Rendre le développement durable

Objectif : Appliquer des stratégies nationales axées sur le développement durable d’ici à 2005, de manière à réparer les dommages causés aux ressources environnementales à l’horizon 2015
Direction de la coopération pour le développement
Devons-nous vraiment nous soucier de l’environnement alors que plus d’un milliard d’hommes au monde vivent dans une extrême pauvreté et que des maladies qu’il serait possible de prévenir constituent la cause majeure de mortalité dans les pays en développement ? La réponse paraît évidente si l’on se souvient que les activités basées sur les ressources naturelles, telles que l’agriculture, la sylviculture et la pêche, apportent aujourd’hui encore une contribution plus importante à l’économie des pays en développement que l’industrie ou les services. Et comme un grand nombre de pauvres tirent directement leur subsistance de ces activités, la dégradation de l’environnement les touche plus que d’autres.
Ces gens sont exposés à la pollution de l’air et de l’eau et sont très vulnérables aux effets de la désertification, de la perte de fertilité des terres ainsi qu’aux catastrophes telles que les inondations et les glissements de terrain, d’origine humaine ou naturelle. Une meilleure gestion de l’environnement peut améliorer directement leurs conditions de vie, accroître leur productivité et créer une dynamique propice à un développement durable.Sauvegarder l’intégrité des ressources naturelles clés est la condition préalable à l’amélioration du bien-être dans l’immédiat et à la préservation des activités productives des pauvres sur le long terme. Cela signifie notamment qu’il faut concilier les besoins des différents utilisateurs et empêcher que les pressions concurrentes sur des ressources de plus en plus rares ne dégénèrent en conflits violents, à l’échelon local ou international.Lors de la Conférence de Rio sur l’environnement et le développement (CNUED), en 1992, les gouvernements se sont engagés à formuler et à mettre en œuvre des stratégies nationales axées sur le développement durable. Cinq ans plus tard, lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, un sentiment d’urgence croissante a conduit les gouvernements à fixer à 2002 la date butoir pour l’introduction de ces stratégies dans tous les pays. Dans la stratégie de coopération pour le développement énoncée par l’OCDE dans le document intitulé Le rôle de la coopération pour le développement à l’aube du XXIè siècle, les pays donneurs s’engagent à aider les pays en développement à respecter cette date butoir.« La taille unique ne va pas à tout le monde »Il n’existe pas de stratégie unique de développement durable. Chaque pays doit arrêter la sienne en fonction de ses priorités économiques et sociales, de ses valeurs culturelles, de ses institutions et de ses structures politiques. Par ailleurs, la diversité des problèmes environnementaux auxquels sont confrontés les différents pays, avec leurs caractéristiques géographiques, écologiques et climatiques propres, rend indispensable une approche au cas par cas. En outre, l’introduction d’une stratégie de développement durable n’implique pas nécessairement la mise en place de nouveaux processus, de nouveaux plans ou de nouvelles institutions. Tel ou tel pays pourra mener une politique et avoir mis en place des mécanismes institutionnels qui favorisent un développement durable  par exemple parce ce que les plans de développement industriel doivent prendre en compte les conséquences à long terme sur des ressources telles que l’air ou l’eau  sans qu’il existe pour autant une stratégie ou un document officiel à l’appui du développement durable. A l’inverse, tel ou tel autre pourra s’être doté d’une stratégie officielle de développement durable et ne pas la mettre en œuvre. Il n’est pas facile de déterminer si un pays possède ou a entrepris de mettre en place les éléments constitutifs d’une stratégie de développement durable, autrement dit s’il est à même de cerner les principaux facteurs de nature à freiner ou à favoriser son développement, de mobiliser les acteurs publics et privés autour d’objectifs communs et d’intégrer les considérations de durabilité dans sa politique de développement.Afin d’apporter des éléments de réponse à ces questions, le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE a entrepris de définir des bonnes pratiques à l’intention des donneurs désireux d’aider les pays en développement à formuler et à mettre en œuvre des stratégies de développement durable. Le partenariat revêtant une importance capitale pour l’élaboration de ces stratégies, les travaux du CAD lui-même sont réalisés en consultation avec d’autres acteurs intervenant dans le domaine du développement.Les Philippines constituent un bon exemple de ce point de vue. Après le Sommet de Rio, en 1992, ce pays a en effet institué un conseil pour le développement durable. Le gouvernement, la société civile et le monde des affaires se sont mobilisés autour d’un objectif commun : supprimer l’utilisation de l’essence au plomb pour avril 2000. Les grands axes de l’action à mener sont exposés dans un document intitulé Agenda 21. Certaines grandes entreprises ont pris des initiatives visant à instaurer des modes de production respectueux de l’environnement telles que la réutilisation des sous-produits, la réduction des émissions de polluants et l’insertion de dispositions concernant l’environnement dans les conventions collectives avec les syndicats.Suivi à l’échelon local et mondialSi nombre de problèmes environnementaux, tels que le changement climatique et la déforestation, ont à l’évidence une dimension planétaire, c’est généralement au niveau local, national ou