Les mandats de demain

OCDE Observateur
A Paris où l’OCDE a son siège, on a installé sur la Tour Eiffel un grand panneau lumineux qui indique le nombre de jours qu’il nous reste à parcourir d’ici au début du prochain millénaire. De loin, on peut apercevoir cette immense horloge. Au moment même où je rédige cet éditorial, le compte a rebours en est à 178 jours. Demain, ce sera 177 jours. Bientôt, il ne restera plus que 10 jours et, puis en un clin d’œil, on verra s’afficher un zéro, à moins que ce ne soit déjà le premier jour ? C’est un symbole important car, au cours des mois à venir, bien des gens ressentiront à la fois de l’excitation et de l’anxiété face au futur. Il y aura aussi un sentiment de nostalgie et l’envie de célébrer le passé car, à l’instar de chaque nouvel an, lorsqu’une nouvelle époque commence, une autre s’éloigne.
Bien entendu, il y aura motif à célébration. Qu’il s’agisse de la science, de la conquête de l’espace, de l’industrie, des loisirs ou de découvertes, l’homme a accompli des progrès extraordinaires au cours de la dernière moitié du siècle qui s’achève. La vie en 1999 est fort différente de ce qu’elle était en 1949. Nombreux sont ceux qui peuvent témoigner de cette époque, de l’espoir qu’elle a suscité, de l’effort de reconstruction après les dévastations de la guerre, du renouveau des idées et des technologies et de l’avènement de possibilités nouvelles. Ils étaient les mandants de l’avenir. L’OCDE est issue de cette fascinante période de reconstruction et de coopération internationale : elle a aidé les populations et les gouvernements, souvent découragés, à comprendre et à relever les défis auxquels ils étaient confrontés. Malgré nos réussites, certains défis auxquels nous avons dû faire face au cours des décennies passées ont été de véritables chocs, qu’il s’agisse de conflits politiques, de tragiques assassinats, de l’évolution des prix du pétrole ou du réchauffement de la planète. Il ne fait aucun doute que si nous avions eu une carte de l’avenir pour nous guider au fil des ans et, peut-être, éviter certains des écueils que nous avons rencontrés, je suis sûr que nous en aurions fait grand usage.Ceux qui sont aujourd’hui les mandants de demain sont plus nombreux et plus exigeants qu’auparavant. Peut-être parce que nous avons nous-mêmes connu des changements rapides, nous sommes plus conscients des liens qui nous lient aux générations futures. Mais ce n’est pas là la seule explication. Non seulement les gens vivent plus longtemps aujourd’hui, mais ils peuvent aussi espérer rester en bonne santé durant la majeure partie de leur vie. Et comme ils sont aujourd’hui plus responsables de leur bien-être personnel, ils sont de plus en plus nombreux à considérer que l’avenir est leur affaire. Il est vrai que les investissements qu’ils font à titre personnel ou qui sont faits en leur nom dans un cadre collectif dépendent de ce que l’on anticipe, et cela dans tous les domaines, qu’il s’agisse des retraites, de l’environnement, de l’énergie ou de la situation politique mondiale. En ces temps d’accélération de l’innovation et d’expansion vertigineuse, en particulier dans les domaines comme le commerce électronique et la biotechnologie, nous sommes contraints de trouver des réponses rapides, quoique réfléchies. Bien anticiper les évolutions futures, fût-ce avec une certaine imprécision, et nous donner à nous-mêmes la possibilité d’influer sur le cours des choses : voilà ce que nous demandent aujourd’hui, à juste titre, les mandants de demain.Le problème aujourd’hui, c’est que l’avenir arrive trop vite ! Bien entendu, le temps ne s’est guère accéléré, mais la rapidité du changement, engendrée par les technologies modernes, fait qu’il est de plus en plus difficile d’adapter les cadres de l’action publique, sans parler d’en créer de nouveaux. Mais nous devons nous y efforcer. La réaction de l’OCDE face à ce défi aura pris la forme du Programme sur l’avenir, lancé en 1990 afin de nous aider à réfléchir et à planifier. Le Dossier spécial de ce numéro de L’Observateur est précisément axé sur ce programme, et divers autres articles, dans cette édition spéciale de l’été, envisagent aussi l’avenir dans une perspective à long terme, généralement sur 50 ans. L’OCDE a un rôle important à jouer dans l’édification d’un nouvel âge. Les défis vont s’intensifier et de nouveaux problèmes ne manqueront pas de se poser, au niveau local comme au niveau mondial. L’OCDE sera présente pour équilibrer les objectifs, prémunir contre les aléas et mettre ses compétences à profit pour faire connaître les pratiques optimales aux gouvernements des pays membres. L’OCDE ne cherche pas à diffuser une idéologie figée ou un point de vue unitaire. Ce n’est pas non plus un club fermé : cette année, à l’occasion de la réunion du Conseil au niveau des ministres, l’Organisation a clairement manifesté son sens des responsabilités mondiales en ouvrant, pour la première fois, un dialogue avec les non-membres. L’OCDE se doit de réfléchir sur elle-même, tout comme elle réfléchit à la situation dans les pays membres. Elle doit sans cesse actualiser ses connaissances pour s’assurer d’être en mesure de répondre aux attentes des citoyens de demain. C’est là le sens de notre engagement en faveur de l’apprentissage à vie ! Quand j’aperçois cette horloge, sur la Tour Eiffel, qui égrène les jours, et que je vois la foule des jeunes touristes pleins d’excitation, je me dis que c’est bien ce qu’attendent de nous ces mandants de demain.


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