Migrations et mythes

En période de fort chômage, les processus de migration sont souvent montrés du doigt. Un nouvel Essentiel de l'OCDE analyse posément la question, sans occulter ses aspects polémiques. Extrait.

Une des accusations les plus souvent portées contre les immigrés est qu'ils prennent le travail des autochtones, car - soutient-on - ils seraient prêts à travailler pour des salaires moins élevés. Y a-t-il une part de vérité dans cette affirmation ? Et les immigrants nuisent-ils réellement aux perspectives d'emploi des autochtones ?

Comme cela arrive souvent avec les migrations internationales, les réponses ne sont pas simples. La situation diffère d'un pays à l'autre et d'une profession à l'autre - selon que les immigrés et les autochtones sont peu ou hautement qualifiés. Les réponses dépendent également de la perspective temporelle adoptée - il peut y avoir des répercussions à court terme mais très peu d'effets à long terme - et de l'échelle à laquelle on envisage le marché de l'emploi - au plan national ou dans une ville ou une région particulière.

Il ne faut cependant pas en conclure que le travail des immigrés n'a aucun impact sur les emplois des travailleurs locaux, mais plutôt que cet impact n'est pas toujours facile à mesurer. Malheureusement, faute de données précises, il arrive que les rumeurs et les cas particuliers soient pris pour argent comptant et alimentent l'accusation habituelle selon laquelle « ils viennent pour nous voler nos emplois ».

Qu'en est-il en réalité ? Le travail des immigrés peut en fait apporter une aide aux travailleurs locaux. Par exemple, lorsqu'une famille engage un migrant pour assurer la garde de ses enfants, cela peut permettre aux deux parents de travailler. Un restaurant qui engage des migrants pour faire le service peut voir son chiffre d'affaires augmenter, ce qui crée de nouveaux emplois de gérants dont peuvent bénéficier des travailleurs locaux. Selon les économistes, les immigrés peuvent également être complémentaires des travailleurs locaux lorsqu'ils acceptent des emplois que ces derniers refusent, les emplois « sales, dangereux et difficiles » (3D jobs - Dirty, Dangerous, Difficult), comme on les appelle. Au Royaume-Uni, par exemple, dans le cadre d'une émission de la BBC, on a interrogé des travailleurs agricoles polonais qui faisaient la récolte dans les champs, ainsi que des hommes britanniques qui recevaient des prestations sociales. Les travailleurs polonais étaient payés 7 livres de l'heure, soit un peu moins de 14 dollars, et semblaient ravis de leur travail. « C'est merveilleux ici », confiait l'un d'eux.

Cependant, au bureau de l'assurance chômage, les Britanniques tournaient ce travail en ridicule. « Hors de question, je préfère pointer au chômage que de faire ça », dit un de ces hommes, avant d'ajouter : « Je ne veux pas travailler dans un champ de blé. Je ne veux pas travailler avec un tas d'étrangers. » Une telle réponse reflète non seulement certaines attitudes xénophobes, mais elle traduit aussi une autre accusation dont font souvent l'objet les immigrés : en acceptant d'être moins payés, ils tireraient les salaires vers le bas, dans certains cas au point que les autochtones ne veulent tout simplement plus occuper les emplois concernés. Certains faits indiquent que les migrants tirent effectivement les salaires vers le bas mais, selon de nombreux économistes, cet impact est relativement léger et ne dure guère. Ce sont en fait les travailleurs les moins qualifiés - et donc les moins payés - qui ont tendance à en être les plus affectés... Un groupe dans lequel on retrouve généralement les premières vagues de migrants.

On affirme parfois également que l'afflux d'immigrants est une solution de facilité qui évite aux gouvernements et aux employeurs de s'attaquer de façon systématique aux pénuries de main-d'oeuvre chroniques, ce qui les dispense d'augmenter les salaires ou d'accroître les opportunités d'emploi pour les ressortissants nationaux. Selon certains, cette situation prévaut déjà dans les secteurs des soins infirmiers et de la médecine de nombreux pays de l'OCDE. La disponibilité d'infirmières étrangères, en particulier de travailleuses temporaires, signifi e que les pressions pour augmenter les salaires sont faibles et que les hôpitaux sont peu incités à améliorer les conditions de travail afin d'attirer davantage de natifs dans la profession.

Extrait des Migrations internationales : Le visage humain de la mondialisation, Brian Keeley, Collection Les Essentiels de l'OCDE, octobre 2009. Commandez l'ouvrage sur www.oecd.org/librairie


©L'Observateur de l'OCDE n° 274, octobre 2009




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