L'économie bulgare prête à décoller

OCDE Observateur
Les performances économiques actuelles de la Bulgarie sont impressionnantes au regard de la situation qui prévalait au début de 1997. Mais le pays doit faire face à un processus de restructuration long et douloureux avant de renouer avec une croissance durable.
La « petite lanterne rouge » des pays en transition d’Europe orientale connaît aujourd’hui une période prolongée de stabilité économique et politique sans précédent depuis l’abandon du régime de planification centralisée. Il faut dire que la Bulgarie était en proie à une crise économique et politique de grande ampleur. Début 1997, l’inflation, la dette publique et le déficit budgétaire échappaient à tout contrôle, les marchés financiers s’étaient pratiquement effondrés et les autorités bulgares n’ont pu défendre la monnaie nationale faute de réserves de change. Dans ce contexte économique, pour le moins désespéré, le nouveau gouvernement issu des élections d’avril 1997 a signé un accord avec le FMI et s’est engagé dans la voie de l’assainissement budgétaire et des réformes structurelles. Il a, en outre, créé une caisse d’émission et instauré un système de taux de change fixe par rapport au deutschmark.Les résultats de cette nouvelle politique économique, qui marque une rupture radicale avec le passé, sont assez remarquables : la hausse annuelle de l’indice des prix à la consommation qui frôlait les 600 % en 1997 est tombée à un niveau négligeable l’année suivante, les taux d’intérêt se sont rapidement détendus, le PIB a montré quelques signes de reprise et le processus de privatisations a été relancé. Les objectifs d’assainissement des finances publiques, quant à eux, ont pratiquement tous été atteints, sinon dépassés : de 17 % en 1996, le déficit budgétaire a été entièrement résorbé en 1998 et la dette publique est tombée de près de 70% du PIB à la fin de 1996 à moins de 15 % à la fin de 1998.La situation macro-économique et la stabilité financière de la Bulgarie ne semblent pas menacées dans un avenir proche. Grâce au maintien de taux d’intérêt relativement bas, les entrées de capitaux à court terme, potentiellement volatiles, ont été limités. De plus, le soutien du FMI au titre de la balance des paiements devrait suffire à assurer une balance extérieure à peu près équilibrée. Néanmoins, à moyen terme, les crises dans un certain nombre d’autres économies émergentes pourraient tout de même avoir un impact significatif sur les comptes courants de la balance des paiements. Les pays de la CEI continuent d’absorber une large part des exportations bulgares – 17% en 1997 – et la dépréciation monétaire en Russie et dans d’autres pays touchés par la crise pourrait avoir une incidence sur la compétitivité de la Bulgarie. A cela, devraient s’ajouter les retombées indirectes de la crise du Kosovo, qui risquent de compromettre les programmes de stabilisation et de réformes économiques dans les pays limitrophes. La République fédérale de Yougoslavie est une zone de transit très importante pour la Bulgarie – environ 60 % des exportations bulgares passent par ce pays. Même s’il reste possible de passer par la Roumanie, la destruction des ponts du Danube et les difficultés de transport terrestre ont sensiblement accru les coûts de transport de la Bulgarie.La guerre du Kososvo pourrait également entraîner une baisse de la confiance des investisseurs étrangers. Mais les difficultés à attirer les investisseurs étrangers avaient commencé à se manifester avant la crise des Balkans. Les statistiques de la balance des paiements révèlent en effet un ralentissement des entrées d’investissements directs et de portefeuille en 1998, par rapport à 1997 : celles-ci auraient chuté d’environ 500 millions de dollars à près de 300 millions en un an. Certes, le climat de l’investissement international dans les économies en transition était déjà globalement peu favorable durant cette période, mais s’agissant de la Bulgarie, les investisseurs étrangers se plaignent aussi de réglementations fiscales et autres dispositions qui leur sont appliquées.Dans le secteur bancaire, la situation s’est considérablement améliorée et l’on assiste à une certaine « renaissance des banques commerciales » (voir encadré). Globalement, le gouvernement bulgare semble être parvenu à jeter les premières bases de la reconstruction de l’activité des banques commerciales et du secteur