Donner toute leur place aux femmes

Direction de la coopération pour le développement
Promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes est un objectif dont l’importance ne saurait être sous-estimée. Les sept objectifs de développement exposés dans ce Dossier spécial sont étroitement liés, mais certains d’entre eux, comme le recul de la pauvreté, l’amélioration de l’éducation et la réduction de la mortalité maternelle, ont peu de chances d'être atteints si un rapport de force plus égal ne s’établit pas entre les sexes. Partout où l’inégalité maintient les femmes dans la pauvreté et l’analphabétisme, compromet leur santé et la vie de leurs enfants, c’est aussi le potentiel de développement économique qu’elle hypothèque fortement. La question est donc de savoir comment réduire cette inégalité, voire comment la faire disparaître complètement.
Promouvoir l’égalité hommes-femmes est l’une des voies à privilégier. L’objectif est de s’attaquer à la discrimination par des programmes et des stratégies qui améliorent les capacités et les perspectives des femmes  ou des hommes, s’ils sont désavantagés , tout en les rendant plus conscientes de leurs droits grâce à des campagnes d’information, à la formation et à l’éducation. L’accent doit être mis sur des initiatives qui aident les femmes (et les hommes) à devenir les acteurs de leur développement et de leur émancipation. Et ces stratégies de développement répondent d’autant mieux aux besoins spécifiques des hommes et des femmes, et prennent d’autant mieux en compte leurs perspectives, si l’on a analysé au préalable leurs effets possibles.Un projet de riziculture irriguée mené dans le Nord du Cameroun en est la parfaite illustration. Ce projet n’a suscité qu’un faible intérêt chez les agriculteurs et environ un tiers de la zone est resté inexploité. Faute d’avoir analysé l’impact du projet sur les hommes et les femmes, ses concepteurs n’avaient tout simplement pas conscience des conflits pouvant exister au sein des ménages à propos des questions de répartition des tâches et de rémunération. Les femmes n’ont pas reçu de terres car l’on s’attendait à ce qu’elles travaillent sur les parcelles de leur mari. Conformément à la tradition, leur mari leur devait une rémunération en échange de leur travail. Or, beaucoup de femmes, estimant que la rémunération qui leur était versée était insuffisante, ont consacré moins de temps à la culture du riz, si bien que des terres potentiellement fertiles sont restées inexploitées .Cette analyse préalable consiste à apprécier dans quelle mesure les opportunités, les savoir-faire, les connaissances, les revenus ou le bien-être des individus bénéficieraient ou, au contraire, pâtiraient de la mise en œuvre d’une activité, d’un projet ou d’un programme de développement. Une même activité peut en effet s’avérer bénéfique pour un sous-groupe d’une communauté donnée et néfaste pour un autre. Dans ce cas, l’activité doit être revue afin d’avoir un impact plus égal sur les divers groupes. Les femmes constituent à l’évidence un sous-groupe exposé.Des pays tels que les Philippines, la Jamaïque et l’Afrique du Sud, ont des stratégies de lutte contre la discrimination hommes-femmes, et ces stratégies semblent porter leurs fruits. Les taux d’alphabétisation ont augmenté, fût-ce légèrement, et davantage de femmes travaillent dans la fonction publique ou occupent une fonction élevée dans les affaires. Elles sont peut-être encore l’exception, mais c’est un début.Les stratégies visant à promouvoir l'égalité hommes-femmes sont efficaces, et c’est là un point essentiel, dans la mesure où elles assurent que les perspectives des femmes et des hommes sont systématiquement prises en compte dans les processus décisionnels, depuis la conception des programmes jusqu’à leur suivi, en passant par leur mise en œuvre.Cette solution n’est pas aussi facile à mettre en œuvre qu’on pourrait l’imaginer et, en pratique, elle ne peut être couronnée de succès que si certaines conditions sont remplies. Ainsi, les dirigeants (ministres du développement et directeurs d'agences, ministres des pays en développement) doivent-ils s’engager explicitement en faveur d’une politique claire. Les mesures propres à donner une dimension institutionnelle à la problématique hommes-femmes vont de la mise en place de ministères de la femme, aux lois imposant le recours à l'analyse par sexe dans la formulation des politiques (Afrique du Sud), en passant par des législations électorales volontaristes (Inde) ou des lois sur l’égalité des droits des femmes et des hommes dans le travail et l’emploi (Philippines). Et ces mesures seront d’autant plus efficaces qu’elles s’accompagneront de campagnes d’information montrant les effets positifs des progrès de l'égalité entre les sexes sur l’économie et le niveau de vie. Pour réaliser des progrès, il est utile de pouvoir s'appuyer sur un réseau de personnes motivées, en mesure de partager les connaissances, l’information, l’expérience et les meilleures pratiques à travers des instruments efficaces comme l’Internet. De tels réseaux n’apparaissent pas par magie, mais il est surprenant de constater avec quelle rapidité les différents acteurs – gouvernements, entreprises, ONG – sont capables de travailler ensemble une fois que la voie a été tracée.Les responsables gouvernementaux peuvent jouer un rôle moteur, par exemple en donnant aux fonctionnaires les compétences nécessaires pour identifier les problèmes et imaginer les actions à mener. Ils peuvent aussi encourager le secteur privé à suivre leur exemple. Il faudra ensuite des rapports, des évaluations et un suivi, qui devront s’inscrire dans la durée et la transparence. Et, bien entendu, des ressources financières. C’est peut-être là l’aspect le plus ardu de la question (et l'aide des donneurs sera appréciée), mais les résultats à en attendre valent tous ces efforts.© L’Observateur de l’OCDE, Nº223, Octobre 2000


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