.

Voici une stratégie en 10 points qui pourrait se révéler utile : 1. Créer un cadre garantissant la liberté et l’équité des échanges internationaux. 2. Promouvoir des courants d’investissements privés étrangers, mutuellement bénéfiques. 3. Renforcer les partenariats, préciser la finalité et augmenter la cohérence de l’aide au développement. 4. Accroître le volume de l’aide. 5. S’attaquer au problème de la croissance des niveaux d’endettement. 6. Améliorer l’efficacité de la gestion de l’aide. 7. Opérer une réorientation de l’assistance technique. 8. Ralentir la croissance démographique. 9. Relancer l’aide à l’éducation et à la recherche. 10. Consolider le système d’aide multilatéral.J’aimerais pouvoir me prévaloir de la paternité de cette judicieuse stratégie, mais ce n’est pas possible. Elle est tirée du Rapport de la Commission d’étude du développement international intitulé « Partners in Development » remis, en 1969, à Robert S. McNamara alors qu’il présidait la Banque mondiale. Si elle nous semble familière, c’est que bon nombre des idées sur lesquelles elle repose, notamment l’importance des ONG et de l’investissement direct étranger (IDE), se retrouvent dans les « nouvelles » stratégies de développement préconisées aujourd’hui. À l’évidence, les recommandations formulées dans le Rapport restent valables.La même Commission avait suggéré que les pays développés augmentent leur aide publique au développement (APD) à 0,7 % de leur revenu national brut pour, au plus tard, 1980. En 2000, cinq pays seulement avaient atteint cet objectif.Il ne fait aucun doute que certains programmes d’aide portent des fruits, mais quelle est en réalité l’efficacité de la plupart de ces programmes ? Plutôt limitée. C’est pourquoi le développement continue d’occuper un rang si élevé sur l’échelle des priorités mondiales. En Afrique subsaharienne, le revenu par habitant s’est certes accru dans les années 1960 et 1970, mais il n’a cessé de reculer depuis lors au point qu’il est maintenant revenu à un niveau qui n’est supérieur que d’environ US$80 à celui de 1960 (aux prix de 1995). Même si l’on tient compte de la croissance démographique, cette performance est lamentable. En quoi nos stratégies de développement ont-elles failli ?De nombreux défenseurs du développement prônent aujourd’hui un accroissement de l’aide, certains allant même jusqu’à préconiser qu’elle soit doublée, c’est-à-dire portée à quelque US$100 milliards. Si nous nous engageons dans cette voie, il faut nous assurer que, cette fois-ci, nous employons les bonnes méthodes. Pour cela, il nous faut tirer les leçons du passé. L’une de ces leçons est qu’il faut éviter le piège de faire de l’aide un moyen de « s’acheter une conscience », comme nous l’avons, me semble-t- il, fait le plus souvent depuis 40 ans. Lorsque j’étais ministre au sein du gouvernement canadien de Pierre Elliot Trudeau, nous discutions peu de la qualité de l’aide publique. Notre principal souci était de savoir quelle était notre performance par rapport à celle des autres pays. M. Trudeau était pourtant un ardent partisan du développement mais lorsque la contribution d’une nation est mesurée à l’aune de son PNB et non de son efficacité, elle devient le prix de la bonne conscience et non le financement du développement. Nous pouvions légitimement prétendre avoir « rempli notre rôle », mais l’avions nous fait ?En 1998, j’ai participé aux travaux d’une commission parlementaire chargée d’examiner les programmes d’aide du Canada, notamment du point de vue des fournisseurs nationaux. Nous avons publié un rapport complet mais peu connu, intitulé « Qui doit en profiter ? ». Cette importante question n’a toujours pas reçu de réponse. Une de nos recommandations était que le Canada adopte une charte énonçant les objectifs de son aide au développement, à savoir : aider les pays et les peuples les plus pauvres ; s’appliquer en permanence à renforcer les capacités des pays en développement à résoudre leurs propres problèmes en respectant leur environnement naturel ; veiller à ce que les priorités du développement prévalent systématiquement dans la fixation des objectifs assignés au programme d’APD. Les déclarations bien intentionnées de ce genre abondent mais, au vu des faits, je me permets un peu de cynisme. Cela dit, il y a de bonnes raisons de croire qu’un effort renouvelé peut être fructueux. Depuis 1969, l’économie s’est mondialisée. Des possibilités énormes s’offrent aux entreprises dans les pays en développement, dès lors que les conditions sont favorables. L’APD pourrait être concentrée sur la mise en place de ces conditions par le biais du renforcement du capital humain et des institutions au service de la bonne gouvernance. Il en résultera une progression de l’IDE à un rythme qu’on n’aurait jamais pu imaginer il y a 30 ans.Je suis convaincu que les dirigeants de nos institutions internationales sont conscients de l’opportunité déterminante qui s’offre à nous. Les Objectifs du millénaire pour le développement appellent les donneurs à centrer leur aide sur la construction des capacités humaines qui constituent le fondement même du développement. Jim Wolfensohn, à la Banque mondiale, propose un cadre de développement intégré pour assurer l’efficacité de l’APD, à commencer par une « vraie bonne gouvernance ». Mark Malloch Brown, à la tête du PNUD, a su donner l’impulsion nécessaire pour faire entrer le développement dans une nouvelle phase. Enfin, le succès de la conférence de l’OMC à Doha souligne l’importance de mettre les courants multilatéraux d’échange et d’investissement au service du développement.Le titre du premier chapitre du rapport de 1969 était « A question of will » (Une question de volonté). J’inviterais nos dirigeants politiques à faire preuve de cette volonté, s’ils sont vraiment soucieux de faire refluer la pauvreté et de soutenir le développement. À ce propos, j’aimerais formuler une suggestion, que certains jugeront provocatrice, voire même extrême, à savoir que nous acheminions la totalité de notre aide financière par l’intermédiaire des institutions multilatérales, en particulier la Banque mondiale et les banques régionales de développement. Cela présenterait de nombreux avantages : de substantielles économies pour les administrations nationales chargées de la gestion de l’aide bilatérale, un allégement de la charge qu’impose aux pays en développement le respect des exigences complexes des donneurs, une amélioration de l’efficacité de l'aide, une diminution de la pression politique sur les gouvernements pour les inciter à lier l’aide afin de satisfaire les fournisseurs nationaux, etc. Le Comité d’aide au développement (CAD) pourrait offrir aux donneurs un lieu où se rassembler pour assurer le suivi des programmes d’aide mis en oeuvre par les institutions multilatérales et la coordination de l’assistance technique indispensable. Une autre mesure que pourraient prendre les pays donneurs serait de nommer au développement un ministre de haut niveau afin de bien montrer la priorité qu’ils accordent au développement et à l’obtention de résultats dans ce domaine. Le Royaume-Uni offre à cet égard un bon exemple.Il est dans notre intérêt à tous d’améliorer l’efficacité de l’aide. Nous devons laisser derrière nous le temps où l’aide au développement servait à nous acheter une bonne conscience.© L’Observateur de l’OCDE, Nº231/232, Mai 2002


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