régional que se font le plus sentir les effets des dommages causés à l’environnement. Les pénuries et la pollution de l’eau, l’érosion des sols, la dégradation de la forêt, des mangroves ou du récif corallien nuisent d’abord et avant tout aux communautés locales, qui y sont directement exposées. Même la pollution de l’air varie considérablement d’un quartier à l’autre d’une même ville et plus encore d’une région à l’autre d’un même pays. Par conséquent, la plupart des indicateurs environnementaux rendent surtout compte de la situation qui prévaut au niveau local. Se doter de moyens de contrôler l’état de l’environnement et l’impact des dégradations sur la vie des populations constitue donc une composante majeure des efforts que doit engager tout pays désireux de définir une stratégie de développement durable.Il n’en reste pas moins qu’il existe de bons indicateurs universels du développement humain auxquels une bonne stratégie de développement peut recourir. L’accès à une eau saine est l’un d’entre eux, et c’est en même temps un objectif de développement fondamental. Près de 20 % de la population mondiale n’ont que des sources d’approvisionnement non traitées pour satisfaire leurs besoins quotidiens en eau. Les citadins sont mieux lotis que les habitants des zones rurales, mais même l’eau courante fournie par les services de distribution municipaux peut être contaminée par des organismes pathogènes et des polluants industriels. Pour les populations qui n’ont pas accès à une eau saine, se procurer les approvisionnements strictement nécessaires est un combat journalier, avec la menace permanente de contracter une maladie véhiculée par l’eau. Un autre problème d’envergure mondiale est celui de la déforestation. Sans l’intervention de l’homme, la planète serait en grande partie couverte de forêts. L’exploitation non écologique et les dégradations ont coûté à l’humanité des millions d’hectares de forêts, la privant des produits du bois ou des produits non ligneux, économiquement importants, que peut procurer la forêt. Au début des années 90, quelque 17 millions d’hectares de forêt tropicale – quatre fois la superficie de la Suisse – étaient mis à blanc tous les ans. A ce rythme, 5 à 10 % des espèces que recèle la forêt tropicale auront disparu d’ici trente ans. Sans compter que la déforestation provoque une érosion des sols et un dérèglement des systèmes hydrologiques et climatiques. Elle détruit aussi directement les moyens de subsistance des peuplades de la forêt – souvent des tribus indigènes qui comptent parmi les populations les plus marginalisées et les plus vulnérables de la planète.L’utilisation (et la surutilisation) de l’énergie, avec les conséquences qui en découlent pour la qualité de l’air, est, elle aussi, un problème qui intéresse l’ensemble de la planète. Des ajustements sont nécessaires, principalement de la part des pays développés, afin de permettre une croissance plus rapide des pays en développement sans qu’il en résulte une nouvelle dégradation de la qualité de l’air ambiant. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques vise à stabiliser le volume de dioxyde de carbone (et d’autres gaz à effet de serre) stocké dans l’atmosphère avant qu’il n’atteigne un niveau qui risquerait de dérégler le système climatique mondial. L’instauration progressive de modes de développement économique respectueux du climat dépendra de la mesure dans laquelle la croissance économique pourra être libérée de sa sujétion à l’utilisation d’énergie (voir dans l’Observateur n° 221/222, été 2000, l’article intitulé « 2020 : une vision plus claire pour un environnement de meilleure qualité »).Cela n’ira pas sans mal. Les pays riches utilisent l’énergie de manière plus efficiente et emploient des technologies plus propres, mais au total, le volume de leurs émissions est plus important. A mesure de leur développement, les pays pauvres parviendront sans doute aussi à améliorer leur rendement énergétique, c’est-à-dire à produire davantage de biens et de services à partir d’une même quantité d’énergie. Il n’en reste pas moins que l’économie totale d’énergie résultant des gains d’efficience sera plus que compensée par l’accroissement de la consommation totale. En conséquence, si les pays pauvres se contentent d’adopter le modèle en vigueur aujourd’hui dans les pays à haut revenu, leur consommation totale d’énergie continuera d’augmenter et, avec elle, leurs émissions de gaz à effet de serre.Fort heureusement, les mesures visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, par exemple par l’amélioration du rendement énergétique dans les transports ou dans l’industrie, recoupent celles qui contribuent à atténuer la pollution à l’échelon local. Cela vaut pour les pays riches – qui émettent le plus de dioxyde de carbone - comme pour les pays en développement. La solution à long terme au problème du changement climatique passe par une transformation radicale des modèles de consommation d’énergie, dans les pays développés comme dans les pays en développement, afin de rompre la dépendance à l’égard des combustibles fossiles. Un tel changement de cap exige une volonté politique et une coopération mondiale, et appelle des innovations sur les plans institutionnel, technique et social.Références :PNUD/UNED/Banque mondiale/World Resources Institute, A Guide to World Resources 2000-2001 : People and Ecosystems : The Fraying Web of life. 2000.OCDE, Contrer le changement climatique : Le Protocole de Kyoto. Paris 1999.OCDE, La coopération pour le développement et la suite à donner à la Conférence de Kyoto – Forum de l’OCDE et de l’AIE sur le changement climatique, Paris 1998.


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