Commerce électronique : du battage publicitaire à la réalité

Editorial
Les sociétés point-coms, qui étaient encore les enfants chéris des marchés boursiers il y a quelques mois, sont entrées en hibernation. Si je parle d’hibernation, c’est parce que certaines d'entre elles, celles qui ont une véritable valeur, referont parler d'elles. En revanche d'autres, qui ont fluctué à la hausse, portées par l'illusion du moment, ne pourront peut-être jamais regagner la confiance des investisseurs sérieux et, de fait, bon nombre d’entre elles ont déjà mis la clef sous la porte. Qu'est-ce que cela peut signifier pour l'avenir du commerce électronique ?
D'aucuns prétendront que le commerce électronique est une bulle qui vient de se dégonfler définitivement. D'autres considéreront au contraire cette période de ralentissement comme une pause, qui s'inscrit dans le cycle d'un processus irréversible de transformation des modes de fonctionnement des entreprises par Internet. Des arguments convaincants militent en faveur de chacun de ces deux raisonnements, mais il est trop tôt pour savoir lequel s’avérera. Je privilégie quant à moi un optimisme prudent.Nous nous trouvons ici en présence d'une application des technologies de l'information et des communications (TIC) qui est véritablement « transformante » à de nombreux égards. L'amélioration de la productivité observée ces dernières années dans les entreprises, notamment aux États-Unis, peut être attribuée pour une bonne part aux TIC, qui sont considérées comme l'un des éléments moteurs de ce qu'on appelle la nouvelle économie. La question est de savoir si la nouvelle technologie (et les nouveaux modes de fonctionnement) gagneront les secteurs de détail et de gros de l'économie et transformeront le comportement des acheteurs et des vendeurs. A mon avis, on peut y répondre par l'affirmative, mais cela demandera peut-être davantage de temps que ne le pensaient de nombreux optimistes.Quoi qu'il en soit, les TIC ne constituent pas un phénomène passager simplement appelé à céder sa place à la technologie suivante. On ne peut pas en dire autant de toutes les innovations qui les ont précédées. Ainsi, à l'Exposition mondiale de Chicago, en 1893, un savant avait prédit que le voyage aérien serait le mode de transport de l'avenir… Il ne parlait toutefois pas de l’avion (qui n’existait pas encore), mais d’un système de ballons qui devaient circuler sur des réseaux de câbles reliant les villes un peu à la manière des téléphériques alpins ! Quelqu’un avait aussi prédit, puisque des systèmes pneumatiques acheminaient le courrier quotidien dans les grandes villes, que des tubes pneumatiques achemineraient le fret sur tout le territoire des États-Unis. On voit un peu à quels égarements nous exposent les projections linéaires !La tentation de surestimer l'impact des nouvelles technologies est tout aussi grande. Si l'on prend par exemple l'énergie nucléaire, le président de l’Atomic Energy Commission, Lewis Strauss, affirmait dans un discours en 1954 : "Il y a tout lieu de prévoir que nos enfants connaîtront une époque où l’électricité sera si bon marché qu'il ne sera plus nécessaire de la mesurer". L'énergie nucléaire a fait parler d'elle à bien des égards au cours des années, mais il n'a jamais été question qu'elle soit gratuite.Nous nous sommes peut-être un peu emballés pour les nouvelles technologies des communications et les possibilités qu’elles nous promettaient, mais il reste que le commerce électronique nous a apporté des avantages incontestables. Nous sommes déjà nombreux à effectuer nos opérations bancaires, à organiser nos voyages et à commander des biens (même des produits d'alimentation) par voie électronique. C'est maintenant pratique courante pour beaucoup d'entre nous, et même pour ceux qu'il y a encore peu de temps auraient été considérés comme des technophobes attardés.A plus grande échelle, le prix des communications ayant baissé (elles ne sont même plus tarifées à la durée pour l'accès à Internet dans certains pays !), le commerce électronique a rapproché les marchés (et les populations) du monde, ouvrant de réelles possibilités de croissance aux pays en développement comme aux pays développés. Et quoi qu'il advienne des points-coms, c'est là une contribution des TIC qui ne saurait être remise en cause.Bien sûr, il y a encore à faire pour que tous les pays soient raccordés, pour réduire cette fracture numérique entre les privilégiés et les défavorisés de la technologie. Le nouveau Groupe d'experts sur l'accès aux nouvelles technologies (GEANT), auquel participent les pays du G8, plus huit pays en développement, la Commission européenne et quelque 13 organisations multilatérales dont l'OCDE, constitue par conséquent une étape importante en ce sens. Mais indépendamment de ces initiatives, il y a de bonnes raisons de croire que le commerce électronique continuera à se développer à un rythme toujours plus rapide. La déréglementation des télécommunications et le progrès technologique continueront de faire baisser les prix et d'améliorer l'accessibilité. Néanmoins, le commerce électronique est un monde nouveau et son progrès passe par la résolution de certains problèmes. Il reste du chemin à parcourir avant que ce nouvel espace marchand n’inspire au consommateur la confiance qui régit les rapports entre acheteurs et vendeurs dans le monde matériel. Nombreux sont en effet ceux qui donnent facilement leur numéro de carte de crédit par téléphone mais refusent de le transmettre dans le cyberespace. Ils s'inquiètent de la confidentialité des renseignements, des recours auxquels ils auraient accès en cas de livraison d'un produit défectueux, de défaut de livraison ou d'autres problèmes.Ces diverses questions sur le commerce électronique font l’objet du présent numéro de l'Observateur, qui s'intéresse à la fiscalité, aux relations administration/citoyen, à la protection de la vie privée et du consommateur dans le cyberespace, à l'éducation et au développement, à la compréhension de la technologie et à la maîtrise de ses abus.L'OCDE attache une très grande importance à ces questions. Elle travaille en étroite collaboration avec des pays non-membres, dont certains (comme Dubai ou Hong Kong, comme on pourra le constater dans le présent numéro) ont pris l'initiative en matière de développement du commerce électronique. L'organisation entretient également d’étroites relations avec le monde des affaires et les groupes de la société civile des marchés développés et émergents, pour tenter de trouver des solutions à ces problèmes internationaux. Tout le monde ne s'entend pas sur la marche à suivre, et il reste notamment aux gouvernements à parvenir à un accord sur certains aspects de l'imposition du commerce électronique. La tâche de l'OCDE à cet égard est de dégager un consensus qui permette de progresser ensuite avec une certaine confiance.Le commerce électronique est un phénomène prodigieux. Et bien qu'il soit peut-être aujourd'hui victime d'une publicité quelque peu excessive, il préfigure la réalité de demain.© L’Observateur de l’OCDE, Nº224, Janvier 2001


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