Augmenter les chances de survie des enfants

Objectif : Réduire des deux tiers les taux de mortalité infantile et juvénile entre 1990 et 2015
Joe avait tout d’un enfant normal. Son poids n‘avait rien de préoccupant, son sourire était joyeux et il riait aux éclats quand il jouait avec ses amis. Rien d’anormal dans la vie de Joe, si ce n’est qu’il est malheureusement mort une semaine avant de pouvoir fêter son cinquième anniversaire.
Dans les pays en développement, près de 30 millions d’enfants sont aujourd’hui privés des vaccins courants. Onze millions d’enfants de moins de cinq ans meurent chaque année alors que la plupart de ces décès pourraient être évités. Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans constitue l’un des meilleurs indicateurs du progrès social, mais il a diminué d’à peine 5 % dans les années 1990. Un progrès qui est loin d’être suffisant.Pourquoi les enfants sont-ils ainsi laissés pour compte ? La réponse est à la fois simple et complexe. Simple, parce que la plupart des pays investissent trop peu dans le bien-être de leurs enfants. Les services sociaux de base représentent en moyenne moins de 15 % du budget des pays en développement (soit environ 150 milliards de dollars). Et les pays industrialisés leur consacrent en moyenne environ 11 % de leur aide ciblée (soit 4 milliards de dollars). Pour permettre à tous les enfants de prendre un bon départ dans la vie, il suffirait pourtant d’affecter environ 100 milliards de dollars supplémentaires par an aux services sociaux de base au niveau mondial. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il représente seulement 0,33 % du revenu mondial. Une somme d’autant moins élevée quand on sait qu’elle assurerait la survie des enfants vulnérables. Avec une pointe de cynisme, on pourrait dire que c’est une formidable opportunité de placement. Lors du Sommet social de Copenhague, en 1995, les dirigeants mondiaux ont suggéré qu’environ 20 % des dépenses budgétaires et 20 % des flux d’aide soient consacrés aux services sociaux de base.Même si des ressources relativement modestes permettraient de réduire la mortalité infantile, cet objectif n’est pas encore atteint, loin s’en faut. Des facteurs plus complexes interviennent. Il ne suffit pas d’investir davantage dans la santé des enfants, il faut également instaurer l’équité et l’efficience sans lesquelles cet investissement ne peut porter ses fruits. C’est en partie une question de gestion, mais cela suppose aussi de lutter efficacement contre les grands fléaux que sont notamment l’épidémie de sida, la malaria, les maladies diarrhéiques et la pneumonie, autant de maladies pour lesquelles des vaccins doivent être développés. Comme il faudrait de plus mettre un terme aux conflits armés et alléger le poids écrasant de la dette, on comprend que la lutte contre la mortalité infantile ne se résume pas à une simple question de budget.Face à cette tâche immense, quelques mesures relativement simples peuvent être prises. L’éducation, et celle des filles en particulier, est fondamentale en soi, mais elle joue aussi un rôle essentiel à plusieurs niveaux, comme l’expliquent d’autres articles de ce Dossier spécial. Tout d’abord, les risques de malnutrition infantile et de mortalité chez les moins de cinq ans sont étroitement liés au niveau d’instruction de la mère : lorsque la mère est illettrée, ces risques sont deux à trois fois plus élevés que lorsqu’elle a un niveau d’éducation primaire !Le niveau d’instruction et le succès dans la lutte contre le sida sont également liés. Les taux d’infection par le sida diminuent ainsi rapidement chez les personnes instruites dans plusieurs pays africains. Le risque de mortalité prématurée chez les enfants dont la mère est allée au-delà de l’école primaire a diminué même dans les pays les plus touchés par l’épidémie, où les taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans ont pourtant augmenté dans les années 1990. Pour simplifier, l’éducation offre une certaine protection contre l’infection par le sida et d’autres maladies mortelles pour les enfants.L’accroissement des inégalités en termes de niveau d’éducation et de taux de mortalité est le reflet des inégalités de revenu croissantes entre riches et pauvres observées dans de nombreux pays. Ces inégalités font de nombreuses victimes parmi les enfants, qui constituent un groupe particulièrement vulnérable. Il suffirait d’une augmentation modeste du budget global et de quelques mesures imaginatives adoptées dans les domaines éducatifs et sociaux pour faire reculer sensiblement la mortalité prématurée des enfants dans les pays en développement. Et permettre à des enfants comme Joe de grandir sans se soucier du nombre d’anniversaires qu’il leur reste à fêter.Références  PNUD, UNESCO, FNUAP, UNICEF, OMS et Banque mondiale, 1998, « Donner effet à l’initiative 20/20 : Assurer un accès universel aux services sociaux de base », UNICEF, New York. UNICEF, 2000, « Poverty Reduction Begins with Children », New York. Vandemoortele, J., 2000, « Absorbing social shocks, protecting children and reducing poverty », UNICEF Staff Working Paper EPP-2000-01, New York.© L’Observateur de l’OCDE, Nº223, Octobre 2000


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