L’apprentissage à vie pour tous

Centre pour la recherche et l'innovation dans l'enseignement

L’éducation a toujours joué un rôle à double tranchant dans le développement d’une société plus juste. Lorsque le système éducatif parvient à élargir la participation aux activités de formation, sa contribution est puissante et constructive. Mais trop souvent il peut avoir l’effet inverse et opérer une sélection voire une scission au sein de la société. Les stratégies d’intervention des pouvoirs publics doivent donc avoir un double objectif : renforcer l’intégration et la participation tout en éliminant les formes de sélection aujourd’hui dépassées. Cet objectif d’équité devant l’éducation est poursuivi depuis longtemps, mais il revêt une urgence nouvelle dans la société du XXI e siècle.

Premièrement, l'absence de formation se paie au prix fort dans des économies et des sociétés de plus en plus fondées sur le savoir. La diminution des emplois peu qualifiés, occupés autrefois par des personnes peu instruites, aggrave encore cette situation. Deuxièmement, la « fracture numérique » constitue une nouvelle forme d’exclusion à l’heure où les technologies de l’information et des télécommunications (TIC) envahissent tous les sphères de notre vie. Troisièmement, l’éclatement des familles et des groupes sociaux about it trop souvent à un affaiblissement des liens et des identités au sein de la société. Ce phénomène souligne une des missions primordiales de l'éducation : elle n’a pas seulement pour mission de former des personnes qualifiées, elle doit également servir de ciment aux identités sociales, aux réseaux et à l'action citoyenne, autrement dit au « capital social ». Enfin, dans un monde en mutation rapide, l’équité devant l’éducation n’implique plus uniquement d’offrir aux individus une scolarité primaire, secondaire ou supérieure. L’éducation et la formation doivent désormais être accessibles à tous tout au long de la vie. Le champ d’action est d’autant plus ambitieux que les bénéficiaires de ces activités sont généralement ceux qui ont déjà bien réussi leur formation initiale, alors que ce sont précisément ceux dont les performances ont été moins bonnes qui ont le plus à y gagner.Les disparités homme-femme : Au cours des trois dernières décennies, le niveau de formation des femmes a progressé plus vite que celui des hommes, tant dans le deuxième cycle du secondaire que dans le supérieur. Il s'agit d'une tendance rapide et commune à tous les pays de l’OCDE. Les femmes ont désormais un niveau de formation moyen plus élevé que celui des hommes dans de nombreux pays, mais pas dans tous, pour lesquels on dispose de données (voir graphique p. 23). Cette évolution a été si marquée qu’on se préoccupe à présent des difficultés scolaires des garçons, et en particulier du malaise de certains adolescents. Il subsiste cependant de nettes différences entre les garçons et les filles dans le choix des disciplines : dans l’enseignement supérieur, les femmes tendent à s'inscrire dans les disciplines liées aux professions de la santé, à l’enseignement et aux sciences sociales et comportementales, plutôt que dans les domaines liés aux sciences naturelles, aux sciences de l’ingénieur et aux activités industrielles.Origine socio-économique : S’il existe peu de données comparables dans ce domaine, les éléments dont on dispose montrent que les écarts sociaux ne diminuent pas. Or, l’origine socio-économique reste une dimension décisive de la réussite scolaire. Les tendances observées au cours des années 90 montrent que le développement de l’enseignement supérieur n’a généralement pas réduit les disparités d’accès liées à l’origine sociale. Les enfants issus des catégories socio-économiques relativement privilégiées ont profité de cette expansion au moins autant que les autres. En outre, les enfants maîtrisent d’autant mieux les savoirs fondamentaux que le niveau de formation de leurs parents est élevé, comme l’a révélé l’Enquête internationale sur la littératie des adultes, qui mesure les résultats de jeunes adultes par rapport au niveau de formation de leurs parents (OCDE et Statistique Canada, 2000). La corrélation est cependant plus ou moins forte selon les pays. Dans les pays nordiques, par exemple, où le degré de maîtrise des savoirs fondamentaux est très élevé, le niveau de formation des parents est un facteur moins déterminant que dans la plupart des autres pays.Minorités : Bien souvent l’accès des groupes minoritaires à l’éducation est loin de satisfaire les critères d’équité, au point que leurs droits élémentaires en sont par breuses dispositions pour tenir compte de la diversité linguistique et culturelle et remédier à l’absence de ressources matérielles et sociales (« capital culturel ») qui accentue trop souvent les difficultés ren-contrées par les minorités. Ces politiques en faveur de l'équité doivent être extrêmement ciblées dans la mesure où toutes les minorités ethniques ne sont pas confrontées à ce problème, certaines d’entre elles ayant même des performances largement supérieures à la moyenne.fois bafoués. Les pays ont pris de nombreuses dispositions pour tenir compte de la diversité linguistique et culturelle et remédier à l’absence de ressources matérielles et sociales (« capital culturel ») qui accentue trop souvent les difficultés rencontrées par les minorités. Ces politiques en faveur de l'équité doivent être extrême-ment ciblées dans la mesure où toutes les minorités ethniques ne sont pas confrontées à ce problème, certaines d’entre elles ayant même des performances largement supérieures à la moyenne.Besoins particuliers : Les pays de l'OCDE ont déployé beaucoup d’efforts pour intégrer les élèves souffrant d'incapacités dans le système scolaire ordinaire. L'intégration des élèves