L’univers numérique : enseignements à tirer pour l’élaboration d’une politique

C’est en tâtonnant que le monde industrialisé a découvert ce qui va bien et ce qui ne va pas dans l’univers numérique. Les pays en développement pourraient utilement s’inspirer de son expérience pour éviter les écueils qui parsèment le nouveau paysage technologique (et s’épargner ainsi des dépenses inutiles).
Les pays en développement ont peut-être le sentiment que leurs problèmes sont si différents de ceux du monde industrialisé qu’ils n’ont pas grand chose à tirer de l’expérience de la révolution numérique qu’ont connue les membres de l’OCDE. Après tout, les gouvernements des pays membres ont rarement dû choisir entre l’achat d’ordinateurs ou de denrées alimentaires, ou bien entre la fourniture d’un accès à l’Internet et l’approvisionnement en eau potable de leur population.
Pourtant, de l’expérience de l’OCDE, bien des enseignements peuvent être tirés qui seraient utiles pour les pays en développement. Le « fossé numérique » qui sépare les nantis des laissés-pour-compte du monde d’Internet ne se creuse pas seulement entre pays industrialisés et pays en développement mais aussi entre les différents groupes de revenus à l’intérieur d’un même pays. Parce qu’il revêt une dimension planétaire, il est certain que ce problème constituera l’une des préoccupations de l’OCDE dans les années à venir, notamment dans ses relations avec les pays n’appartenant pas à l’organisation.L’OCDE a veillé à ce que les non-membres prennent part au débat sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en invitant autant de gens que possible à participer aux forums annuels sur les TIC organisés depuis 1997. Même si elles se sont tenues dans des pays membres de l’organisation, ces réunions ont accueilli des représentants des pays non membres de l’OCDE et de la société civile du monde entier. Cette année, pour la première fois, la manifestation se transporte hors de la zone OCDE : elle se déroulera à Doubaï, dans les Émirats arabes unis. La décision de co-organiser avec le gouvernement de Doubaï le Forum de l’OCDE pour les économies de marché émergentes marque la volonté de l’organisation de faire participer les non-membres aux discussions sur la manière dont nous devons tous évoluer pour ne pas nous laisser distancer par les progrès de la société mondiale de l’information.Au cours des deux dernières décennies, les incidences des TIC sur la formulation des politiques se sont considérablement modifiées. Au début, l’un des principaux enjeux de l’action des gouvernements semblait être de trouver la meilleure façon de protéger de la concurrence les entreprises de leur pays en position de leader dans la fabrication de matériel informatique. Mais depuis lors, les TIC ont pénétré tous les secteurs de l’économie et de la société en même temps que le concept d’économie fondée sur le savoir faisait son chemin. L’explosion d’Internet et du commerce électronique a modifié la relation entre les pouvoirs publics et les citoyens dans ce qu’il est convenu d’appeler les sociétés industrielles « branchées », mais a également eu un effet sur les relations intergouvernementales à l’échelle de la Planète tout entière. Singulièrement, toutes ces évolutions n’ont fait que renforcer le rôle que les organismes internationaux sont appelés à jouer.Les travaux sur la nouvelle économie entrepris à l’OCDE nous portent à croire que la disparition de « l’ancienne » économie n’est pas pour demain. Publiés en mai 1999, les premiers résultats de l’Étude de l’OCDE consacrée à la croissance ont montré que, tandis que les TIC entraînent une restructuration de l’activité économique dans toutes sortes de secteurs, les affirmations péremptoires telles que la mort du cycle économique ou l’orientation vers un sentier de croissance beaucoup plus forte qui se pérenniserait par suite de la révolution numérique, se révèlent sans fondement. Ce constat devrait d’ailleurs être confirmé au moment de la remise de la deuxième partie de l’étude à nos membres, en mai 2001.Néanmoins, l’expérience des États-Unis indique très nettement que les TIC sont un puissant moteur de croissance pour une économie, étant donné qu’elles représentent aujourd’hui 30 % de la croissance économique américaine et la moitié sinon plus de l’accroissement de la productivité, alors que le secteur lui-même ne représente guère que 8 % de l’économie dans son ensemble.Une chose est sûre : si la « vieille » économie se maintient, il n’y aura pas de retour en arrière après la révolution numérique. Aux États-Unis, le nombre d’internautes augmente de 40 % par an mais, dans le reste du monde, l’accès à Internet se développe encore plus rapidement, comme en témoigne le dernier rapport annuel en date du Département du commerce américain. Cette année, pour la première fois, les Nord-américains représentent moins de la moitié de la population mondiale des internautes qui compte quelque 304 millions d’individus.La rapidité de diffusion du commerce électronique et d’Internet à l’échelle mondiale a déclenché un vif débat sur les perspectives et les avantages qu’offriraient des règles mondiales, en particulier dans les domaines de la fiscalité et de la sécurité. S’il existe une législation internationale et des institutions juridiques mondiales, arriver à mettre les gouvernements d’accord sur des règles régissant une économie numérique est un autre problème. Pour l’heure, un consensus sur le caractère souhaitable ou la faisabilité d’une régulation planétaire d’Internet au sens large relève encore de la fiction. En attendant, la plupart des gouvernements des pays de l’OCDE entendent veiller à ce qu’en matière de réglementations internationales, il y ait égalité et équité entre les formes classiques et les formes électroniques de commerce, que les règles de concurrence soient égalisées et que, d’une manière générale, la réglementation qui s’applique aux transactions ne passant pas par Internet soit également applicable en ligne. Cette attitude peut contribuer à s’assurer que les économies et les entreprises moins avancées dans l’utilisation d’Internet ne seraient pas doublement pénalisées du fait qu’elles continuent d’utiliser les méthodes de commerce traditionnelles.L’absence de consensus international explique jusqu’à un certain point l’appel à la coopération et le choix de formuler des directives sans caractère obligatoire telles que les recommandations et lignes directrices de l’OCDE. Ces textes énoncent les principes fondamentaux sur lesquels il est possible de fonder des stratégies de régulation et d’autorégulation, et prônent la cohérence et non l’harmonisation d’emblée. Les arrangements de cette nature peuvent également assurer une certaine protection aux pays en développement qui, à défaut, pourraient se trouver écrasés par leurs voisins plus avancés.De surcroît, l’OCDE a élaboré un certain nombre d’instruments à l’usage des pays industrialisés comme des pays en développement, dont les Lignes directrices de l’OCDE régissant la protection des consommateurs dans le contexte du commerce électronique (1999), et une analyse des aspects économiques et sociaux de ce type de commerce. L’organisation est également en train de préparer un guide pratique sur la manière de mettre en œuvre les Lignes directrices de l’OCDE régissant la protection de la vie privée et les flux transfrontières de données de caractère personnel, qui datent de 1980. Quant aux travaux sur les questions fiscales telles que le traitement des royalties, les taxes à la consommation et les moyens d’utiliser les technologies du commerce électronique pour alléger les ponctions fiscales, ils intéressent aussi bien les membres que les pays non membres de l’OCDE.Pouvoirs publics, entreprises ou individus, nous sommes tous touchés par la révolution des TIC dans notre vie professionnelle, en tant que citoyens consommateurs ou simplement en tant que personnes privées. Les enjeux en matière d’action sont parmi les plus excitants qui soient dans tout domaine économique. Cette révolution nous offre réellement l’occasion d’obtenir des avantages économiques et sociaux comme on en a rarement vu au cours du siècle écoulé. Si nous prenons véritablement au sérieux la réalisation de nos objectifs de coordination de nos actions, il est fort probable que chacun en sortira doublement gagnant.


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016