Education : la qualité compte elle aussi

Objectif : Scolariser tous les enfants dans l'enseignement primaire d'ici à 2015
Assurer la scolarisation primaire de tous les enfants dans les pays en développement demeure une tâche primordiale – et ouvre de grandes possibilités. En effet, la réussite de cette scolarisation doterait des millions de personnes supplémentaires des qualifications requises pour sortir de la pauvreté. En revanche, un échec dans ce domaine alimenterait une crise éducative -– et sociale – dans la décennie à venir. Dans les pays en développement, un enfant sur trois ne termine pas sa cinquième année de scolarité, mais une amélioration de cette proportion ne représente que l’un des objectifs visés. En réalité, les taux de fréquentation sont en hausse dans la plupart des régions, en revanche la qualité de l'enseignement laisse à désirer. « L'éducation pour tous », c’est un bien beau slogan, mais une éducation de qualité pour tous, c’est une autre affaire. Lors du Forum mondial sur l'éducation en avril 2000, la communauté internationale est convenue qu'il fallait placer au premier rang des priorités la nécessité d’assurer une formation de qualité.
En d'autres termes, il faut investir dans la formation des enseignants, améliorer les installations, fournir les matériels voulus et s'assurer de la pertinence des enseignements. Il faut aussi renforcer la participation des familles et des communautés et éliminer la discrimination à l'encontre de la formation des filles.Le Ministre de l'éducation du Bangladesh, Abu Sharaf Hifzul Kader Sadique, a reconnu, lors de la rencontre du Groupe E-9 (les neuf pays à forte population) en février 2000, que dans sa course aux effectifs, son pays avait oublié l'aspect qualitatif de l'enseignement. Au Bangladesh, l'alphabétisation a fait de grands progrès mais la qualité pose toujours problème. La Chine admet se heurter à un problème analogue : lors de la même rencontre du Groupe E-9, Lu Fuyan, Ministre adjoint de l'éducation, a fait savoir que dans l'ensemble la qualité des enseignants laissait beaucoup à désirer ; il faisait alors allusion aux difficultés rencontrées pour atteindre les régions isolées du pays. Le Bangladesh et la Chine ne sont pas les seuls dans ce cas. Le Brésil, le Malawi et le Mexique, de même que la plupart des pays qui ont marqué de grandes avancées vers l'éducation pour tous, s'intéressent à présent à l'amélioration de la qualité. Cette tâche comprend plusieurs volets.Les enseignants doivent être formés. Le Brésil, qui a atteint un taux de scolarisation de 96 pour cent dans le primaire, fait à présent porter tous ses efforts sur l'amélioration de la qualité de l'enseignement car près de la moitié des élèves brésiliens partent avec une année de retard et redoublent une ou plusieurs classes. Il ressort d’une étude récente conduite à l'échelle nationale, que les enseignants ayant un niveau de formation universitaire aident leurs élèves à progresser beaucoup plus vite que leurs collègues qui n'ont pas atteint ce niveau d'études. Or aujourd'hui, sur 1.5 million d'enseignants des écoles primaires publiques brésiliennes, la moitié seulement ont un diplôme d'études supérieures. Actuellement, les autorités brésiliennes s’emploient à accélérer la formation en cours d'emploi des enseignants.A mettre en exergue : Les salaires des enseignants représentent déjà 95 pour cent des budgets publics de l'enseignement : toute amélioration nécessitera une augmentation des financements.Bien entendu, dès lors que les enseignants sont formés, il faut les retenir. Paradoxalement, alors que certains pays relèvent le niveau de formation de leurs enseignants, d'autres assistent à l'abandon de cette profession par des enseignants diplômés et talentueux qui trouvent des emplois mieux rémunérés dans l'informatique ou le tourisme. La profession enseignante est victime d'un exode de compétences, qui tient au fait qu’elle peu valorisée et de surcroît offre de faibles salaires.. Il faut revaloriser, à la fois moralement et matériellement, les fonctions d’enseignants et de formateurs et redonner à ce corps de métier statut, reconnaissance et dignité au sein de la société. Du fait de difficultés financières et de sensibilités politiques, cette mission s’est révélée difficile dans le passé et un changement à présent s'impose. Le problème, c’est que dans de nombreux pays en développement les salaires des enseignants représentent déjà pas moins de 95 pour cent des budgets publics de l'enseignement ; toute amélioration des conditions d’emploi des enseignants nécessitera donc clairement une augmentation des financements alloués.Il importe également d'améliorer les installations et les matériels. Un bon environnement scolaire peut avoir une incidence positive sur les taux de fréquentation et de réussite, et malheureusement, l’effet inverse dans le cas contraire est tout aussi possible. D'après une étude réalisée par l'UNESCO/FISE dans quatorze pays les moins avancées en Asie et en Afrique, au moins 35 pour cent des établissements scolaires (et souvent