Suivre le découplage à la trace

Direction de l'environnement

Comment peut-on être sûr de l’efficacité des mesures prises pour freiner les atteintes à l’environnement ? La fiabilité des moyens utilisés pour mesurer les résultats est essentielle pour relever ce défi.

Les ministres des pays de l’OCDE ont convenu en mai, lors de leur réunion annuelle, que la croissance économique ne devrait pas entraîner une accélération de la dégradation de l’environnement au cours des dix prochaines années. Pour y parvenir, les gouvernements devront disposer de moyens permettant de mesurer l’efficacité des actions menées pour découpler la croissance économique de la dégradation de l’environ-nement. L’élimination du plomb dans l’essence ne suffit pas : il faut pouvoir démontrer qu’il n’existe pas de lien entre l’augmentation de la circulation et les émissions accrues de gaz nocifs. Car faute d’un tel découplage, il ne peut y avoir de développement durable. Les gouvernements des pays membres ont demandé à l’OCDE d’élaborer des indicateurs permettant de mesurer les progrès dans les trois domaines du développement durable économiques, sociaux et environnementaux – et notamment le découplage environnemental.L’OCDE travaille depuis de nombreuses années à l’élaboration d’indicateurs, y compris dans le cadre de ses examens des politiques environnementales des pays membres de l’Organisation et de certains pays non-membres. Désormais une partie importante de la stratégie environnementale sera de mettre davantage l’accent sur le rythme du découplage, peut-être en s’inspirant de l’étude consacrée récemment à l’Allemagne (voir encadré). Des indicateurs de découplage seront nécessaires à la fois pour la pollution (air, eau, déchets…) et pour l’utilisation des ressources naturelles (changement climatique, eau, protection des écosystèmes, diversité biologique…). Le choix et la présentation devront être dictés par l’utilité de ces indicateurs pour l’action des pouvoirs publics et par l’ampleur du découplage requis.On peut parler de découplage fort lorsque au moins la croissance économique n’entraîne pas d’aggravation de la dégradation de l’environnement. Ce cas de figure n’est pas fréquent, mais on a pu l’observer pour l’émission de plusieurs polluants atmosphériques locaux, les rejets de CFC appauvrissant la couche d’ozone et les émissions de plomb imputables à l’essence. Mais, bien plus souvent, on relève un découplage faible. Au cours des dernières décennies, la plupart des pays de l’OCDE sont parvenus à un certain niveau de découplage entre la croissance économique et les atteintes à l’environnement dues à l’utilisation d’énergie, d’eau et de ressources, bien que la dégradation de l’environnement se soit poursuivie. En ce qui concerne l’énergie, par exemple, la consommation finale totale des pays de l’OCDE a progressé de 17 % entre 1980 et 1998, mais l’intensité énergétique de l’activité économique (c’est-à- dire le rapport entre approvisionnements totaux en énergie primaire et PIB) a baissé de 16 % sur la même période. Malheureusement, en ce qui concerne des sources indirectes de pressions sur l’environnement on ne perçoit pas pour l’instant de signe clair d’un découplage, même faible. C’est le cas pour la production de déchets municipaux et pour l’utilisation de transports, notamment l’automobile, dans la plupart des pays de l’OCDE.Alors qu’un découplage fort s’impose à l’évidence en cas de pollution toxique, un découplage faible sera suffisant pour l’utilisation de ressources naturelles. La science environnementale peut aider à déterminer les seuils « corrects » des pressions environnementales, par exemple en déterminant la quantité maximale d’un certain polluant qu’un écosystème aquatique peut assimiler.En revanche, la définition des limites effectives est une question politique. En effet, compte tenu des coûts et des avantages pour la société liés à l’obtention d’un certain degré de découplage, il n’est pas toujours possible de déterminer scientifiquement le niveau « adéquat » de découplage. L’utilisation d’une ressource naturelle renouvelable, qu’il s’agisse