L’enseignement de l’économie

Courrier des lecteurs

Les responsables de l’OCDE s’interrogeaient récemment sur la qualité et la pertinence de l’enseignement (Observateur, No 225). Ce problème est d’un intérêt tout particulier dans le champ de l’économie. Un mouvement étudiant pour la réforme de l’enseignement de l’économie a été lancé en France en mai 2000 et s’est diffusé dans le monde entier, notamment en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Les problèmes soulevés par les étudiants s’articulaient essentiellement autour de la question de la pertinence de l’enseignement supérieur de l’économie pour la compréhension des problèmes économiques réels. La lettre ouverte publiée en juin 2000 montrait comment des « mondes imaginaires » sont imposés aux étudiants, qui ne peuvent guère accepter cette dérive « autiste ». Ce terme d’autisme, qui a donné le nom de « post-autistic movement », est principalement justifié par trois aspects de l’enseignement de l’économie.Premièrement, les cours sont généralement dépourvus de toute donnée empirique, qu’il s’agisse de statistiques, d’études de cas, d’illustrations historiques ou de considérations institutionnelles. Le coeur du cours est constitué de modèles purement mathématiques. C’est là le second point: les étudiants ne critiquent pas l’usage des mathématiques comme outil pour la compréhension, mais ils s’opposent à ce que les mathématiques deviennent une fin en soi. Malheureusement, c’est fréquemment le cas lorsque de jolis petits modèles coupés des enjeux du monde réel sont enseignés comme des visions du monde autonomes. Troisièmement, il n’y a pas de place laissée au pluralisme théorique et méthodologique. C’est scandaleux, lorsqu’on considère les nombreuses controverses qui surviennent en économie, et leurs implications politiques et sociales.Le tableau peut sembler surfait, et il est vrai que les situations varient selon les universités et les pays. Pourtant, les problèmes soulevés ci-dessus sont présents dans une certaine mesure un peu partout, car les cursus d’économie ont été standardisés dans le monde entier, suivant le modèle américain essentiellement.Le débat a maintenant été lancé parmi les professeurs d’économie et les responsablesde l’enseignement de la discipline. Spécifiquement, en France, le ministre de l’éducation, Jack Lang, a commandé un rapport sur l’enseignement de l’économie dans le supérieur. Jean-Paul Fitoussi, directeur de l’OFCE, est chargé de la rédaction de ce rapport, qui doit être publié fin juin 2001. Le rapport devrait présenter de nouvelles recommandations pour l’amélioration du cursus d’économie.Les étudiants eux-mêmes ont émis quelques propositions. Premièrement, les cours de base en théorie économique devraient être organisés autour de thèmes ou problèmes, comme le développement, et ne pas se réduire à ces « macro 1, 2, 3 », « micro 1, 2, 3 », où les modèles sont largement enseignés pour eux-mêmes. Au minimum, la signification des théories économiques doit être traitée avec attention, notamment le sens et la pertinence des hypothèses, et les conséquences des théories en termes de politique économique. Deuxièmement, le cursus devrait inclure davantage d’économie descriptive comme l’histoire économique, la géographie économique, et l’étude des institutions économiques nationales et internationales. Ceci ne se veut pas anti-théorique, mais vise à ouvrir les étudiants au contexte empirique des phénomènes économiques. Troisièmement, l’histoire des théories économiques et un cours de philosophie morale et politique devraient nourrir une meilleure compréhension des enjeux théoriques de l’économie moderne.Ces propositions constituent une voie possible afin de rendre l’enseignement de l’économie plus pertinent pour expliquer les problèmes du monde réel. Dans tous les cas, les questions soulevées par les étudiants ne peuvent demeurer sans réponse. En effet, les problèmes économiques d’aujourd’hui, tels que le chômage, la migration des populations, la pauvreté, et la déperdition des ressources, sont bien trop pressants pour que l’enseignement de l’économie reste perdu dans ses mondes oniriques. Iona Marinescu, Pariswww.autisme-economie.orgioana.marinescu@ens.frpour le Mouvement des Étudiants pour la Réforme de l’Enseignement de l’Économie.


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