dans un environnement scolaire accessible peut cependant encore être améliorée. Non seulement elle est plus juste et élargit l'accès à la formation, mais elle est également moins coûteuse que la scolarisation dans des structures distinctes. De très nombreux élèves sont concernés : environ 15 à 20 % des enfants ont, à un moment donné de leur scolarité, besoin de services supplémentaires répondant à des "besoins particuliers". Les progrès accomplis ne doivent pas occulter les problèmes sérieux qui persistent. Les élèves souffrant d’incapacités, même lorsqu’ils ont obtenu de bons diplômes, se heurtent parfois à des obstacles majeurs pour accéder aux formations les plus élevées et pour trouver des emplois satisfaisants.La fracture numérique : La « fracture numérique » constitue une nouvelle forme d'exclusion à l’heure où la vie économique et sociale exige de maîtriser l'utilisation des technologies. Les études montrent que l'accès aux ordinateurs et à Internet varie selon la situation sociale, l'appartenance ethnique, le niveau de formation et même le lieu d'habitation. Toutefois, ce serait sous-estimer le phénomène que de le restreindre à une simple question d'accès, au demeurant importante. La fracture numérique ne se résume pas à un problème technologique susceptible d'être résolu par des investissements accroissant le nombre d'ordinateurs et de raccordements à Internet. Elle a également des racines sociales et éducatives profondes et exige donc un large éventail de politiques destinées à élargir l'accès aux TIC dans les bibliothèques, les centres de formation ouverts au public, ainsi que les établissements scolaires. Il est par ailleurs primordial de développer la maîtrise de l'utilisation des TIC parmi tous les élèves/étudiants et, surtout, les enseignants. Pour atteindre ces objectifs, des partenariats devraient être mis en place avec des entreprises de télécommunications. Globalement, la dimension des TIC doit être intégrée dans les grandes stratégies sociales et éducatives en faveur de l'équité.Le cycle de vie : Les inégalités persistent au-delà de la scolarité de base. Les activités de formation destinées aux adultes tendent à accentuer les inégalités observées parmi les jeunes, dans la mesure où les adultes qui y prennent part sont généralement ceux qui ont réussi leur formation initiale. Le constat est tout aussi inquiétant pour ce qui est de la participation aux formations liées à l'emploi. Les employeurs consacrent en moyenne des ressources sensiblement plus importantes à la formation des salariés qui ont un niveau élevé de qualification et d'instruction, ce qui renforce les disparités de qualifications. L'Enquête internationale sur la littératie des adultes a également montré qu'une fois éliminé l'effet d'autres facteurs (nombre d'heures ouvrées, taille de l'entreprise, grade professionnel), ceux qui utilisent le plus leurs compétences dans leur travail ont six à huit fois plus de chances que les salariés peu qualifiés de bénéficier d'une formation-maison.De toute évidence, l'équité devant l'éducation suppose des stratégies allant bien au-delà du système éducatif. Les stratégies des pouvoirs publics visant les adultes doivent être ciblées sur les laissés pour compte de la formation initiale. Les incitations fiscales peuvent par ailleurs favoriser les investissements des PME dans la formation, notamment en faveur des travailleurs relativement âgés.Au-delà de ces approches ciblées, les politiques d'éducation devraient être menées à la lumière d’un certain nombre de leçons d'ordre général. Premièrement, il est important de définir clairement les objectifs, les groupes cibles et les priorités, tout en suivant les progrès accomplis en matière d'équité à tous les niveaux du système éducatif. L'équité devrait faire partie intégrante du système éducatif, de ses politiques et de ses pratiques, et ne pas être considérée comme une question à part. Dans cette optique, les données dont nous disposons doivent être sensiblement enrichies que ce soit au niveau local ou international. Mais il faut évidemment beaucoup plus que des données pertinentes. Le système éducatif, en particulier le deuxième cycle du secondaire et l'enseignement supérieur, devrait être diversifié, souple et ouvert à de nouvelles formes d'enseignement et d'apprentissage. Les programmes fondés sur une coopération entre jeunes, enseignants, parents et partenaires locaux, notamment les employeurs, devraient également être encouragés. La formation à distance et une reconnaissance plus large, dans les programmes d'études, des acquis informels tels que les acquis de l'expérience professionnelle peuvent renforcer ces avancées.Les ressources doivent faire l'objet d'une répartition stratégique. Si les politiques en faveur de l'équité préconisent souvent un accroissement des ressources, la qualité de ces ressources et leur utilisation sont tout aussi essentielles pour assurer un changement réel. À elles seules, les politiques d'éducation ne seront pas suffisantes. Les progrès dépendent d'une action gouvernementale plus cohérente et plus coordonnée, qui englobe l'emploi, la protection sociale, la santé et le logement, en partenariat avec l'enseignement et la formation.Références• OCDE (2001), Analyse des politiques d'éducation – Édition 2001, Paris.• OCDE (2000), Regards sur l'éducation : les indicateurs de l'OCDE, Édition 2000, Paris.• OCDE (2000), Besoins éducatifs particuliers : Statistiques et indicateurs – enseignement et com-pétences, Paris.• OCDE (2000), Learning to Bridge the Digital Divide, Paris.• OCDE et Statistique Canada (2000), La littératie à l'ère de l'information : Rapport final de l'enquête internationale sur la littératie des adultes, Paris et Ottawa.


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