Nouvelles compétences : vraiment ?

Direction de l'Education, de l'Emploi, du Travail et des Affaires Sociales

Si toutes les « nouvelles compétences » sont importantes, les compétences de base restent indispensables à l’ère de l’économie du savoir.

Longtemps cantonnées dans des secteurs économiques et des activités professionnelles spécifiques, les nouvelles technologies connaissent aujourd’hui une diffusion massive. Elles sont entrées de plain-pied dans notre vie quotidienne et modifient profondément les échanges et le développement de la communication à l’échelle planétaire. Parallèlement, le niveau d’instruction et de formation des individus augmente sans cesse. Le développement de l’économie du savoir suppose que tous les individus – et pas seulement les actifs – sachent utiliser, manipuler ou même produire de l’information. Maîtriser de nouvelles com-pétences est devenu une nécessité au-delà du lieu de travail, ne serait-ce que pour utiliser la télévision interactive, Internet ou tout simplement un distributeur de billets.Les compétences traditionnelles ne sont cependant pas devenues secondaires. Leur maîtrise n’est d’ailleurs pas aussi assurée que l’on croit. Comme l’avait révélé l’Enquête internationale sur la littératie des adultes (IALS), plus d’un quart des adultes dans les pays de l’OCDE n’ont pas les compétences suffisantes pour fonctionner normalement dans les sociétés complexes d’aujourd’hui. Cette enquête qui se concentrait sur la capacité des individus à manipuler écrits et documents illustrés n’en révélait pas moins des enjeux plus vastes. L’arrivée massive des outils électroniques a remis l’écrit au goût du jour, et peut-être même au centre des compétences fondamentales que chacun doit posséder. Paradoxalement, la révolution d’Internet, la messagerie électronique et la mondialisation des flux de l’information font en effet de la lecture et de l’écriture des compétences dont personne ne peut se passer, que ce soit pour soumettre une requête à un site Internet ou postuler à un emploi par courriel. L’éventail des compétences de base absolument nécessaires s’est cependant élargi et comprend désormais, en plus des aptitudes cognitives développées dans le système de formation initiale ou ailleurs, la capacité à gérer l’information et à utiliser un ordinateur, ainsi que la maîtrise d’une ou plusieurs langues étrangères.Au-delà de ces compétences de base existent des compétences qui sont parfois présentées comme nouvelles et qui per mettent aux individus de s’assurer la maîtrise de leur avenir dans leur société et leur entreprise. En aucun cas ces nouvelles compétences ne remplacent les compétences traditionnelles. Bien au-delà de la sphère économique, elles constituent leur complément et leur prolongement. L’aptitude à travailler en équipe, la capacité à traiter les problèmes et à maîtriser les technologies de l’information et de la communication aident les individus à jouer un rôle à part entière dans la société et à exercer leurs droits et devoirs de citoyens. L’enquête IALS montrait déjà une corrélation troublante entre l’inégalité économique et l’inégalité en matière de littératie. Favoriser le développement des compétences de base est bien un gage de réussite individuelle et collective, et il y a fort à parier qu’il en va de même pour les nouvelles compétences.Le consensus disparaît cependant dès qu’on essaie de définir ces nouvelles compétences. De nombreux auteurs ont restreint leur champ d’investigation à la seule dimension économique, sans doute parce que ces compétences conditionnent pour une large part l’accès à l’emploi. Cette focalisation sur la dimension économique a d’autres explications. La croissance a récemment été beaucoup plus forte dans les secteurs et les industries du savoir, emblématiques de l’utilisation des nou velles compétences, que dans le reste de l’économie. Il n'est donc pas étonnant que les résultats les plus nets portent encore sur le marché du travail, l’emploi et la croissance économique, alors que les enjeux impliquent la société dans son ensemble.La plupart des études s’accordent sur un ensemble de compétences de base. Cette liste comprend, en premier lieu, l’aptitude au commandement, ainsi que des compétences relationnelles comme l’aptitude à travailler en équipe et à oeuvrer à la réalisation d’un objectif commun. Elle inclut également des « compétences personnelles », telles que la motivation et les prédispositions à travailler, l’aptitude à apprendre et à résoudre des problèmes, la capacité à communiquer efficacement avec des collègues ou des clients, et la capacité d’analyse. Sans oublier, évidemment, les compétences en matière technologique, comme la maîtrise des nouvelles technologies de l’information et de la communication.Que ces compétences soient requises dans l’économie