financier après l’effondrement du système en 1996 et 1997. Mais les banques commerciales n’ont pas encore retrouvé leur fonction d’intermédiaires financiers entre l’épargne nationale et l’investissement intérieur. Depuis le début de la crise, elles investissent principalement dans des actifs relativement sûrs et liquides tels que les titres d’État étrangers et nationaux. Conséquence de la faible participation des banques commerciales au financement de l’économie, les entreprises, en particulier les PME, sont confrontées à une grave pénurie de liquidité alors qu’elles ne peuvent se retrancher sur un marché des actions encore à l’état embryonnaire et que la mise en place d’institutions permettant le développement du marché du crédit prendra certainement du temps.Le faible niveau de développement institutionnel du marché du crédit fait craindre des difficultés à l’avenir. Si les progrès de la stabilisation ont facilité le rebond du PIB après sa plongée vertigineuse au plus fort de la crise, celui-ci reste inférieur aux niveaux atteints précédemment. La croissance de la production totale d’un trimestre sur l’autre n’a pas vraiment progressé depuis la fin du premier semestre 1997. Or, d’une certaine façon, le conflit au Kosovo a porté les besoins de soutien à la balance des paiements de la Bulgarie au delà de ce qui était prévu par l’accord sur trois ans conclu avec le FMI en 1998. Ces besoins devraient toutefois être couverts par de nouveaux financements. Néanmoins, le poids de la dette extérieure demeure considérable – près de 80 % du PIB – et la charge annuelle du service de la dette extérieure officielle sera de l’ordre de 700 millions de dollars dans les prochaines années. Si ce fardeau est aujourd’hui supportable, l’obtention de prêts étrangers en dehors du programme du FMI pourrait se révéler difficile, à moins que les institutions internationales n’accordent de nouveaux concours dans le cadre d’une stratégie de reconstruction des pays de la région. Dans l’immédiat, on peut naturellement prévoir que le redressement de la production, des marchés financiers, et par là même du niveau de vie, sera un processus lent et difficile. L’équilibre budgétaire a été réalisé en partie au détriment des dépenses sociales qui ont été comprimées jusqu’à des niveaux assez bas par rapport à la plupart des autres économies en transition. Cette orientation politique n’est pas soutenable compte tenu des besoins considérables en matière d’aide sociale. La très forte inflation, le durcissement de la politique financière et le blocage de l’accès des ménages aux dépôts bancaires au cours du deuxième semestre de 1996 et au début de l’année 1997 ont eu une incidence très négative sur le niveau de vie de nombreux ménages bulgares, dont une grande partie vivait déjà à un niveau proche du seuil de pauvreté. Au début de l’année 1997, les pénuries alimentaires avaient même donné lieu à des émeutes dans certaines régions. Par la suite, les revenus et les salaires se sont légèrement redressés, mais ils sont toujours inférieurs à leurs niveaux de la fin de 1995 avant la crise, et relativement bas par rapport à la plupart des autres économies d’Europe orientale. Quant au chômage, il s’est aggravé, passant de 13,7 % en 1995 à 16 % en 1998. Compte tenu de l’importance des restructurations qui restent à réaliser, cela risque de poser de sérieux problèmes au cours des prochaines années. La population souffrira de nouveaux licenciements dans les grandes entreprises industrielles non rentables si le secteur privé se révèle incapable d’absorber l’excédent de main-d’œuvre.Face à ces enjeux sociaux, le gouvernement a prévu dans le budget de 1999 une hausse considérable des recettes publiques et des dépenses sociales. Mais en même temps, il a annoncé sa détermination à maintenir l’équilibre budgétaire et s’est déclaré résolu à restreindre davantage les dépenses si les recettes fiscales n’atteignent pas les niveaux escomptés. Le degré de réussite de la politique économique depuis le milieu de 1997 permet d’espérer que le gouvernement bulgare continuera de relever les défis considérables qui l’attendent en espérant toutefois que l’impact de la crise des Balkans reste limité.BibliographieÉtudes économiques de l'OCDE : Bulgarie, 1999, publication réalisée avec le concours du Centre pour la coopération avec les non-membres(CCNM)


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