Informatique et développement durable

Malheureusement, la fracture numérique qui se dessine dans nos sociétés est un nouveau symptôme de certains de nos problèmes les plus anciens, à savoir des fractures persistantes entre illettrisme et savoir, entre maladie et bonne santé, entre pauvreté et abondance. Si la technologie ne saurait à elle seule résoudre ces problèmes fondamentaux, elle peut apporter de puissantes aides numériques capables de conforter le développement durable.

Comme l’a récemment indiqué Bill Gates, l’accès à Internet est le cadet des soucis de tous ceux qui n’ont qu’un euro par jour pour survivre. En revanche, l’informatique pourra avoir un impact important sur la vie des gens si elle peut servir à créer de vrais emplois dans les nouveaux secteurs liés à l’informatique, ou à améliorer la fourniture de nourriture, de soins et d’autres services vitaux via un développement assisté par l’informatique.Le développement fondé sur l’informatique suppose de bâtir un secteur informatique durable dans les pays en voie de développement (PVD) où ce type d’évolution est aujourd’hui une possibilité réaliste. Un bon exemple de ce mode de développement est le solide flux d’externalisation informatique des pays industrialisés vers les PVD. Le secteur logiciel indien, avec près de 4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, représente une part importante de ce marché ; les Philippines et la Chine, de leur côté, en sont aussi des acteurs hors OCDE importants.C’est la demande constante de compétences informatiques qui stimule le marché de l’externalisation informatique. Même dans un contexte de croissance ralentie sur les grands marchés clients occidentaux, cette demande devrait continuer à susciter des opportunités de développement, car l’Europe et les États-Unis ne produisent pas assez d’informaticiens pour répondre aux besoins du secteur. Cette pénurie des compétences et la capacité à abaisser les coûts de production font de l’externalisation une démarche extrêmement séduisante non seulement pour les activités de développement logiciel ou de fabrication électronique, mais aussi pour les services à distance très gourmands en ressources informatiques tels que le traitement des sinistres en matière d’assurance, le traitement des données relatives aux cartes de crédit dans le domaine bancaire, ou encore l’assistance technique.Pour les pays qui ont la chance de disposer d’une infrastructure scolaire, universitaire et technologique suffisante, le développement fondé sur l’informatique peut en fait s’avérer plus que durable. En effet, d’une certaine façon, le savoir est la ressource renouvelable ultime, celle qui croît au fil de son exploitation. Et lorsque cette ressource s’étoffe, les opportunités de ses détenteurs se multiplient.Si le développement fondé sur l’informatique peut constituer un bon schéma pour certains pays ou certaines régions de pays, nous savons tous que dans de nombreux cas, il n’est tout simplement pas réaliste de l’envisager. Dans les régions du monde engluées dans des cycles récurrents de pauvreté, de maladies, d’illettrisme et de détresse économique, le grand plus de l’informatique sera plutôt de soutenir les efforts consentis pour répondre aux questions de base sur l’instruction, la santé et la pauvreté.Dans un bon exemple de ce type de développement simplement assisté par l’informatique, le Programme alimentaire mondial (PAM) s’est récemment penché sur la contribution potentielle de l’informatique à ses actions dans les zones frappées par la famine. Avec l’aide et l’assistance de Microsoft, le PAM met au point un dispositif portatif qui permettra à ses équipes de collecter les données directement sur le terrain et de les transmettre à un ordinateur central grâce à des technologies sans fil. Ce nouveau système, qui subira ses premiers tests sur le terrain le mois prochain, au Kenya, renforcera la rapidité et l’efficacité des livraisons de secours et de nourriture. Concrètement, il permettra donc de sauver des vies, et donnera un nouveau sens au concept de livraison « juste-à-temps ».De très nombreux cas similaires, se caractérisant par la complexité des problèmes à traiter, se font jour dans les domaines de la santé, de l’instruction et de la gestion des ressources (récoltes, eau, forêts et pêche notamment). Chaque fois, l’expérience montre que l’informatique peut jouer un rôle vital dans l’appréhension des problèmes de développement et la mise en oeuvre de solutions meilleures. Que peuvent faire les autorités pour faciliter ces formes de développement assisté par l’informatique ? Des débats tels que le Forum OCDE 2001 sont un excellent point de départ. Du point de vue de l’initiative politique plus large, au moins quatre contraintes limitent actuellement l’extension des avantages potentiels de l’informatique à toutes les régions du globe :• Infrastructures de communication. Le lien empirique entre les niveaux d’investissement d’un pays dans ses télécommunications et son niveau de développement est bien connu. En dépit de quelques progrès, plus d’un tiers des PVD disposent de moins de 5 lignes de téléphone pour 100 habitants.• Compétences. La pénurie de compétences informatiques en Europe et aux États-Unis ouvre la porte à la croissance des PVD capables de fournir des informaticiens très qualifiés. En Europe, l’expérience montre que la formation informatique est possible en dehors des structures de formation classiques, y compris au sein de communautés désavantagées, et suggère donc que de nouvelles actions sont possibles dans le monde entier.• Infrastructure réglementaire. Les problèmes de réglementation qui grèvent le développement lié à l’informatique vont de la réglementation des services financiers et des transactions en ligne aux questions de respect de la propriété intellectuelle, de cybercriminalité, de respect des données personnelles, de censure et de fiscalité. Les PVD doivent s’attaquer à ces questions d’une manière crédible et conforme aux normes internationales de transparence, de neutralité et de liberté commerciale.• Entraves au commerce international. On constate que le développement lié à l’informatique prend très souvent la forme de services et de livraisons électroniques. C’est pourquoi il convient de travailler davantage, tant dans les PVD que les pays industrialisés, à la diminution des entraves au commerce international dans le domaine des services et du commerce électronique.Plus nous agirons pour éliminer ces contraintes, et plus les gains liés au numérique seront potentiellement importants. En utilisant la technologie comme plate-forme et comme outil, nous traiterons mieux nos grands maux économiques et sociaux, et accroîtrons les chances que leurs symptômes, dont la fracture numérique, se résorbent progressivement.© L’Observateur de l’OCDE, Nº226/227, Été 2001


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