Développement durable : Au-delà de Johannesbourg

Direction de l'environnement

Le développement durable ne traite pas seulement de l’environnement, de l’économie ou de la société. Il est aussi à la recherche d’un juste équilibre entre ces trois éléments.

Lorsque les chefs d’État et de gouvernement se réuniront au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesbourg (Afrique du Sud) fin août, sans aucun doute, nombreuses seront les belles paroles sur l’ampleur de la tâche et la responsabilité historique qui leur incombent. Dès lors, les participants sauront-ils désigner la voie et passer des paroles aux actes ?Dix années après le Sommet Planète Terre à Rio de Janeiro, il s'agit avec le Sommet de Johannesbourg de réunir des pays sous la bannière des Nations unies pour la recherche d’un accord permettant d'aller de l’avant. Un plan d’action intergouvernemental sera négocié. De même un large éventail d’initiatives en matière de partenariat et d’engagements sera mis en avant par diverses associations de gouvernements, d’entreprises, de groupes de protection de l’environnement et d'autres acteurs. Ce Sommet est pour nous tous une opportunité majeure de tracer une voie vers un développement véritablement durable. De nombreux défis devront être relevés pour parvenir à cet objectif ; certains seront difficiles pour les pays membres de l’OCDE.Un rapport de l’OCDE destiné au Sommet de Johannesbourg énonce clairement la situation. Ce rapport note l’accomplissement de certains progrès en faveur du développement durable depuis le Sommet Planète Terre de Rio en 1992 : la qualité de l’air s’est par exemple améliorée dans de nombreuses zones urbaines, de même que la qualité de l’eau, à l’aide d’un ensemble de technologies performantes et de réglementations. Cependant, le rapport insiste sur l’idée d’une plus grande mobilisation.Il ne peut y avoir de développement durable sans lutter préalablement contre la pauvreté et les maladies, freinant le développement de nombreux pays. En dépit de la croissance récente de l’économie mondiale, un cinquième de la population de la planète vit encore avec moins d’un dollar par jour et des millions de personnes souffrent de faim chronique. Des maladies comme le VIH/SIDA sont en train de remettre en cause les fondements mêmes de la société au sein de nombreux pays et d’anciennes maladies transmissibles soi-disant vaincues, réapparaissent. Le changement climatique, les dégradations de biodiversité, la déforestation, l’absence d’accès à une eau propre et la surpêche sont autant de problèmes qui nécessitent une action immédiate. Parallèlement, les conflits internationaux et les guerres civiles compromettent les chances des individus de sortir de la pauvreté, en les plongeant dans un cercle infernal au sein duquel la pauvreté attise des conflits violents et inversement.Les pays de l’OCDE sont conscients de la responsabilité particulière qu’ils se doivent d’assumer en montrant la voie du développement durable, de par leur impact sur l’économie mondiale et sur l’environnement. Cependant, il n’est pas aisé de prendre les initiatives nécessaires. Il n’en demeure pas moins que le développement durable ne pourra pas être acquis autrement. Et si l’OCDE n'est pas en mesure de montrer la voie par l’exemple, comment ses pays membres peuvent-ils raisonnablement nouer des accords durables avec le reste du monde, que ce soit à Johannesbourg ou ailleurs ?Les pays membres de l’OCDE peuvent contribuer largement à un développement plus durable à l’échelle mondiale. Pour ce faire, il est déterminant d’élever le niveau et l’efficacité de l’aide au développement afin d’aider les pays les plus pauvres non seulement à déployer les capacités humaines, les institutions et les structures de gouvernance nécessaires, mais également à exploiter les possibilités offertes par la mondialisation. La plupart des pays de l’OCDE ont décidé de consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l’aide au développement, mais la plupart d’entre eux sont bien en deçà de ce chiffre. L’aide publique au développement a très peu progressé au cours des deux dernières décennies, bien que l'on ait observé des signes avant-coureurs d’une volonté d’accroître les efforts consentis en matière d’aides par certains grands pays de l’OCDE, dont les États-Unis, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement, tenue à Monterrey en mars dernier.L'amélioration de l'accès aux marchés des biens et services, dans le cadre d’une nouvelle libéralisation des échanges, est une composante essentielle du développement durable. La persistance notamment des obstacles aux échanges au sein des pays de l’OCDE a contribué au sous-développement. On estime que les gains retirés par les pays en développement, d’un accès sans restriction aux marchés des pays de l’OCDE à l’égard du textile et des vêtements, d’autres biens manufacturés et des produits agricoles pourraient totaliser US$43 milliards par an. Les efforts accomplis en faveur de la suppression