La coopération internationale est une nécessité

La mondialisation est tout sauf un phénomène nouveau. Certains considèrent même qu’elle est au moins aussi ancienne que les voyages de Marco Polo au XIII e siècle. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la dimension qualitative et l’ampleur que le phénomène a acquis depuis le début des années 90. Nous entrons bel et bien dans une nouvelle phase de l’évolution de l’économie mondiale. Les conséquences pour la conduite de l’action gouvernementale — et donc pour les institutions internationales — sont immenses. Pour relever avec succès les défis d’un monde chaque jour plus étroitement interdépendant, les pays doivent plus que jamais unir leurs efforts au niveau supranational.

En quoi cette nouvelle vague de mondialisation diffère-t-elle qualitativement de l’évolution antérieure ? Sa spécificité tient dans une large mesure à la nouvelle révolution technologique : jamais dans le passé il n’avait été aussi facile de normaliser, d’échanger et de traiter les informations ; l’éventail des biens et des services susceptibles d’être échangés ne cesse de s’élargir et leur qualité ne cesse de s’améliorer ; enfin, les mouvements de capitaux entre les pays sont grandement facilités. Mais l’activité économique a également un impact plus sensible sur le patrimoine commun de l’humanité, qu’il s’agisse du changement climatique ou de l’approvisionnement en eau potable.Avec l’évolution spectaculaire des technologies de l’information, l’économie mondiale se rapproche de plus en plus des conditions nécessaires pour réaliser nombre des avantages découlant de l’intégration des marchés mondiaux. On ne peut que se féliciter des percées de la technologie dans les secteurs des transports, de l’informatique et des télécommunications : elles permettent d’accélérer les échanges d’informations et de réduire les coûts d’ajustement. À l’instar des capitaux, les travailleurs se déplacent pour améliorer leurs revenus individuels, et le coût de l’amélioration des procédés de production se réduit fortement, pour le plus grand intérêt des consommateurs. La consommation de biens intangibles à fort contenu d’informations est plus simple que jamais, que l’on souhaite lire les journaux d’Amérique latine sur son écran à Paris ou disputer une partie d’échecs à 10 000 kilomètres de distance. Par ailleurs, les pays ne sont plus aussi libres de recourir aux manipulations traditionnelles qui faussent le prix de leurs produits, de leurs capitaux ou de leur main-d’oeuvre, et les pressions s’accroissent pour harmoniser les politiques et les pratiques.À bien d’autres égards, il est cependant plus difficile de s’assurer que la mondialisation bénéficie à tous les habitants de la planète. C’est ce qui explique le malaise ressenti, dans les pays développés comme dans les pays en développement, face à certains effets de la mondialisation. Quelles sont donc les nouvelles forces à l’oeuvre ?En premier lieu, la rapidité avec laquelle peuvent se déplacer les informations et les capitaux accroît le risque de comportement grégaire des investisseurs et de « contagion » financière. En témoigne la propagation de la crise asiatique en Russie, puis en Amérique latine en 1997-98. Les mesures prises dans un pays se répercutent aussi beaucoup plus fortement et beaucoup plus vite sur les citoyens d’autres pays. Même s’ils sont retardés, ces effets n’en sont pas moins lourds de conséquences pour leurs économies. L’effet probable du réchauffement planétaire, essentiellement imputable aux émissions de carbone des pays industriels, suscite ainsi l’inquiétude de nombreux pays en développement. Enfin, les frontières de l’environnement « local » se redéfinissent et modifient les circuits jadis bien déterminés des échanges, élargissant ainsi de manière exponentielle le champ géographique de la concurrence.Dans ces conditions, comment les responsables de la politique économique peuvent-ils accentuer les effets positifs de la mondialisation tout en limitant ses effets négatifs ? Au plan individuel, les pays disposent de nombreuses options pour tirer parti de la mondialisation : investir dans l’éducation, encourager la recherche et le développement technologiques, accroître la transparence, oeuvrer à l’adoption de normes universelles et de codes de bonnes pratiques en matière économique et financière, et encourager l’adoption de politiques sociales efficaces par exemple.Pour la plupart des États nations, il est en revanche beaucoup plus difficile de s’opposer individuellement aux effets indésirables de la mondialisation. Certaines nations ou groupes de nations s’y emploient : les pays de l’ANASE s’efforcent, jusqu’à présent sans succès, de mettre au point des politiques communes en matière d’incitations fiscales, et les pays d’Afrique australe essaient d’harmoniser leurs politiques fiscales. Mais, aussi bien coordonnées soient-elles, il n’est pas sûr que de telles initiatives réunissent suffisamment de pays pour avoir un impact réel. Au bout du compte, c’est à la communauté internationale dans son ensemble qu’il incombe de rendre la mondialisation bénéfique pour tous. Cela suppose d’accroître l’assistance technique aux pays en développement et d’ouvrir sans réticence les marchés des pays industriels et des économies de marché émergentes aux exportations des pays à faible revenu. Pour remédier à la contagion financière, au réchauffement planétaire ou à la marginalisation et à l’exclusion sociale, rien ne remplacera les efforts menés au plan supranational. Les marchés ne peuvent en effet apporter que des réponses imparfaites à ces aspects de la mondialisation.Ces dernières années, le FMI a pris tout un éventail d’initiatives pour améliorer bon nombre des institutions, des marchés et des pratiques utilisées par les gouvernements, les entreprises et les individus. Il a ainsi renforcé sa surveillance des économies nationales. Les «bilans de santé» des systèmes financiers nationaux (Évaluations de la stabilité financière) constituent un effort particulièrement innovant, entrepris conjointement avec la Banque mondiale. Le FMI s’efforce également d’accroître la transparence et la diffusion des données économiques et financières. Nous avons amélioré des normes et des codes internationaux de bonnes pratiques. Les institutions de Bretton Woods encouragent par ailleurs fortement les mesures de lutte contre la corruption dans les économies des pays développés et des pays en développement.Les initiatives du FMI s’inscrivent dans le cadre d’un effort mondial. Elles sont à l’échelle de la tâche gigantesque qui doit être accomplie. La communauté internationale ne doit laisser personne sur le bord du chemin de la mondialisation. Sinon tout le monde y perdra et les efforts déployés en faveur de la mondialisation seront peine perdue.* Cet article est largement fondé sur "Reflections on the Impact of Globalization", par Eduardo Aninat, Peter Heller et Alfredo Cuevas, juillet 2001. Peter Heller et Alfredo Cuevas sont respectivement Directeur adjoint du Département des finances publiques, FMI, et Économiste principal, Département des finances publiques, FMI.


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