Combler le fossé numérique grâce à la formation

Prendre part à la cyberéconomie suppose plus que des ordinateurs : il faut aussi être formé au monde numérique.
Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales
Au cours des deux dernières années, il a bien fallu se rendre à l’évidence : ce n’est pas en offrant à chaque habitant de la Planète un téléphone et un ordinateur que l’on comblera un fossé numérique qui ne cesse de se creuser. Que vaut la technologie si les individus n’ont ni le savoir-faire, ni la volonté de l’exploiter ? Quasiment rien. Ceux qui sont incapables de l’utiliser avec facilité sont voués à être chaque jour davantage marginalisés. Et cela vaut aussi bien pour les individus, que pour les communautés ou les pays.
Les solutions reposent autant sur les compétences humaines que sur les technologies modernes. C’est ce qu’atteste le programme mexicain Telesecundaria, qui a été adopté par plusieurs pays d’Amérique du Sud. Comment offrir un programme éducatif complet jusque dans les villages mexicains les plus reculés ? En installant des ordinateurs dans les salles de classe et en utilisant la télévision ou la diffusion par Internet. La vie de milliers d’élèves du secondaire a en été transformée dans les zones rurales mexicaines. Mais si le modèle mexicain a fonctionné, c’est invariablement grâce aux efforts conjugués d’enseignants parfaitement qualifiés pour concevoir le contenu, et de personnes qui, localement, ont su persuader les élèves des bienfaits de cette méthode d’enseignement novatrice.L’absence d’accès à l’informatique et à Internet n’en reste pas moins la cause fondamentale du fossé numérique, et ce problème est particulièrement aigu dans les régions les moins avancées. Le progrès technologique a sans doute permis à certains pays en développement, notamment en Afrique, de passer sans transition d’un monde où les téléphones étaient rares à l’ère du portable et d’Internet. Mais ce bond en avant ne doit pas faire oublier le fossé béant qui sépare le monde industrialisé du monde en développement. En 1998, près d’un tiers des individus avaient accès à un ordinateur dans les pays industrialisés, contre à peine 3 % dans les pays en développement, d’après le Rapport sur le développement dans le monde 2000/2001 de la Banque mondiale.De toute évidence, un grand nombre de personnes vivant dans les pays en développement ne savent rien ou presque des technologies de l’information et de la communication (TIC). En 1997, selon l’OCDE, plus de 30 pays africains comptaient moins d’une ligne téléphonique pour 100 habitants. Une situation qui non seulement favorise les « nantis », mais qui fait également peser sur les « démunis » des risques croissants d’exclusion sociale et économique. À mesure que le commerce électronique se développe, les pays dépourvus d’une solide infrastructure de TIC se marginalisent, faute de pouvoir emprunter comme les autres les nouvelles voies de la prospérité, et continuent à dépendre de l’exportation de produits de base dont les prix tendent à baisser sur les marchés mondiaux. Pour preuve, selon le FMI, l’Afrique représente aujourd’hui moins de 2 % des échanges mondiaux, contre environ 4 % en 1980.« Il est nécessaire d’offrir des possibilités d’accès à l’information et au savoir, mais cela ne suffit pas. Il est plus important encore de doter les individus des compétences et des outils appropriés en matière éducative, cognitive et comportementale », tel est le constat de Wadi D. Haddad, membre de la Commission sur l’infrastructure mondiale de l’information, cité dans Learning to Bridge the Digital Divide (voir Références).La communauté internationale est bien consciente que le problème touche de plein fouet les pays en développement, mais elle sait aussi que le fossé numérique s’élargit entre les groupes de population de niveaux d’instruction et de revenus différents au sein même des pays industrialisés. D’où la crainte que des pans entiers de la société ne soient voués à l’exclusion faute de savoir utiliser les TIC ou, simplement, de pouvoir se les permettre financièrement.Le ratio « nombre d’élèves par ordinateur » dans le deuxième cycle de l’enseignement secondaire illustre bien le problème. Les différences significatives qui existent déjà entre les pays de l’OCDE vont vraisemblablement persister. Si le ratio s’améliore au Portugal, où l’on compte un ordinateur pour 35 élèves, à l’autre extrême la Norvège dispose déjà d’un ordinateur pour cinq élèves et va probablement améliorer la qualité de son équipement. L’équipement n’est pas tout : les écoles ont également besoin d’enseignants parfaitement formés pour utiliser les ordinateurs. Or, la formation n’arrive pas à suivre le rythme de la demande dans le monde industrialisé. La