des distorsions des échanges sont actuellement intensifiés dans le contexte du Programme de Doha pour le développement établi par l’OMC. Dès lors, les pays de l’OCDE doivent se rassembler afin de rendre ces initiatives efficaces.L’ouverture des marchés ne sera peut-être pas suffisante ; certains pays parmi les plus pauvres n’ont pas eu la capacité nécessaire pour tirer parti du commerce mondial, alors que d’autres étaient victimes d’une corruption paralysante. C’est pourquoi, l'aide de l’OCDE en vue de la mise en oeuvre de compétences ainsi que de cadres d’action appropriés assurant la promotion d’une gouvernance de qualité, d’une transparence et de politiques sociales et environnementales appropriées, est un préalable fondamental au développement des pays les plus pauvres. Une telle action renforcerait le soutien en faveur des initiatives pilotées par l’OCDE, comme nos Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales et la Convention sur la lutte contre la corruption.Encourager une augmentation des flux d’investissement privés et une meilleure coopération dans le domaine de la technologie peut contribuer au déploiement des compétences. D’ailleurs, l'investissement direct étranger en provenance de l’OCDE vers les pays en développement dépasse largement l’aide au développement. Cependant, il convient de faire en sorte que ces flux soient véritablement affectés au développement durable conciliant tout à la fois le bien-être économique, social et environnemental. Pour promouvoir le développement durable dans les pays de l’OCDE, les gouvernements devront mettre en oeuvre des politiques susceptibles de dissocier les pressions sur l'environnement et la croissance économique. En dépit des progrès accomplis, les pressions économiques sur l’environnement ne cessent de croître (voir graphique). Les polluants atmosphériques urbains émanant de l’énergie et des transports dépassent le cadre des normes sanitaires nationales en certains endroits. De même, la pollution imputable en partie à l’agriculture altère la qualité des eaux et des sols. Les produits chimiques persistants et toxiques sont plus répandus dans l’environnement et la production d’ordures ménagères est en augmentation permanente.Les pays de l’OCDE contribuent également aux problèmes d’environnement mondiaux. Ils sont actuellement responsables de la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre, alors que ce sont les pays non membres qui paradoxalement supportent de façon disproportionnée les incidences, dommages et coûts d’adaptation associés au changement climatique mondial.De nombreux instruments d’action existent d’ores et déjà, et sont susceptibles d’encourager des modes plus durables de consommation et de production. Les pays de l’OCDE doivent simplement les mettre en oeuvre, en fonction de leur propre situation. Une revalorisation des questions traitant du développement durable au sein de l’administration dans son ensemble serait également un facteur d’aide. Il en va ainsi d’une coordination plus étroite des ministères des transports, de l’économie, de l’environnement, de l’agriculture et des finances. Ces derniers pourraient faire plus largement appel aux instruments de réglementation du marché (par exemple, taxes environnementales, permis d’émissions négociables, réforme des aides préjudiciables pour l’environnement) et s’attacher à mieux sensibiliser (et responsabiliser) le public. L’éducation du public constitue la clé d’un soutien d’envergure en mesure d’aider les gouvernements à surmonter les obstacles tenant à l’introduction des réformes. Avec un large soutien, des événements comme les barrages routiers qui se sont tenus au sein de nombreux pays membres de l’OCDE en 2000 pour protester contre les hausses des prix du pétrole, ou les déversements de produits agricoles au pied des bureaux de l’administration n'obligeraient plus les hommes politiques à réfléchir à deux fois avant d’introduire d’importantes réformes.Naturellement, des incertitudes demeurent auxquelles il convient d’apporter des réponses. Les gouvernements et autres acteurs doivent s’unir afin de préserver la compétitivité internationale et gérer les éventuelles retombées sociales de la réforme. La réforme est néanmoins prépondérante. Le développement durable nécessite un équilibre qui n’est pas facile à trouver. Mais ce n’est pas en se voilant la face que le problème disparaîtra. Au mieux, les défis ne feront que croître. Si les pays de l’OCDE veulent montrer le chemin à suivre, ils doivent s’attaquer à ces problèmes épineux. Les enjeux sont de taille et des sommets comme celui de Johannesbourg ne sont pas si fréquents.RéférencesOeuvrer ensemble pour un développement durable : l’expérience de l’OCDE, OCDE, 2002. Développement durable : les grandes questions, OCDE, 2001.Stratégies de l’environnement de l’OCDE pour les dix premières années du XXI e siècle, OCDE, 2001.© L’Observateur de l’OCDE, Nº231/232, Mai 2002


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