Mondialisation : et si les travailleurs y trouvaient leur compte ?

Les travailleurs des pays industrialisés doivent-ils craindre la mondialisation et ses supposés effets négatifs sur l’emploi? Des études récentes montrent, au contraire, que les entreprises exportatrices offrent de meilleures conditions à leurs salariés.

Depuis Seattle, en novembre 1999, on assiste à une vague de manifestations hostiles à la mondialisation : on l’a vu à Washington, à Prague, à Melbourne et, plus récemment, à Göteborg et à Gênes. Les manifestants hostiles à la mondialisation expriment leur inquiétude sur des sujets aussi divers que l’environnement, la pauvreté dans le monde, la stratégie des multinationales et la politique commerciale. Les partisans de la mondialisation et de la libéralisation des échanges insistent pour leur part sur les retombées bénéfiques, en termes d’efficience, de dynamisme et de bien-être économique que l’ouverture des marchés apporte aux citoyens, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres. Cette agitation ne doit pas occulter une question clé : quelle est l’incidence de la mondialisation sur le marché du travail ? La libéralisation des échanges profite-elle aux travailleurs ?Quelle est l’incidence des échanges sur les salaires?Les économistes se sont souvent penchés sur la question, mais essentiellement sous l’angle des importations et de leurs effets sur les travailleurs des économies industrialisées. En Grande-Bretagne, par exemple, Adrian Wood, spécialiste de l’économie du développement, a voulu mesurer l’impact des échanges entre les pays du Nord et les pays du Sud sur les salaires des travailleurs non qualifiés des pays du Nord. Selon lui, les échanges ont un impact négatif sur les salaires des travailleurs non qualifiés des pays du Nord. Ses conclusions ont toutefois été contestées par d’autres économistes qui observent que l’essentiel des flux commerciaux et d’investissement s’opère entre les économies de l’OCDE, et non pas entre les économies de l’OCDE et les pays en développement. En outre, nombre de ces économistes estiment que la technologie a une incidence plus importante sur le marché du travail que les échanges.Cependant, on s’est moins interrogé sur les exportations, qui constituent l’autre dimension des échanges. C’est dommage, car le secteur exportateur, avec tout son dynamisme et l’importance qu’il donne au savoir, amène souvent des améliorations sensibles pour les travailleurs au sein des économies nationales. C’est ce que révèle une étude, publiée en 2000 par l’Australian Trade Commission, selon laquelle les entreprises exportatrices versent des rémunérations de 60 % supérieures, en moyenne, à celles versées par les entreprises qui n’exportent pas. Et l’observation demeure vraie quelles que soient la nature des branches d’activité concernées et la taille des entreprises. Les entreprises exportatrices australiennes sont, en outre, davantage susceptibles de recourir à la négociation collective pour revaloriser les salaires et stimuler la productivité que celles qui n’exportent pas, qui se contentent plutôt de verser le salaire minimum. L’incidence des exportations ne porte pas seulement sur les salaires. L’étude réalisée en Australie rassemble des données couvrant d’autres aspects de l’emploi. Les entreprises exportatrices se préoccupent davantage d’hygiène et de sécurité au travail que celles qui restent sur leur marché domestique. Les entreprises exportatrices marquent également des points en matière de conditions et de sécurité de l’emploi : elles concentrent une plus forte proportion d’emplois à plein temps et d’emplois permanents que celles qui n’exportent pas. La différence vient à vrai dire en grande partie de l’attitude des entreprises à l’égard du capital humain. L’ étude australienne met en évidence l’effort des entreprises exportatrices en faveur de la formation de leurs employés. Elles encouragent davantage la formation de leurs salariés, ainsi que l’équipement en ordinateurs. Elles nouent souvent des alliances avec des universités et des centres de formation, et investissent dans le développement des plans de carrière de leurs employés. Leur effort de formation leur permet, en outre, de mieux s’insérer dans la société de l’information et leur présence sur les marchés internationaux leur procure des retombées positives en matière de technologie et de connaissances. Autant de facteurs qui contribuent ensuite à améliorer la productivité et la performance globale de l’entreprise.Ces avantages peuvent sembler évidents pour les pays de l’OCDE, mais qu’en est-il des économies en développement et des économies en transition ? Les observations de l’étude australienne se trouvent confirmées en Bulgarie, en Turquie, en République tchèque, au Chili, au Mexique et à Taiwan. Dans tous ces pays, l’efficacité accrue des entreprises exportatrices conduit à une hausse de la productivité, qui renforce la compétitivité de l’économie tout en améliorant les conditions de travail de la main-d’oeuvre nationale. Quelles leçons retenir de ces faits ? Il convient d’abord de ne pas négliger la question des exportations dans la complexe équation des échanges. N’oublions pas cette évidence : les importations d’un pays sont les exportations d’un autre pays. Par ailleurs, cette étude montre que les exportateurs sont de bons employeurs sur des plans aussi importants que le salaire, l’hygiène et la sécurité au travail, les conditions d’emploi, la sécurité de l’emploi et la formation. Cet aspect ne doit pas être négligé quand on s’interroge sur l’incidence des échanges, dans les pays de l’OCDE comme dans les économies en développement et les économies en transition.Pour convaincre les non-exportateurs et les importateurs privés des barrières protectionnistes qui offraient une réponse politique aux problèmes soulevés par la mondialisation, les économies nationales doivent créer des institutions du marché du travail. Les systèmes d’enseignement et de formation ont un rôle déterminant à jouer car ils permettent au marché du travail de s’adapter à mesure que l’économie évolue et que les activités nouvelles remplacent les activités anciennes. Même sur la question des échanges et des salaires, Adrian Wood ne préconise pas un retour au protectionnisme. Il prône des politiques d’adaptation sur le marché du travail grâce, notamment, à un effort de formation visant les travailleurs non qualifiés et peu qualifiés dans les pays du Nord. Des institutions du marché du travail justes et efficaces seront la meilleure garantie contre un retour du protectionnisme.Références  Freeman, R (1995), “Are your wages set in Beijing”, Journal of Economic Perspectives, Vol. 9 No 3, été, pp.15-32. Harcourt, T., “Why Australia Needs Exports: The Economic Case for Exporting,” Harcourt, T, Australian Trade Commission, Sydney, 2000. Moore, M., “The WTO: Challenges Ahead,” intervention devant le National Press Club, Canberra (Australie), 5 février 2001. Richardson, J. David et Lewis, H., Why Global Commitment Really Matters! Institute for International Economics, Washington DC, à paraître. Wood, A., “How Trade Hurt Unskilled Workers,” Journal of Economic Perspectives, 1995, Vol. 9 No 3, été, pp.15-32. World Development Report 1995: Workers in an Integrating World, Banque Mondiale, 1995.


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