Prêter main forte aux jeunes

OCDE Observateur

La crise de l'emploi va-t-elle donner naissance à une génération désespérée ? Même au plus fort de la croissance, de nombreux jeunes peinent à s'insérer sur le marché du travail, et ils connaissent souvent un taux de chômage deux à trois fois supérieur à leurs aînés. La récession n'arrange rien. De plus, les jeunes qui travaillent n'ont souvent que des contrats courts et sont souvent les premiers à se faire licencier (dans la zone OCDE, environ 35 % des travailleurs de 15 à 24 ans bénéficiaient d'un contrat temporaire en 2008). En temps de crise, l'heure est d'autant plus grave.

Dans la zone OCDE, le chômage des jeunes a progressé de 4,3 points entre juin 2008 et juin 2009 (atteignant 17,6 %), soit deux fois la hausse moyenne toutes tranches d'âge confondues. L'Espagne est le pays le plus touché, avec désormais plus d'un tiers des jeunes en âge de travailler au chômage, contre 15,8 % en moyenne pour les 25 ans et plus. Plusieurs autres pays, aux structures de marché du travail diverses, de l'Italie à la Suède en passant par les États-Unis, connaissent aussi un taux de chômage des jeunes proche de 20 % ou plus. Même dans les pays où des systèmes d'apprentissage solides offrent depuis longtemps une transition progressive entre études et monde du travail, comme l'Allemagne, l'Autriche ou la Suisse, le chômage des jeunes est monté en flèche.

Cela provient en partie du fait que la nature des contrats d'apprentissage a évolué pendant la crise, et que les entreprises renâclent aujourd'hui à les proposer à des jeunes sans diplôme ou d'origine immigrée. En outre, beaucoup de jeunes sous contrat temporaire ou à temps partiel n'ont pas droit aux indemnités chômage lorsqu'ils sont licenciés. Vu l'ampleur du ralentissement économique actuel et le risque d'une reprise sans effet sur l'emploi, ces jeunes peuvent facilement tomber dans la pauvreté.

Bref, on pourrait bientôt voir toute une génération de jeunes diplômés exclue du monde du travail pour plusieurs mois, voire plusieurs années, qui ne pourront peutêtre jamais rattraper leur manque à gagner en termes de revenus, de perspectives de carrière et d'épanouissement personnel et professionnel.

Certains gouvernements ont réagi rapidement, en lançant des programmes pour l'emploi des jeunes. En avril, le gouvernement britannique a annoncé qu'à partir de janvier 2010, tout chômeur de moins de 25 ans depuis plus d'un an se verrait proposer un emploi, une formation ou un contrat d'insertion rémunéré. Aux États-Unis, le gouvernement a annoncé que les droits aux indemnités chômage seraient notablement élargis, y compris pour les jeunes, et que son programme de crédits d'impôt serait étendu aux employeurs qui recrutent des 16-24 ans. Aux Pays-Bas, l'ensemble des communes sont désormais tenues de proposer un travail, une formation ou une combinaison des deux à tous les jeunes de 18 à 27 ans qui s'inscrivent aux organismes d'aide sociale. Enfin, la France a récemment annoncé un plan global de 500 millions d'euros pour aider les jeunes à poursuivre leurs études ou à trouver un emploi.

Beaucoup d'autres pays s'efforcent de faciliter l'accès à des programmes actifs du marché du travail, notamment des programmes d'aide à la recherche d'un emploi ou de formation, pour les nouveaux venus comme pour les jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail. Beaucoup de pays augmentent par ailleurs les financements pour les contrats d'apprentissage des jeunes non qualifiés, tandis que certains cherchent à réformer le système éducatif afin qu'il dote les jeunes de qualifications professionnelles reconnues et recherchées.

Clairement, dans de nombreux pays, la frontière traditionnelle entre études et travail est de plus en plus poreuse : le travail est en train de devenir partie intégrante du cursus. Mais une leçon majeure demeure : dans notre économie mondiale de plus en plus fondée sur le savoir, un bon niveau d'études est payant. Car même en période de croissance économique, le chômage des jeunes est étroitement lié au niveau d'instruction. Les pouvoirs publics auraient tout intérêt à repenser leurs politiques sociales, éducatives, de formation et d'emploi afin que, quand viendra la reprise, les jeunes soient bien préparés au monde du travail. MA

Pour en savoir plus, consulter www.oecd.org/emploi/jeunes et www.oecd.org/emploi/ministerielle.

 

©L'Observateur de l'OCDE n° 274, octobre 2009




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