Hommage à Kim Dae-jung

Consultant de la Banque asiatique du développement, Tokyo

L'adhésion de la Corée à l'OCDE en 1996 a marqué une étape importante dans la mondialisation de l'organisation. C'est le seul pays asiatique à avoir rejoint l'OCDE après le Japon en 1964. Son adhésion a également entériné la reconnaissance des exceptionnels progrès économiques, sociaux et politiques de la Corée au cours décennies précédentes, se relevant des décombres de la guerre pour devenir une puissance économique mondiale et une démocratie à part entière.

Peu d'hommes ont autant contribué au succès de la Corée que le Président Kim Dae-jung, décédé en août. Il s'est courageusement battu pour la démocratie, les droits de l'homme, et pour l'unification avec la Corée du Nord, qu'il souhaitait ardemment. Recevant le Prix Nobel de la paix en 2000, Kim Dae-jung rappelait : « Par cinq fois j'ai failli mourir entre les mains de dictateurs, j'ai connu six années de prison, et j'ai été assigné à résidence, contraint à l'exil ou constamment surveillé pendant 40 ans. » C'est jusqu'à présent le seul Coréen à avoir obtenu un prix Nobel.

Après s'y être plusieurs fois porté candidat, Kim Dae-jung a été élu à la présidence de la Corée en décembre 1997. C'était la première transition entre le parti au pouvoir et le parti d'opposition de l'histoire coréenne moderne. Celle-ci s'embourbait alors dans une grave crise financière. Kim Dae-jung sauva brillamment son pays de la faillite grâce à une gestion exemplaire de la crise, l'adoption de réformes structurelles et le renforcement des institutions démocratiques.

Kim Dae-jung était très attentif aux conseils de l'OCDE sur les politiques structurelles nécessaires pour remettre la Corée sur la voie d'un développement rapide, et invita plusieurs fois à la Maison bleue le Secrétaire général de l'époque, Donald Johnston, dans ce but. Il lança ainsi un ambitieux programme de réformes structurelles sur le gouvernement d'entreprise, le contrôle des marchés financiers, l'investissement direct étranger, la réforme de la réglementation, la lutte contre la corruption et les privatisations. Après une grave crise en 1998, l'économie coréenne rebondit en 1999 et retrouva la voie d'un développement rapide. Kim Dae-jung, dont on se souviendra comme le « président de la paix et de la démocratie », est aussi l'homme qui sauva son pays de la crise économique.

Après la fin de son mandat, en 2003, j'eus le grand honneur de rencontrer Kim Dae-jung chez lui à Séoul, avec M. Johnston. Je garde un souvenir ému de son aura sereine, de la paix de sa demeure et de sa magnifique collection d'orchidées. Invité par M. Johnston comme intervenant principal au Forum de l'OCDE de 2004, Kim Dae-jung accepta sans hésiter.

Dans le discours qu'il prononça au Forum, il évoqua son rêve d'unifier les deux Corée et ses efforts pour y parvenir lors de sa brillante présidence. C'était un rappel poignant pour le public largement européen que, si la Guerre froide était finie en Europe, l'Asie de l'Est ne connaissait toujours pas la paix.

Kim Dae-jung, citoyen remarquable d'un pays remarquable, n'était autre que l'un des grands architectes de l'histoire du monde contemporain.

Kim Dae-jung, né le 3 décembre 1925, est décédé le 18 août 2009.

Son discours à l'OCDE est disponible sur www.oecd.org/forum2004-fr et sur la version en ligne de cet article, sur www.observateurocde.org.

©L'Observateur de l'OCDE n° 274, octobre 2009




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