La mondialisation : une question d’équilibre

J’avoue être un peu las de ce terme de « mondialisation », si récurrent dans les discours et les écrits de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’action des pouvoirs publics. La mondialisation est tantôt condamnée – par ceux qui y voient un ordre mondial aux mains des entreprises multinationales rapaces et des administrations, où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent – tantôt glorifiée comme le moyen d’atteindre une plus grande prospérité pour tous et de répondre aux terribles conditions d’existence des milliards de déshérités de notre planète.

J’avoue être un peu las de ce terme de « mondialisation », si récurrent dans les discours et les écrits de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’action des pouvoirs publics. La mondialisation est tantôt condamnée – par ceux qui y voient un ordre mondial aux mains des entreprises multinationales rapaces et des administrations, où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent – tantôt glorifiée comme le moyen d’atteindre une plus grande prospérité pour tous et de répondre aux terribles conditions d’existence des milliards de déshérités de notre planète.Malgré ma lassitude, il m’est difficile de trouver un terme qui rende mieux compte des faits et tendances de notre époque. Mais que signifie réellement la mondialisation et pourquoi se polarise-t-on autant autour de cette question ? Pourquoi est-elle si importante ? Pour définir la mondialisation sous sa forme la plus simple, je dirais qu’une fois accomplie ce sera un « monde économique sans frontières » où les échanges et l’investissement à l’échelle planétaire s’effectueront aussi librement qu’à l’intérieur de frontières nationales, un monde où les travailleurs pourront passer librement d’un pays à l’autre pour trouver un emploi. Ce degré de mondialisation est encore loin d’être atteint, mais il ne fait aucun doute que l’intégration économique s’est accélérée grâce aux nouveaux moyens de transport et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi que sous l’effet des stratégies des entreprises et de l’action des pouvoirs publics.Lors de mon arrivée à l’OCDE, il y a cinq ans, j’ai avancé l’idée que nous ne pourrions accomplir de réels progrès que si nous réalisions un « paradigme triangulaire » assurant un équilibre entre l’économie, la société et la gestion des affaires publiques. Ce concept reprend pour l’essentiel les objectifs de bonne gouvernance et il est inhérent aux objectifs énoncés dans la Convention de l’OCDE. Ce concept englobe tous les enjeux et toutes les priorités de nos sociétés démocratiques, de la réduction de la pauvreté à la gestion de l’environnement. Il suffit de retirer une pierre à l’édifice ou de le déséquilibrer pour que le progrès social et économique se ralentisse et, souvent, s’arrête. Le passé regorge d’exemples, les révolutions étant les cas extrêmes.Ce paradigme ne signifie pas qu’il faille imposer un moule uniforme pour tous les pays. Chaque démocratie doit trouver son propre équilibre dans le cadre du paradigme, en fonction de ses particularités sociales, économiques et culturelles. Songeons simplement au contraste qui existe entre l’individualisme professé par des pays comme les États-Unis et le degré de responsabilité que de nombreux pays d’Europe accordent aux pouvoirs publics pour assurer le bien-être des citoyens. La diversité des préférences a conduit à des différences marquées dans de nombreuses politiques gouvernementales – en matière de répartition du revenu national, de flexibilité du marché du travail, de fiscalité par exemple – et, de fait, dans la conception même du rôle des pouvoirs publics. La notion d’équité sociale varie elle aussi selon les démocraties. Mais dès lors que la stabilité sociale est assurée, rien ne permet d’affirmer que l’équilibre atteint dans un paradigme national sera meilleur ou pire qu’un autre. Seul l’électorat peut trancher. Le débat sur la mondialisation suscite des passions et le moment est peut-être venu de réviser ce paradigme. Des heurts très vifsopposent ceux qui voient dans des marchés plus libres (y compris les marchés internationaux, par le biais du commerce et de l’investissement multilatéraux) une condition nécessaire à la croissance économique et à la création d’emplois, et ceux qui sont convaincus que le libre jeu des forces du marché met en péril l’équité sociale.La solution n’est pas toujours facile à trouver. La mondialisation ne peut cependant fonctionner que s’il existe également au niveau mondial un équilibre dans ce paradigme triangulaire. Si l’on s’en tient aux manifestations survenues dans plusieurs villes au cours des dernières années, il semble bien qu’il y ait un certain déséquilibre. Reste à savoir où. Nul doute que les fruits de la mondialisation, en l’occurrence la libéralisation du commerce et de l’investissement, ont apporté beaucoup plus de richesse au monde dans son ensemble. Cependant, on ne peut pas dire que la mondialisation soit une bonne chose du simple fait que personne ne s’appauvrisse. Dans les pays de l’OCDE, certains sont à la traîne alors que d’autres mènent la course, et on a l’impression que le fossé s’élargit entre le Nord et le Sud. D’où les questions suivantes. Accorde-t-on une attention suffisante à l’équité sociale dans le paradigme ? Le volet de la gouvernance a-t-il besoin d’être renforcé ? Beaucoup s’accordent à dire que la mondialisation offre un grand potentiel pour le développement mondial. Dès lors, comment mobiliser des intérêts divergents au service de ce qui est peut-être une occasion unique ? Le phénomène de mondialisation touche presque tous les aspects de la vie économique. On ne peut donc lui donner un sens qu’en embrassant un large éventail de mesures, concernant non seulement les échanges et l’investissement, mais aussi la concurrence, la main-d’oeuvre, l’environnement, les marchés financiers, l’énergie, l’agriculture et le développement, pour ne citer que quelques domaines. Aucun gouvernement, aucun ministère, aucun syndicat ni aucune entreprise ne peut agir isolément dans la communauté d’économies et de sociétés que nous formons aujourd’hui. Les gouvernements démocratiques des pays de l’OCDE oeuvrent de concert pour améliorer leur action, établir une coopération et accroître le bien-être de leurs pays. Nos décisions sont prises sur la base d’un consensus et nous fondons notre action sur le dialogue, notamment avec les entreprises, les travailleurs et la société civile. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec les pays non membres de l’Organisation. La mondialisation, nous le savons, a des inconvénients qu’il faut gérer, en particulier ses coûts d’ajustement. L’ouverture des marchés fait jouer la concurrence, récompense l’efficience et la productivité, tout en pénalisant l’inefficacité – allant jusqu’à la fermeture d’entreprises et le licenciement. Les avantages économiques de la mondialisation observés dans une des dimensions du paradigme doivent donc s’accompagner de mesures qui assurent l’équité et la stabilité sociales. C’est une question de bonne gestion des affaires publiques et c’est au coeur même du travail de l’OCDE. La mondialisation pour tous est une occasion que nous ne pouvons pas nous permettre de manquer. C’est une responsabilité morale de notre époque.


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