Investir dans l'employabilité

Ingeus Centre for Policy and Research*

Aider les nouveaux chômeurs tout en continuant à accompagner les personnes désavantagées sur le marché du travail, tel est le défi majeur pour les ministres de l'emploi.

Le chômage augmente dans de nombreux pays et, du fait de la pression croissante sur les organismes d'aide sociale, les services de l'emploi et plus généralement sur les finances publiques, les gouvernements ont bien du mal à savoir où investir leurs maigres ressources. L'engagement renouvelé d'accompagner le retour à l'emploi, fondé sur une analyse d'efficacité améliorée, doit être au coeur du débat.

Voici quelques éléments clés destinés à aider les ministres à répondre à la crise.

Premièrement, conserver l'objectif à long terme d'un emploi durable pour tous. Il est crucial de tirer les leçons des récessions passées. Compter sur l'augmentation des taux de départ en retraite anticipée ou le recours aux prestations d'invalidité ou de maladie pour contenir le chômage aboutira, à terme, à des dysfonctionnements sur le marché du travail. Avec le vieillissement de la population active et le resserrement du marché du travail, il faut chercher à maintenir en activité les travailleurs âgés et les personnes qui souffrent de problèmes de santé.

Ces dernières années, on s'est beaucoup concentré sur l'accroissement des conditions donnant droit aux prestations et sur les moyens de ramener vers l'emploi les personnes qui s'en étaient éloignées, comme les parents isolés, les handicapés et les personnes souffrant d'un problème de santé. Cette approche a fait ses preuves, a encouragé l'innovation et a permis d'améliorer le choix et la qualité des services.

Mais dans le contexte actuel de pression budgétaire et d'opportunités d'emploi réduites, la qualité et l'étendue des services d'emploi destinés à ces groupes risquent de se dégrader, car la priorité est mise sur l'accompagnement des nouveaux chômeurs. Les effets peuvent être graves et durables, l'exclusion du marché du travail pouvant même devenir un phénomène intergénérationnel.

Deuxièmement, aider en priorité les personnes les plus exposées à l'exclusion du marché du travail. De nombreux gouvernements s'inquiètent de l'impact de la crise actuelle sur l'accès des jeunes à l'emploi. Ils craignent que toute une génération n'en reste profondément marquée. Diverses mesures ont été prises, comme les garanties de formation, l'extension de l'apprentissage et les subventions à l'emploi.

Les gouvernements devraient suivre de près l'impact de la récession sur d'autres groupes vulnérables, qui risquent d'être durablement exclus. Les tensions sur le marché du travail peuvent affecter les travailleurs immigrés ou les réfugiés, qui ignorent parfois la langue du pays-hôte ou les arcanes de son marché du travail, sans parler des handicapés ou des personnes ayant des problèmes de santé. Il est crucial pour eux d'investir dans l'employabilité et le relèvement du niveau de compétences de manière à réellement optimiser leurs chances sur le marché du travail.

L'observation et l'analyse du marché du travail permettent d'allouer efficacement les ressources. Par exemple, l'étude commanditée par le Département du Travail et des Pensions du Royaume-Uni a mis en évidence que les jeunes les moins qualifiés vivant dans des quartiers défavorisés constituaient le groupe le plus exposé à l'exclusion du marché du travail. Les services publics de l'emploi et les organismes d'aide sociale s'efforcent donc d'améliorer leur capacité d'analyse afin d'utiliser au mieux les ressources disponibles.

Il faudrait aussi réfléchir à un service de l'emploi personnalisé. Outre qu'elle permet de maintenir la priorité sur l'emploi, cette approche a prouvé, lorsque l'exercice futur d'une activité professionnelle dépend de l'acquisition de compétences, qu'elle pouvait à la fois aider les plus défavorisés à trouver du travail et offrir un bon rapport coût-efficacité.

Aujourd'hui, ceux qui ont peu d'expérience professionnelle peinent à concurrencer ceux qui viennent de perdre leur emploi. De nouveaux dispositifs s'imposent sans doute pour compléter les programmes existants. Les périodes d'essai en entreprise et les dispositifs intermédiaires du marché du travail pourraient aider les participants à retrouver le chemin de l'emploi.

