Ce qu’implique la réalisation des objectifs

Direction de la coopération pour le développement
La République de Corée, la Malaisie et le Maroc sont au nombre des quelques pays qui, en moins d’une génération, ont réussi à réduire de moitié le nombre de leurs habitants vivant dans la pauvreté. En Inde, les Etats de l’Haryana, du Kerala et du Penjab ont obtenu des résultats fort semblables. Une douzaine d’autres pays -- dont le Botswana et Maurice -- sont, de leur côté, parvenus à faire baisser d’un quart, voire plus, leur taux de pauvreté. L’expérience de ces divers pays a inspiré de nombreux ouvrages et pourrait se révéler riche d’enseignements pour d’autres pays. Après tout, si eux y sont parvenus, d’autres le peuvent aussi. Toute la question est de savoir comment.
Des moyens d’expression et des choix pour les pauvres, une stabilité et une croissance économiques favorables aux pauvres, des services sociaux de base pour tous, l’ouverture aux échanges et à la technologie, et enfin l’affectation d’un volume suffisant de ressources au développement et la bonne utilisation de ces dernières, telles sont les cinq conditions dont Un monde meilleur pour tous, dont s’inspire nombre des articles du présent Dossier spécial, recommande l’instauration pour faire refluer l’extrême pauvreté.Des moyens d’expression et des choix pour les pauvresLe point de départ de la stratégie proposée est la démarginalisation des pauvres. Cela suppose d’ouvrir l’espace politique pour permettre aux pauvres de s’organiser. Cela implique aussi d’élargir l’éventail des possibilités offertes aux femmes et aux minorités en les encourageant à participer aussi pleinement que possible à la vie politique et à ses institutions. La démocratisation n’est pas seulement affaire d’élections. Elle doit contribuer à favoriser l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’ouverture de la société civile et la liberté de la presse, autant de facteurs qui rendent les gouvernements comptables de leurs promesses et de leurs actes.Donner au peuple des moyens d’action nécessite une adhésion aux principes de respect des droits de l’homme et de la primauté du droit. Signer des traités est un bon moyen pour les pays de manifester leur adhésion à ces principes : la moitié des pays du monde ont aujourd’hui ratifié les six conventions relatives aux droits de l’homme, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) et la Convention sur les droits de l’enfant, contre un dixième il y a seulement dix ans.La démocratisation exige en outre l’élimination de la corruption (voir le Dossier spécial consacré à la corruption dans le n° 220 de L’Observateur, 2000). Un gouvernement honnête et attentif favorise -- et même incarne -- le développement humain. Donner au peuple des moyens d’action, tirer le maximum des ressources mises au service du développement et faire refluer la pauvreté, tout cela est indissociable de la mise en place d’institutions solides et efficaces, d’un renforcement des capacités administratives, de l’encouragement de la participation à l’échelon local et d’une amélioration de l’environnement dans lequel opèrent les entreprises.Une croissance économique favorable aux pauvresLa croissance économique ne garantit pas en soi la réduction de la pauvreté, même si elle est à l’évidence indispensable pour que cette dernière puisse s’inscrire dans la durée. Encore faut-il que cette croissance soit favorable aux pauvres, c’est-à-dire qu’elle crée pour ces derniers des possibilités d’activités rémunératrices qui leur procurent des revenus plus décents, qu’elle les aide à exploiter leur potentiel productif et qu’elle leur permette de subvenir à tout le moins aux besoins essentiels de leurs familles. Cela implique de stimuler l’activité des petites entreprises, même informelles, dans les zones urbaines comme dans les zones rurales. Le plus souvent, il faut à cet effet prendre des mesures visant à améliorer le régime des droits de propriété, les rapports de force dans les négociations, et l’accès au crédit, à la formation et aux nouvelles technologies. En résumé, une croissance favorable aux pauvres doit viser à réduire les inégalités en améliorant les possibilités offertes à toutes les catégories de la société, et surtout aux femmes démunies. La Chine et la Malaisie par exemple sont parvenues à instaurer une croissance favorable aux pauvres. Le problème, c’est qu’il faut maintenant réussir à accélérer sensiblement la croissance favorable aux pauvres dans de nombreux autres pays, notamment dans les 30 pays en développement dont le revenu réel par habitant est aujourd’hui inférieur à son niveau d’il y a 35 ans.Des services sociaux de base satisfaisantsAssurer la fourniture de services sociaux de base est bien sûr une composante essentielle de toute stratégie de croissance favorable aux pauvres et de développement à long terme. Au Sommet sur le développement social, qui s’est tenu à Copenhague en 1995, les dirigeants de la planète ont proposé, à titre indicatif, que 20% des dépenses budgétaires et des apports d’aide, respectivement, soient consacrés aux services sociaux de base. L’enveloppe