Les OGM : enjeux scientifiques, sanitaires et sociaux

Direction de l'environnement

Pouvons-nous être certains que les aliments que nous consommons quotidiennement ne sont pas dangereux pour notre santé ? Avec la mondialisation et la multiplication des cultures génétiquement modifiées, cette interrogation apparaît plus complexe.

Depuis près de vingt ans, l’OCDE et ses pays membres cherchent à évaluer scientifiquement la sécurité des nouveaux produits biotechnologiques. Mais le monde évolue et face à la question des aliments transgéniques, les décideurs publics se trouvent confrontés à deux nouveaux enjeux de taille. Premièrement, la commercialisation des plantes et aliments génétiquement modifiés ne concerne pas seulement les pays de la zone de l’OCDE, mais s’étend progressivement au reste du monde. Deuxièmement, les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à s’attaquer à cette question. Dans nombre de pays, d’autres acteurs - les associations de consommateurs, les ONG de défense de l’environnement, le milieu des affaires et de l’industrie - s’y sont intéressés et font preuve dans ce domaine d’un dynamisme toujours croissant.Dès qu’on parle d’aliments transgéniques tout est matière à division. Certains pays en développement qui connaissent une rapide croissance démographique, considèrent que le génie génétique est primordial pour subvenir aux besoins alimentaires de leur population. A ce titre, ils font observer que les habitants de la Chine – 20 % de la population mondiale sur 7 % des terres émergées – et de l’Amérique du Nord, consomment des produits génétiquement modifiés depuis près d’une dizaine d’années et que cependant aucune publication scientifique n’a jusqu’à présent mis en évidence un quelconque effet préjudiciable. Pour autant, de nombreuses associations de consommateurs estiment qu’il est trop tôt pour rejeter d’éventuelles incidences que l’on ne peut prévoir à long terme. Par ailleurs, d’aucun soutiennent que le problème de la faim dans les pays en développement n’est pas dû à l’absence de cultures génétiquement modifiées, mais à la pauvreté, aux carences du système de distribution alimentaire, aux verrous bloquant les transferts de technologies et à la guerre. Par conséquent, si les systèmes agricoles traditionnels pouvaient être conduits efficacement, ils suffiraient à nourrir les populations.Les considérations écologiques, et tout particulièrement les risques et avantages potentiels des plantes transgéniques, occupent également une place prépondérante dans le débat. D’un côté, de nombreux groupes de défense de l’environnement s’accordent à penser qu’en l’état actuel des connaissances, les risques liés aux organismes génétiquement modifiés (OGM) ne peuvent être évalués correctement. De l’autre, les tenants des biotechnologies affirment que l’intérêt des plantes transgéniques pour l’environnement est déjà prouvé dans la mesure où, par exemple, la résistance aux ravageurs permet de réduire les applications de pesticides aux effets toxiques.Si la plupart des acteurs du débat ne rejettent nullement les biotechnologies en tant que telles, ils souhaitent cependant que les procédés et produits issus des biotechnologies modernes fassent l’objet d’une surveillance et d’un suivi plus rigoureux. Beaucoup déplorent l’insuffisance actuelle des travaux scientifiques consacrés aux effets des OGM sur la santé humaine ou l’environnement.Une chose cependant est indiscutable : nécessité d’une plus grande transparence. Les consommateurs du monde entier revendiquent leur droit à connaître la composition exacte des produits alimentaires qu’ils achètent et à savoir s’ils ont subi une modification génétique. Ils demandent aussi à savoir si leur alimentation est sans danger ou non.Faire converger des positions aussi extrêmes est manifestement une gageure, mais on peut déjà commencer par décrire les points de vue en présence et les arguments avancés. Afin d’entamer le recensement des opinions et des attentes de tous les acteurs concernés par la question des OGM, en novembre 1999 l’OCDE a invité à se réunir à Paris, une cinquantaine d’organisations non gouvernementales appartenant à la société civile, aux milieux scientifiques et au monde des affaires. Deux grands sujets de préoccupation sont apparus : la santé des consommateurs et la sécurité des aliments.La sécurité de l’alimentation a fait l’objet d’une conférence, organisée trois mois plus tard à Édimbourg sur le thème des aliments génétiquement modifiés. Des représentants de pays Membres et non-membres de l’OCDE, ainsi qu’une diversité d’acteurs choisis y ont participé. Entre autres conclusions, il ressort notamment de cette conférence que les décisions concernant les aliments transgéniques, et l’évaluation de leur sécurité, doivent impérativement concilier, davantage que par le passé, ouverture et transparence. L’opinion publique réclame, à cet effet, d’être consultée et informée des différentes étapes du processus de décision. La question de "l’ouverture et la transparence" a été reprise lors de la conférence Biotechnologies modernes, nouveaux aliments et nouvelles cultures : enjeux pour la science, la sécurité et la société organisée conjointement par l’OCDE et le Royaume-Uni en juillet. Cette conférence a rassemblé des experts d’organisations intergouvernementales, d’institutions scientifiques, d’associations de consommateurs et de protection de l’environnement, des milieux industriels, ainsi que des représentants d’organismes de réglementation et des sphères gouvernementales. Elle avait pour objectif de réfléchir aux moyens d’intégrer les meilleurs acquis scientifiques en vu d’un consensus international, et d’affiner le concept de consultation ouverte et transparente avec tous les acteurs concernés.La Conférence d’Edimbourg s’était surtout intéressée aux attributs du principe de sécurité envisagés dans le cadre de l’évaluation de nouveaux aliments génétiquement modifiés (toxicité, allergénicité et nutrition, par exemple). Son président, Sir John Krebs, en a conclu à la nécessité de revoir certaines des méthodes actuellement appliquées. Le président de la Conférence de Bangkok, Lord Selborne, a indiqué, pour sa part, qu’à l’avenir, ces informations devraient non seulement avoir pour but de se conformer aux dispositions réglementaires, mais également de remplir, du moins partiellement, l’obligation de rendre des comptes à toutes les parties intéressées : société civile, pays, et organismes oeuvrant dans le domaine de l’environnement. En outre, toutes les instances nationales et internationales compétentes en matière de biotechnologies modernes devraient, selon lui, s’engager à être présentes au sein des assises réunissant les différents acteurs.Le droit de chacun à disposer d’une nourriture saine et d’un environnement sûr quel que soit le pays dans lequel il vit, est reconnu par tous. Cependant, certains pays en développement ont besoin d’une aide financière afin de mettre en oeuvre les capacités de recherche et les moyens susceptibles de leur conférer l’autonomie nécessaire pour déterminer préalablement le danger potentiel et l’utilité de tel développement, tel aliment transgénique ou telle nouvelle méthode de production agricole. De surcroît, il convient de renforcer la recherche financée par des fonds publics de nature à susciter un regain de confiance qui permettrait, en tout état de cause, de lancer dans les pays développés comme dans les pays en développement, des projets n’offrant a priori aucune perspective de retour sur investissement.La phase suivante des travaux conduira l’OCDE à cerner la problématique la plus fréquemment évoquée au cours des réunions consacrées à la sécurité sanitaire des aliments et aux biotechnologies. Il s’agira de déterminer les fondements scientifiques de l’étude des effets des organismes transgéniques sur l’environnement.La polarisation extrême des positions relatives aux perspectives offertes par les biotechnologies modernes rend peu vraisemblable la réduction de ces divergences à brève échéance. Néanmoins, les experts de l’OCDE sont amenés à jouer un rôle important : identifier les besoins des différents acteurs à l’échelle planétaire afin d’y apporter des réponses.


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