formation des enseignants aux TIC est négligée – elle est généralement à la traîne par rapport à l’investissement matériel – et cela constitue un obstacle majeur. Et ce, même aux États-Unis, qui font pourtant de l’utilisation des TIC dans l’enseignement une priorité essentielle : la formation des enseignants représentait 4 % du budget alloué au secteur de la technologie en 1994-95, et sa part n’a que faiblement augmenté pour atteindre 5 % en 1998-99.Un large accès aux TIC peut cacher l’existence d’importantes disparités au sein de la population. En l’espace d’un an, l’utilisation d’Internet a connu une augmentation spectaculaire au Royaume-Uni. Mais si l’accès a plus que doublé pour les plus démunis au cours de l’année en question, il continuait à plafonner à 5 % alors qu’il approchait 50 % à l’autre extrémité de l’échelle, mettant ainsi en évidence la disparité croissance entre les segments les plus riches et les segments les plus pauvres de la société. La richesse est donc bien un facteur à prendre en compte dans l’équation du fossé numérique.Les minorités linguistiques ou ethniques, les personnes vivant dans des communautés isolées et les exclus, quelle qu’en soit la cause, constituent d’autres groupes défavorisés dans les pays avancés. Dans de nombreuses sociétés, les femmes ont beaucoup moins de chances que les hommes d’accéder aux TIC. Il peut également exister des inégalités entre générations, notamment au détriment des hommes mûrs dont les qualifications professionnelles ne sont plus recherchées et que leur modeste niveau d’instruction prépare mal à l’acquisition, et au même simple désir d’acquérir un bagage informatique. Si certains sont encouragés à développer ces compétences parce qu’ils ont pris conscience des potentialités de ces technologies sur leur lieu de travail, d’autres n’y sont pas incités et restent sur le bord de la route.Là encore, l’expérience montre l’importance de cibler les efforts de formation. Aux États-Unis, les programmes dispensés par des enseignants qualifiés utilisant les TIC pour former des adultes au chômage ont non seulement permis à ces derniers d’acquérir de solides qualifications dans ces technologies, mais aussi de retrouver confiance et respect de soi. Ces élèves se sont en effet rendu compte qu’ils étaient parvenus à maîtriser ce que bien des gens beaucoup plus instruits n’ont même pas encore commencé à apprendre. Que ce soit sur le lieu de travail ou dans la salle de classe, l’enseignant ne peut cependant pas travailler en autarcie. Une formation réussie nécessite une profusion de supports pédagogiques multimédias appropriés, ce qui suppose l’instauration d’un partenariat entre les fournisseurs et les utilisateurs. Une bonne partie de l’apprentissage s’effectuant en dehors du système formel, il est nécessaire qu’un dialogue s’engage entre toutes les parties intéressées – les employeurs et les apprenants eux-mêmes – mais aussi avec les gouvernements travaillant en partenariat avec eux. Si l’on veut faire de ces technologies des outils de formation efficaces, tout en encourageant la recherche, il appartient aux pouvoirs publics de servir « d’intermédiaires » pour mettre en place des arrangements avec les entreprises de développement, les fournisseurs et les utilisateurs de supports pédagogiques utilisant les TIC, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé.Les aptitudes et les compétences requises à l’ère numérique ont non seulement une valeur intrinsèque, mais elles peuvent aussi aider à corriger de graves déséquilibres structurels au sein de la société. La souplesse et la polyvalence de cette nouvelle forme d’apprentissage peuvent transformer la situation d’adultes négligés par l’enseignement formel ou aux faibles résultats scolaires. L’aisance et la compétence développées dans le domaine des TIC peuvent leur ouvrir les portes de l’entreprise qui leur étaient auparavant fermées. Cela peut en outre favoriser une participation plus large des citoyens au processus de décision démocratique et accroître ainsi la cohésion de la société. Aux yeux de beaucoup, les TIC deviennent la clé de l’apprentissage à vie, et une fois prise l’habitude d’apprendre, la formation est le moyen privilégié d’exploiter toutes les potentialités des nouvelles technologies.RéférencesLearning to Bridge the Digital Divide (OCDE/CERI 2000). Cet ouvrage est la somme des résultats d’une Table ronde organisée conjointement par l’OCDE/CERI et le National Center on Adult Literacy des États-Unis, à Philadelphie, en décembre 1999.Analyse des politiques d’éducation, OCDE/CERI, 2001 (en préparation)Un monde meilleur pour tous, ONU/FMI/OCDE 2000© L’Observateur de l’OCDE, Nº224, Janvier 2001


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