budgétaire allouée à ces derniers a certes été accrue ces derniers temps dans de nombreux pays, par exemple la République dominicaine, le Guatemala, le Malawi et la Namibie, mais ce pourcentage n’est atteint que dans peu de pays en développement et par peu d’organismes donneurs. Il est pourtant urgent d’investir dans l’enseignement (en particulier dans l’instruction des filles, qui peut apporter beaucoup) ainsi que dans la mise en place de services de qualité, efficaces par rapport leur coût, pour les pauvres dans les domaines des soins de santé, de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de la satisfaction d’autres besoins essentiels encore.Afin de couvrir le coût de ces services, une solution consiste à recourir à la fiscalité, laquelle doit avoir une base large, équitable et juste. En moyenne, les recettes fiscales effectives représentaient moins de 10% du PIB dans les pays à faible revenu en 1994-98, contre quelque 20% dans les pays à revenu intermédiaire et plus de 25% dans les pays à revenu élevé. Ce qu’il faut en l’occurrence c’est moins accroître les impôts qu’en améliorer le recouvrement.L’accès aux échanges, à la technologie et aux idéesLa mondialisation offre d’immenses possibilités aux pays en développement en leur permettant d’accéder au stock mondial de connaissances, à des technologies nouvelles de production des biens et services et aux marchés mondiaux. Plusieurs pays ont tiré profit de ces possibilités nouvelles, par exemple l’Inde qui est en train de s’acquérir une réputation dans le domaine des nouvelles technologies.Le champ de ces possibilités a encore été élargi par la forte baisse du coût des télécommunications depuis une vingtaine d’années, sans compter que la généralisation du téléphone cellulaire et l’Internet ont été une bénédiction pour, par exemple, les négociants ghanéens en cacao, qui doivent se tenir informés des cours mondiaux. Le transfert de connaissances et d’idées est fondamental pour le développement de n’importe quel pays, et il est essentiel de parvenir à raccorder l’ensemble de la société civile et des entreprises des pays en développement à ces réseaux prometteurs. Cela implique vraisemblablement de gros investissements dans les télécommunications et les réseaux de distribution d’énergie, mais les coûts ne cessent de diminuer et les nouvelles technologies (cellulaires en particulier) sont de plus en plus faciles à déployer. Acquérir la technologie n’est bien sûr pas le tout. Il est à l’évidence du devoir des pays à haut revenu d’abaisser les droits de douanes et autres barrières commerciales qui frappent les importations en provenance des pays en développement, notamment de produits alimentaires et textiles. Les pays riches se doivent par ailleurs d’aider les plus pauvres à se forger les moyens de commercer efficacement, par exemple en les aidant à négocier avec leurs partenaires commerciaux et, si possible, à atténuer leur dépendance à l’égard des produits de base. Pour tirer avantage de la libéralisation, les pays pauvres eux-mêmes doivent réduire leurs droits de douanes et autres obstacles aux échanges, en particulier dans les secteurs dans lesquels ils ont une assez bonne chance de soutenir la concurrence sur les marchés mondiaux et où l’ouverture à la concurrence mondiale serait incontestablement bénéfique en termes de capitaux et de croissance. Ils doivent rationaliser les systèmes régissant leur courants d’importations et d’exportations et les mouvements de capitaux. Ils doivent aussi faire de leur mieux pour minimiser les facteurs d’instabilité en menant des politiques budgétaires et monétaires cohérentes qui contribuent, dans l’ensemble, à l’instauration d’une croissance favorable aux pauvres.Une utilisation efficace et équitable des ressourcesLe développement nécessite des ressources financières. Une grande partie de ces dernières provient de l’épargne privée et une autre partie importante de l’épargne publique. Ce qui a stimulé la croissance de nombreux pays d’Asie de l’Est, c’est le niveau élevé de leur taux d’épargne, lequel excédait dans de nombreux cas 30% du produit national brut. Dans de nombreux pays africains, en revanche, le taux d’épargne ne représente pas plus de 10 à 15% du revenu national, ce qui est insuffisant pour alimenter une croissance assez rapide pour extraire davantage de leurs citoyens de la pauvreté.Les ressources disponibles doivent être utilisées avec sagesse, pour financer des projets ouvrant des perspectives de développement à long terme et la fourniture aux pauvres de services essentiels, et non pour subventionner des services destinés aux riches, par exemple la construction d’un somptueux hôpital en plein centre d’une ville. Les dépenses affectées au développement seront d’autant plus rentables si le niveau des ressources, qu’il s’agisse des recettes fiscales et douanières ou des apports d’aide, est prévisible, grâce à un système efficace de recouvrement des impôts, et si les services publics ont les moyens de veiller à l’efficience de leurs opérations.Certaines régions n’ont quasiment d’autre source de financement extérieur que