Notre enseignement est-il de bonne qualité ?

L’enquête du programme PISA sur les connaissances et les compétences des élèves nous en apprend davantage sur les systèmes d’éducation qui fonctionnent bien. Mais elle nous réserve aussi quelques surprises intéressantes.
De nos jours, il paraît tout naturel d’effectuer des comparaisons internationales sur la croissance et l’inflation. Il existe aussi depuis quelque temps des indicateurs de qualité sur l’emploi, mais qu’en est-il des indicateurs internationaux des systèmes d’enseignement ? Leur mise au point est beaucoup plus ardue, surtout parce qu’il est malaisé de mesurer les « résultats » réels de l’éducation dans les divers systèmes. La recherche peut s’intéresser au temps que consacrent les individus à leurs études, ou au nombre d’élèves qui réussissent leurs examens à des niveaux à peu près comparables. Mais comme ces examens ne sont pas les mêmes dans tous les pays, ce genre d’indicateur ne permet pas vraiment de se rendre compte de laqualité de l’enseignement dispensé dans chaque système. Les tests internationaux réalisés jusqu’à présent ont essentiellement visé à déterminer dans quelle mesure les élèves parvenaient à maîtriser les éléments du programme d’enseignement qui étaient communs à tous les pays, ce qui est certes fort utile, mais ne donne qu’une idée assez restreinte des résultats.
L’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) permet aujourd’hui d’apporter l’une des pièces qui manquent à ce puzzle. Son but est de déterminer jusqu’à quel point les élèves approchant de la fin de la scolarité obligatoire (15 ans) sont capables d’appliquer les connaissances et les aptitudes qu’ils ontacquises à l’école, en vue d’accomplir les tâches qui leur seront nécessaires dans leur existence future, de vivre normalement en société, et de continuer à apprendre. Ces élèves sont-ils capables de trouver l’information dont ils ont besoin dans un article de journal ? Peuvent-ils distinguer un point de vue d’un fait ? Sont-ils capables d’utiliser des connaissances scientifiques générales pour tirer des conclusions pertinentes de faits observés sur des problèmes qui les touchent dans leur vie, comme l’environnement ou la sécurité des produits alimentaires ? C’est à ce genre de questions que le Programme PISA tente de répondre à travers l’évaluation de la compréhension de l’écrit, de la culture mathématique et de la culture scientifique.Coordonnée par l’OCDE, l’enquête du Programme PISA est une initiative dont la réalisation repose sur la collaboration des gouvernements de 28 pays membres de l’OCDE et de quatre pays non-membres. Les premières conclusions publiées en décembre 2001 proposent un indicateur des effets de la formation initiale qui est officiellement reconnu dans l’ensemble du monde développé. Il est essentiel de noter que cette enquête aura lieu tous les trois ans, ce qui permettra aux pays de mesurer régulièrement les progrès accomplis. En 2003, les 30 pays de l’OCDE y participeront tous, et au moins 13 autres pays non-membres, comme la Chine ou le Chili, ont décidé de s’y associer.Que ressort-il des résultats de l’enquête PISA ? Que les élèves finlandais ont une compréhension de l’écrit particulièrement bonne, et que leurs homologues japonais et coréens excellent en mathématiques et en sciences. L’Australie, l’Autriche, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et la Suède se situent très nettement au-dessus de la moyenne pour ces trois types de compétences. Parmi ceux dont les résultats sont systématiquement au-dessous de la moyenne figurent deux pays relativement riches, à savoir l’Allemagne et l’Italie, ainsi que des pays dont le revenu national est inférieur à la moyenne, comme la Grèce, le Mexique, la Pologne et le Portugal. Les États-Unis se classent juste au milieu.Ces moyennes masquent des variations importantes des résultats relevés à l’intérieur de chaque pays. Les écarts observés à ce niveau revêtent d’autant plus d’importance que la plupart des systèmes d’enseignement s’efforcent tout particulièrement d’améliorer les résultats des élèves qui ont le plus de difficultés.L’Allemagne fait partie des pays qui enregistrent les disparités les plus grandes pour la compréhension de l’écrit, la moyenne étant tirée vers le bas par les élèves de faible niveau. La Nouvelle-Zélande offre aussi un tableau contrasté, mais les élèves dont les connaissances et les compétences se classent aux premiers rangs y sont plus nombreux qu’ailleurs, ce qui porte le résultat global bien au-dessus de la moyenne. En revanche, pour la Corée et la Finlande, les résultats moyens sont élevés avec des différences relativement peu marquées. Il ressort clairement de l’enquête PISA qu’il n’y a pas nécessairement antagonisme entre « qualité » et « équité » dans un système scolaire. Celle-ci nous en apprend aussi davantage au sujet des disparités de résultats et des origines sociales. Elle montre que si les élèves issus de milieux privilégiés réussissent mieux dans tous les domaines, l’écart n’est pas immuable : il est deux à trois fois plus grand en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suisse, par exemple, qu’en Corée.Si l’on regarde de plus près les résultats de l’enquête PISA, on peut y déceler des informations sur la nature des pratiquesscolaires qui pourraient être à l’origine des bons et des mauvais résultats, comme celles qui déterminent l’ambiance de la classe ou les principes en vigueur concernant les devoirs à faire à la maison.Mais ces résultats peuvent ne donner qu’une vague idée de réponses à quelques-unes des questions plus ardues que soulève, par exemple, le fait que, dans certains pays, les élèves aient de bien meilleurs résultats que dans d’autres lorsqu’ils doivent penser et réfléchir sur ce qu’ils lisent. Les enseignants, les pouvoirs publics et les organisations internationales ont beaucoup hésité à comparer des aspects aussi peu tangibles des systèmes d’enseignement et, en particulier, les conceptions culturelles qui les distinguent. Les écoles du Japon peuvent en effet produire des adultes ayant une vision des choses tout à fait adaptée à la société nipponne. Les élèves suisses peuvent avoir une autre vision des choses mais qui convient parfaitement à la société suisse. Qui peut dire laquelle est « la meilleure » ? N’est-il pas dangereux de vouloir soumettreà une « norme » internationale unique l’enseignement que l’école doit dispenser ?Certes, il y a là une bonne raison de s’opposer à l’instauration d’un programme d’enseignement de caractère international. Mais il ne faut pas pour autant ignorer qu’il existe un besoin commun de certaines compétences essentielles pour l’économie internationale. La compréhension de l’écrit, la culture scientifique et la culture mathématique constituent partout des exigences fondamentales. Or, l’enquête PISA montre que ces compétences sont réparties de façon inégale entre les pays.Les résultats inférieurs à la moyenne qu’obtiennent des pays riches comme l’Allemagne et l’Italie sont de nature à stimuler le débat. Les méthodes pédagogiques en vigueur dans certains pays et la façon dont les programmes d’enseignement y sont conçus feront peut-être l’objet d’un examen minutieux. Les comparaisons entre pays seront inévitables et les enseignants des uns ou des autres devront accepter que des tiers s’introduisent dans l’enceinte réservée de la salle de classe, si désagréable que soit pour eux cette expérience. Le souffle impétueux de la mondialisation n’épargnera pas éternellement les responsables de ce qui constitue peut-être le plus puissant moteur du progrès : l’acquisition de connaissances.RéférencesConnaissances et compétences : des atouts pour la vie – Premiers résultats de PISA 2000, OCDE, 2001. Voir la rubrique Banque de données dans ce numéro.


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