Pourquoi le monde a besoin d’un nouveau cycle de négociations commerciales

Les perspectives du lancement d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales en novembre s’améliorent, mais des problèmes demeurent.

Le monde, et en particulier les pays les plus pauvres, ont besoin d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales. L’Organisation mondiale du commerce et le système commercial multilatéral survivront même si un nouveau cycle n’est pas lancé lors de la quatrième Conférence ministérielle, qui se tiendra en novembre à Doha (Qatar). Mais le nouveau cycle n’est pas uniquement dans l’intérêt de l’OMC ou de toute autre institution. Il s’agit plutôt de relancer les discussions afin de s’attaquer sans plus tarder aux problèmes pressants auxquels doit faire face l’économie mondiale, et en particulier l’économie des nations les plus petites et les plus vulnérables.Nous avons consacré les 18 derniers mois à rétablir la confiance dans un système commercial mondial qui a eu des retombées positives immenses pour l’humanité. La confiance s’est renforcée. Les gouvernements des pays membres de l’OMC se comprennent mieux et, ce qui est tout aussi important, ils comprennent qu’aucun pays n’atteindra ses objectifs au sein du système que si toutes les nations pensent tirer des bénéfices d’un nouveau cycle de négociation. Les pays membres comprennent également que tout progrès est impossible si tous les gouvernements ne se considèrent pas comme partie prenante dans ce processus.« Ne vaut-il pas mieux attendre que les conditions économiques soient favor-ables ? » Cette question récurrente lorsqu’il s’agit de lancer un nouveau cycle se pose à nouveau aujourd’hui. Mais faut-il réparer un toit lorsqu’il pleut ou lorsque le soleil brille ? Actuellement, les prévisions tablent plutôt sur de la bruine et des vents forts. Le ralentissement économique qui a frappé les États-Unis et le Japon menace les pays dont la croissance économique et le développement dépendent de ces marchés à l’exportation. Et comme l’histoire nous l’a appris, tout fléchissement de l’activité a la fâcheuse tendance de nourrir les sentiments protectionnistes.Dans ces conditions, il est important qu’un message clair souligne l’attachement des gouvernements, de par le monde, à la libéralisation des échanges, en particulier s’agissant des produits en provenance des pays en développement. Un cycle aiderait surtout les pays pauvres et faibles. Les forts peuvent se défendre eux-mêmes. Sans règles multilatérales, les pauvres sont soumis à la loi de la jungle. Rares sont les économistes qui s’inscriraient aujourd’hui en faux contre l’idée que l’amélioration de l’accès aux marchés pour les produits des pays pauvres est essentielle aux efforts déployés pour atténuer la pauvreté. Sur les marchés des pays riches, les exportations des pays en développement se heurtent à des obstacles commerciaux beaucoup plus élevés que les produits des pays développés. Si le commerce de produits manufacturés se libéralisait davantage encore, les trois quarts des avantages iraient aux pays en développement. D’après la Banque mondiale, les avantages économiques que les pays en développement tireraient de l’élimination des subventions agricoles dans les pays riches seraient 3,5 fois plus importants que l’aide publique au développement (l’APD atteignait US $ 56,4 milliards en 1999).Mais les pays pauvres ne seraient pas les seuls à en bénéficier. Selon une étude réalisée par l’Université du Michigan, la réduction des obstacles au commerce des produits agricoles, des services et des produits manufacturés donnerait un coup de pouce de l’ordre US$ 613 milliards à l’économie mondiale, soit l’équivalent de l’économie canadienne. Et si l’on supprimait ces obstacles, la croissance grimperait de près de US$ 1 900 milliards, c’est-à-dire deux fois le PNB de la Chine. et de l’Association européenne de libre-échange (AELE), la croissance économique s’améliorerait de US$ 169 milliards ; le Mexique enregistrerait des gains de 6,5 milliards, les États-Unis des gains de 177 milliards, etc.Dans les pays de l’Union européenne (UE).Les gouvernements des 140 pays membres de l’OMC peuvent-ils lancer un nouveau cycle à Doha ? Il est encore impossible de le dire pour le moment. Mais les chances sont certainement plus grandes qu’elles ne l’étaient à la même époque l’an dernier. Nous avons beaucoup progressé pour identifier les points de désaccord et les gouvernements ont fait preuve de souplesse dans leurs positions. Si au cours des réunions que nous avons tenues ces derniers mois, très peu de délégations ont dit être opposées à un cycle, de larges désaccords demeurent sur le programme d’un tel cycle. Des divergences persistent concernant l’investissement, la concurrence, la facilitation des échanges, l’environnement et la réduction des droits de douane sur les produits industriels. Mais ces divergences s’atténuent, en grande partie parce que les délégations ont travaillé ensemble de façon constructive et ont été attentives aux préoccupations des autres. Le seul point sur lequel subsiste véritablement un désaccord important est celui des normes du travail. Les pays en développement sont en effet plus réticents que jamais à inscrire cette question au programme de travail de l’OMC. Pour eux, le fossé à franchir est considérable.Alors que les délégations débattent de ces questions, des négociations se tiennent déjà sur l’agriculture, les services et la mise en oeuvre des accords existants, question qui revêt une importance fondamentale de l’avis d’un très grand nombre de gouvernements. Nous avons tenu des réunions de bilan productives dans le secteur de l’agriculture et des services, qui ont permis d’établir le programme des négociations pour l’année à venir. Pour ce qui est des problèmes de mise en oeuvre, de légers progrès ont été réalisés et de nombreux pays en développement souhaiteraient que nous progressions davantage dans ce domaine. Mais il est tout à fait évident que sur l’ensemble de ces trois questions – agriculture, services et mise en oeuvre – il sera très difficile, voire impossible, de réaliser des avancés substantielles en dehors d’un cycle.Dans ces conditions, où en sommes-nous ? Il est largement admis par les gouvernements que le cadre fondamental d’un accord doit être en place d’ici à la fin juillet pour pouvoir lancer un cycle à Doha. Le programme de travail doit être suffisamment large pour que chacun y trouve son compte. Il doit exclure les questions sur lesquelles il n’y a aucune chance d’arriver à un accord. Il doit être suffisamment détaillé pour présenter de l’intérêt, mais pas trop détaillé pour ne pas exiger une pré-négociation. Il doit être approuvé à 95 % en juillet, afin de ne pas y consacrer trop de temps en novembre. Doha ne doit pas être un autre Seattle. Les ministres des gouvernements des pays membres ne le toléreront pas.Peut-on y parvenir ? Je le pense. À condition que les gouvernements fassent preuve de la souplesse nécessaire pour accepter des compromis. Nombre des principales parties prenantes font déjà preuve de cet état d’esprit. La tâche ne sera pas facile, mais réaliser un objectif d’importance historique est rarement chose aisée.


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