l’aide. Les apports de capitaux privés peuvent faciliter sensiblement les efforts de développement déployés à l’échelon national. Or, ces apports sont concentrés sur moins d’une vingtaine de pays en développement et certains d’entre eux, comme les concours obligataires et les prêts bancaires, sont sujets à de brusques retournements ainsi qu’on a pu le voir lors de la crise asiatique à la fin des années 90. Les pays en développement doivent mettre en place des conditions de nature à inciter les investisseurs aussi bien étrangers que locaux à effectuer des placements à plus long terme. C’est exactement ce que commencent à faire des pays comme le Mozambique et l’Ouganda, qui ont entrepris de rendre plus stable leur environnement politique et économique, et plus accueillant et plus transparent leur environnement réglementaire. L’aide extérieure joue un grand rôle pour favoriser le développement, en particulier dans les pays pauvres. La plupart des pays de l’OCDE se sont fixés pour objectif d’affecter à l’aide un montant équivalant à 0.7% de leur PNB mais seuls le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède ont réussi à atteindre cet objectif. Pire : la disposition à aider les pays en développement s’est affaiblie au cours des années 90. En cinq ans seulement, de 1992 à 1997, l’aide consentie par l’ensemble des pays Membres de l’OCDE a chuté de 0.33 à 0.22% de leur PNB collectif ; un terme a cependant été mis à cette tendance en 1998 et 1999. Les donneurs doivent accroître leur aide aux pays pauvres. Une accélération des allégements de dette est également indispensable pour que soient atteints les objectifs de réduction de la pauvreté.Cela dit, les donneurs doivent aussi faciliter l’accès à leurs marchés, notamment en levant les droits de douane et les contingents appliqués aux produits en provenance des pays pauvres. Ils doivent en outre financer des programmes susceptibles de se révéler bénéfiques pour de nombreux pays, par exemple des recherches sur les vaccins contres les maladies tropicales. En fait, atténuer les souffrances humaines, réduire le nombre de conflits violents, préserver l’environnement et endiguer la propagation de fléaux d’envergure mondiale comme VIH/SIDA sont autant de clés qui ouvriront la voie à la croissance et à un recul de la pauvreté dans les pays les plus pauvres et les moins avancés.Un consensus incontestable se dégage pour dire que toute stratégie de lutte contre la pauvreté se doit de présenter un caractère pluridimensionnel. Cela ressort clairement du rapport Un monde meilleur pour tous diffusé conjointement par les Nations unies, le FMI, la Banque mondiale et l’OCDE en juin 2000. Il est également évident, au vu des réactions qu’a suscitées ce rapport, que les opinions diffèrent concernant les domaines sur lesquels l’action doit porter en priorité : faut-il commencer par stimuler la croissance, par améliorer l’équité, par accélérer la mondialisation ou par renforcer la libéralisation des échanges ?Plusieurs organisations non gouvernementales ont formulé de sévères critiques sur Un monde meilleur pour tous, estimant qu’une attention insuffisante y est portée aux problèmes soulevés par les pratiques commerciales déloyales, la diminution de l’aide, l’inadéquation des allégements de dette, et le gouvernement des institutions financières internationales. Elles ont fait valoir qu’en l’absence de changements radicaux dans ces domaines, il serait illusoire d’espérer un recul sensible de la pauvreté. Elles jugent le rapport partial car, selon elles, il met trop l’accent sur les mesures que doivent prendre les pays en développement et pas assez sur les responsabilités et les engagements du monde industrialisé, engagements qui, à leurs yeux, n’ont pas été respectés.En fait, le rapport évite d’incriminer qui que ce soit. Il énonce des recommandations générales qui, si elles sont suivies d’effets, pourraient conduire à un recul significatif de la pauvreté pour 2015. Chacun a un rôle à jouer pour faire en sorte que les objectifs soient atteints. C’est pourquoi, comme le souligne Un monde meilleur pour tous, le partenariat revêt une telle importance -- partenariat entre pays en développement et pays à haut revenu, gouvernements, société civile et secteur privé, et entre des organisations internationales comme les Nations unies, la Banque mondiale, le FMI et l’OCDE, lesquels se doivent de rester les animateurs d’une discussion et d’un débat ouverts sur les progrès du développement et les politiques à mettre en œuvre dans ce domaine tout en veillant à ce que l’action engagée soit à la hauteur des engagements souscrits. Dans un partenariat, une partie n’a pas imposer ses vues à l’autre ; le partenariat doit au contraire résulter d’une décision conjointe -- du Nord et du Sud -- d’œuvrer ensemble à la réalisation d’objectifs qui, en l’occurrence, suscitent une adhésion sans pareille à l’échelle mondiale. Ce n’est pas facile mais c’est faisable, et c’est une tâche à laquelle nous avons le devoir de nous atteler.© L’Observateur de l’OCDE, Nº223, Octobre 2000


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