de l’eau ou d’une espèce animale ou végétale, ne devrait pas dépasser sa capacité de régénération. Au-delà, établir le bon niveau d’utilisation demande une détermination correcte des prix mais suppose aussi de laisser le marché décider quel usage en sera fait au prix fixé.Il faut donc faire en sorte que les utilisateurs paient l’intégralité du coût d’utilisation de la ressource, par exemple en supprimant les subventions préjudiciables à l’environnement et en veillant à ce que les entreprises « internalisent » la totalité de leurs coûts environnementaux. Pour freiner la croissance relative de la demande en biens et services particulièrement polluants ou gros consommateurs de ressources, on peut aussi s’attacher à faire évoluer les modes de consommation. Il s’agirait donc de s’appuyer sur l’éco-étiquetage ou de faire pression sur les consommateurs, par exemple avec l’aide d’ONG. Des initiatives du secteur privé peuvent également apporter une contribution utile, par exemple si les entreprises font figurer dans leurs rapports un certain nombre d’impacts de leurs activités sur l’environnement. Plusieurs organisations, parmi lesquelles la Global Reporting Initiative, travaillent à la mise au point de solutions dans cette optique (voir l’article de Robert Massie dans l’Observateur n° 226-227).Il est clair qu’un bon indicateur du développement durable doit aider à simplifier les décisions des pouvoirs publics, et doit assurer que la réduction d’une pression sur l’environnement ne s’accompagne pas de l’accroissement d’une autre. Un indicateur global rendant compte de l’amplitude totale du découplage entre dégradations de l’environnement et croissance économique serait bien sûr fort utile, mais il risque de s’écouler beaucoup de temps avant qu’on ne trouve la bonne formule. De nombreux systèmes de mesure actuels présentent de graves défauts. C’est le cas de la méthode de « l’empreinte écologique » qui mesure les pressions totales exercées sur la planète à partir de la superficie de terre utilisée par la population d’un pays pour développer ses activités. Elle peut aider à montrer si un découplage est en cours, mais elle ne permet pas d’en connaître le rythme, pas plus qu’elle ne tient compte des effets de la pollution, assurément l’un des plus graves problèmes d’environnement. Une autre méthode envisageable consistant à mesurer le total des matériaux utilisés par unité de PIB souffre des mêmes insuffisances.Des mesures globales apparaîtront peut-être à l’avenir, mais pour l’instant, les indicateurs couvrant un « faisceau » de pressions environnementales paraissent une solution plus praticable. Ainsi, pour établir un indice pondéré de la pollution atmosphérique locale, on peut combiner des chiffres relatifs à ses effets sur la santé humaine (exprimés en nombre d’années en bonne santé perdues du fait de la pollution) avec des données sur les effets sanitaires induits par des concentrations spécifiques de différents polluants. De tels indices couvrant un faisceau, auraient l’avantage de rendre l’information plus accessible, plus compréhensible et plus utile.Quelle que soit l’approche retenue, calculer le niveau adéquat de découplage, qu’il s’agisse de pollution ou d’utilisation de ressources naturelles, ne sera pas chose facile. La mise au point d’un ensemble d’indicateurs de découplage qui répondent aux attentes des gouvernements et des citoyens, et qui puissent être utilisés dans le cadre des études économiques, sociales et environnementales de l’OCDE, sera de toute évidence l’un des défis majeurs des mois à venir. Références OCDE, Indicateurs d’environnement de l’OCDE : Vers un développement durable, 2001. OCDE, Données OCDE sur l’environnement, Compendium 1999. OCDE, Indicateurs clés d’environnement, 2001. OCDE, Les perspectives de l’environnement de l’OCDE, 2001. Waller-Hunter, J., Environnement : des paroles aux actes, in l’Observateur OCDE n° 226-227, été 2001. Massie, R., Comptabilité du développement durable : une initiative mondiale, in l’Observateur OCDE n° 226-227, été 2001.


Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016