Troisièmement, les pouvoirs publics doivent innover. Malgré le catastrophisme ambiant, de nouvelles opportunités vont se présenter pour innover et améliorer les méthodes d'accompagnement des exclus du marché du travail. Ainsi, dans de nombreux pays, l'accroissement de la demande de services a stimulé l'innovation en matière de prestations. En réponse à la crise, le Royaume-Uni a accru les effectifs du service public de l'emploi. Comme les locaux existants n'étaient pas assez grands pour abriter les nouveaux agents, on a installé ceux-ci dans des organismes partenaires, y compris des prestataires privés ou associatifs. Il en a résulté une plus grande fluidité des services pour les clients, et la productivité en sera probablement stimulée.

De même, l'accompagnement des demandeurs d'emploi par téléphone et par Internet s'est étendu dans de nombreux pays, ce qui peut remplacer efficacement les entretiens sur place pour les travailleurs qui viennent de perdre leur emploi ou les personnes peu éloignées du marché du travail.

Quatrièmement, ne pas négliger la dimension locale. Les ministres auront bien sûr à coeur de rentabiliser au maximum l'investissement mis dans les politiques actives du marché du travail et à promouvoir une utilisation efficiente des ressources. Au niveau local, on peut souvent renforcer l'efficacité des programmes par une meilleure harmonisation et un meilleur ciblage de l'accompagnement vers l'emploi, et les compléter, notamment par la formation. On peut ainsi valoriser au mieux des budgets restreints.

Aux Pays-Bas, le gouvernement a créé un réseau de centres locaux de mobilité pour favoriser la coopération entre entreprises, syndicats et organismes de recherche d'emploi. Une initiative vivement soutenue par les syndicats et les autres partenaires sociaux.

Mettre en présence les employeurs et les syndicats pour discuter du marché du travail local et régional peut aider à planifier à plus long terme, et à remédier aux disparités entre offre et demande. Grâce aux partenariats locaux, il devient également possible de veiller à ce que l'investissement dans les compétences et la formation des chômeurs corresponde aux besoins du marché du travail local ou aux prévisions des besoins en compétences.

Le message est simple. Dans le contexte actuel, les individus doivent s'investir davantage pour obtenir des emplois sûrs : il doivent déployer plus d'efforts pour trouver des emplois vacants, postuler à un plus grand nombre d'emplois et obtenir plus d'entretiens avec des employeurs potentiels qu'auparavant. Mais d'autre part, les pays doivent investir davantage dans les services de l'emploi à une période où il est plus difficile d'accompagner la transition vers l'emploi et la sortie de l'aide sociale. C'est la condition sine qua non pour que les nouveaux chômeurs ne soient pas exclus du monde du travail de façon permanente, et que les personnes éloignées du marché du travail améliorent leur employabilité et reprennent la voie de l'emploi durable.

Références

EUROFOUND (2009), "Tackling the Recession: Employment-related public initiatives in the EU Member States and Norway", http://www.eurofound.europa.eu/emcc/erm/studies/tn0907020s/tn0907020s.htm 

Commission européenne (2009), Rapport final de la conférence intitulée « Les institutions en charge du marché du travail à l'heure de la crise : défis et expériences », http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=105&langId=en&eventsId=198&furtherEvents=yes(version anglaise uniquement)

Stafford, Bruce et Deirdre Duffy (2009), "Review of evidence on the impact of economic downturn on disadvantaged groups", Department for Work and Pensions, Royaume-Uni, http://www.dwp.gov.uk/publications/dwp/2009/monitoring-impact-recession-demographic-groups.pdf

Hasluck, Chris et Anne E. Green (2007), "Active Labour Market Policies in International Context: What works best?" Lessons for the UK Department for Work and Pensions Research Report 407, http://research.dwp.gov.uk/asd/asd5/report_abstracts/rr_abstracts/rra_407.asp

Carcillo, Stéphane et David Grubb (2006), "From Inactivity to Work: The role of Active Labour Market Policies", Documents de travail sur les questions sociales, l'emploi et les migrations, n° 36, OCDE, Paris, www.oecd.org/dataoecd/44/8/36945194.pdf

*Ingeus est un prestataire international de services d'accompagnement vers l'emploi qui aide les individus et les collectivités à obtenir de meilleurs résultats dans ce domaine. Il a noué des partenariats avec des administrations centrales, régionales et locales dans le monde entier, en privilégiant les innovations qui favorisent des solutions performantes et stables. Fondé en Australie, en 1989, Ingeus offre des programmes d'accompagnement vers l'emploi en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et en Suède.

 

©L'Observateur de l'OCDE n° 274, octobre 2009




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