du savoir n’a rien pour surprendre. Mais elles ne sont pas nécessairement nouvelles. Si l’on excepte les compétences liées aux technologies de l’information et de la communication, leur nouveauté n’est pas de nature à soulever l’enthousiasme. Pour quelles raisons ces compétences, somme toute assez clas siques, se retrouvent-elles maintenant sur le devant de la scène de l’emploi ?C’est en grande partie parce que les employeurs ont, les premiers, reconnu en elles des facteurs clés de dynamisme et de flexibilité. Une force de travail dotée de ces compétences est à même de s’adapter continuellement à la demande et à des moyens de production en constante évolution. Au-delà de cet argument de poids, dans les pays de l’OCDE la production tend à se concentrer sur des biens à forte valeur ajoutée exigeant à la fois un outil de production à fort contenu technologique et une main-d'oeuvre capable de le faire fonctionner. L’introduction de nouvelles technologies dans les entreprises entraîne également une demande croissante de travailleurs qualifiés. La capacité à communiquer et à travailler en équipe, indispensable même à l’époque où on labourait les champs à la main, est devenue plus essentielle encore. Ces nouvelles compétences vont de pair avec la mise en place des nouvelles pratiques de travail, telles qu’une hiérarchie plus plate et l’implication plus grande des travailleurs à des niveaux peu élevés de responsabilité.La nette progression des niveaux de formation rend en outre les employeurs plus exigeants. Les économies des pays de l’OCDE ont depuis toujours fonctionné sur un marché de diplômes ou de titres, plutôt que sur un marché de compétences, par nature plus difficiles à évaluer. Aujourd’hui encore, la composante formelle des connaissances et les diplômes restent des critères importants de sélection pour un emploi. Les nouvelles compétences fournissent des critères supplémentaires pour recruter les individus et les affecter à des tâches adaptées à leur profil. En d’autres termes, et ce constat est essentiel, les nouvelles compétences ne se substituent pas à la formation initiale, mais constituent bien leur complément. De nouvelles études s’imposent d’ailleurs pour évaluer à grande échelle ce que savent et savent faire réellement les individus. L’enquête IALS et la nouvelle enquête sur les Aptitudes, la logique et la littératie (ALL) constituent des tentatives en ce sens.L’économie du savoir a acquis une dimension clef dans les pays de l’OCDE des résultats clairs montrent que, dans tous les secteurs de l’économie, la composition même de la force de travail change au profit des travailleurs mieux formés et/ou disposant de compétences plus étendues. Le lien entre nouvelles compétences et économie du savoir n’est pas immédiat, exception faite de la maîtrise des technologies de l’information et de la communication. Le lien est en revanche beaucoup plus clair entre les nouvelles pratiques de travail et des compétences telles que la capacité à communiquer, à résoudre les problèmes ou à travailler en équipe. S’il est vrai que certaines de ces compétences ne sont pas forcément nouvelles, l’adjectif reste pertinent dans la mesure où elles ont suscités des efforts de formalisation importants. Ces nouvelles compétences se démarquent très nettement des compétences de base, comme la littératie et celles acquises dans le système d’instruction et de formation formel. Certaines sont clairement associées à l’économie du savoir (technologies de l’information et de la communication) et un plus grand nombre encore sont liées aux nouvelles pratiques de travail. Tous les secteurs seront touchés tôt ou tard par les nouvelles technologies, même les métiers traditionnellement caractérisés par de faibles niveaux de qualification. Ces nouvelles compétences, combinées aux compétences de base, apporteront des réponses plus complètes aux exigences de l’économie du savoir et permettront de saisir un enjeu qui se pose désormais en termes de besoin global de compétences.Références• Bresnahan, T.F., Brynjolfsoon, E., (1999), “Information Technology, Workplace Organisation and the Demand for Skilled Labour: Firm-Level Evidence”, NBER Working Paper No. 7136.• Kiley, M., (1999), “The Supply of Skilled Labour and Skill-Biased Technological Progress”, The Economic Journal, No. 109, October, pp. 708-724.• OECD et Statistique Canada (2000), La littératie à l’ère de l’information : rapport final de l’Enquête internationale sur la littératie des adultes, OCDE, Paris.• Pont, B. and Werquin, P., (2000), “Literacy in a Thousand Words”, The OECD Observer, No. 223, October.• Pont, B. et Werquin, P., (2001), « Les compétences pour l’économie du savoir » dans Analyse des politiques d’éducation 2001, Chapitre 4, OCDE, Paris.


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