beaucoup plus) nécessitent des travaux de réparation ou de reconstruction. Beaucoup n'ont ni mobilier ni eau courante. Les pays en développement ont beaucoup de mal pour la plupart à fabriquer et à diffuser des manuels scolaires et des matériels pédagogiques appropriés, qu'il s'agisse d'instruments utilisés en mathématiques ou de cartes. Là encore, c’est une question de volonté politique et de financements accrus. S’agissant des matériels d'apprentissage, les pays souvent n'ont pas élaboré de stratégies rationnelles. Certains, tels que la Namibie, l'Afrique du Sud, le Nigeria et le Ghana, dont les activités d’édition se développent le plus vite, sont exemplaires en ce sens qu’ils ont su établir une coopération étroite entre l'industrie du livre, les pouvoirs publics et les associations nationales d'éditeurs.Dans de nombreux pays, et c'est là un autre problème, les systèmes éducatifs sont archaïques : parfois, les enseignements scolaires sont tout bonnement dépassés. Lorsque les programmes éducatifs sont coupés de leur contexte et ne tiennent compte ni du marché du travail environnant ni de la culture locale, tôt ou tard ils perdent leurs "clients". Une formation appropriée des enseignants aiderait à surmonter cette difficulté tout comme la définition de programmes d'enseignement adaptés, la mise au point d’ouvrages scolaires appropriés etc.Enfin, nombreux sont les facteurs extérieurs -- en particulier l'origine sociale et l'état de santé des élèves -- qui influent sur la qualité de l'enseignement. Après tout, qui dit qualité de l'enseignement dit non seulement qualité des enseignants et des matériels mais aussi qualité des apprenants. Les enfants doivent être en bonne santé, bien nourris et disposés à apprendre. Une entreprise prioritaireAujourd'hui, 113 millions d'enfants, des filles en majorité, sont exclus des systèmes éducatifs et parmi ceux-ci, 110 millions vivent dans des pays en développement. Il peut s'agir d'enfants des rues, de jeunes sud-américains originaires de tribus des hautes zones rurales et recrutés dans des milices ou encore de très jeunes filles sexuellement exploitées dans des bidonvilles asiatiques. Ce sont là, toutefois, des cas extrêmes. D'autres raisons plus banales, encore que les effets soient tout aussi pernicieux, peuvent expliquer l'exclusion : c'est le cas de l’enfant africain – d'ordinaire une fille – qui reste à la maison pour s'occuper des cultures, aller chercher l'eau ou surveiller les plus jeunes de la fratrie. Il arrive aussi que les familles soient tout simplement dans l’impossibilité d’assumer les frais de scolarité.Des facteurs socioculturels, économiques et géographiques, étroitement imbriqués, excluent les enfants des systèmes éducatifs. Il y a exclusion lorsque les écoles ne considèrent pas les familles comme des partenaires, lorsque les administrations scolaires ne soutiennent pas leurs enseignants et lorsque les pouvoirs publics ne mettent pas en œuvre des politiques favorables à l'enfance. Les décideurs nationaux ayant tardé à s'intéresser aux activités éducatives parallèles, ce sont les organisations non gouvernementales qui assurent l'essentiel e la scolarisation des enfants concernés. Pour réaliser de réels progrès il faut cependant instaurer des partenariats plus efficaces entre ces ONG et les pouvoirs publics.La situation démographique ne donne guère non plus matière à se réjouir. Compte tenu de la baisse des taux de natalité, la population mondiale d'âge scolaire pourrait n’augmenter que de 9 millions au cours des 15 prochaines années ; cela dit, de grands écarts subsistent d'une région à l'autre. En Asie de l'Est, cette population diminuera de 22 millions en raison du fléchissement des taux de fécondité. En Afrique subsaharienne, en revanche, elle augmentera de 34 millions. Si l'on ajoute ce surcroît de population aux 46 millions non scolarisés en 1998, c’est donc pour 80 millions d'enfants supplémentaires qu’il faudra, dans les 15 prochaines années, construire des écoles, former des enseignants et fournir des ouvrages scolaires. L'Asie du Sud, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont confrontés à une situation toute aussi délicate.Face à de telles perspectives d'évolution, il est d'autant plus urgent d'améliorer l'efficience des systèmes éducatifs. Aujourd'hui, en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, environ deux élèves sur trois seulement arrivent en 5ème année d'études. Du point de vue de l'évaluation de l'efficience, pas moins d'un tiers des ressources des systèmes scolaires sont consacrées à des redoublants ou à des élèves en décrochage scolaire. En fait, sur les 96 millions d'élèves entrés pour la première fois à l'école en 1995, un quart risquent d'en sortir avant d'être parvenus en 5ème année. Les établissements scolaires doivent davantage tenir compte des besoins des nombreux élèves ordinaires et sous-performants, s'ils veulent être véritablement ouverts et accessibles à tous.© L’Observateur de l’OCDE, Nº223, Octobre 2000


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